Je joue aux jeux vidéo depuis plus de quinze ans. Mais il y a quatorze mois de cela, quelque chose de particulièrement bouleversant s’est passé dans ma vie : je suis devenu papa. En l’espace d’un instant, tout mon équilibre a été chamboulé. Comme pour chacune de mes passions, quand bien même mon planning est chronométré à la seconde près en raison de mes nombreuses obligations, j’avais développé une certaine forme de régularité dans le gaming. Mais en une fraction de seconde, tout a changé, les jeux vidéo ne sont plus devenus ma « priorité » — en vérité, ils ne l’ont jamais été et n’ont désormais plus aucune chance de l’être. Il a suffi d’un léger cri pour qu’un petit être sensible, vulnérable et qui me ressemble tellement, capte toute mon attention. Ce jour-là, je suis devenu papa et mon instinct a pris le dessus sur tout le reste. Dans ce premier volet de Daddy Gaming, laissez-moi vous parler du jour de la naissance de ma fille, un jour riche en émotions, un jour ô combien symbolique.

Le jour de la naissance de ma fille… une partie online interrompue !

L’arrivée de Mia, comme tous parents qui désirent avoir un enfant, nous l’attendions. Tout est allé très vite : l’annonce de la grossesse de ma conjointe, les échographies, les rendez-vous médicaux, l’organisation de la chambre de la petite, le réaménagement de la maison, les premiers achats nécessaires pour son bien-être, etc. Vraiment, l’arrivée de Mia ne devait pas être une surprise, nous nous y étions pendant longtemps préparé. Depuis le temps, vous devriez me connaître, vous savez que je suis quelqu’un de très rigoureux, de très organisé (l’un de mes meilleurs amis, qui est Britannique, me dit souvent : “What impresses me the most about you Eric, is your organisation skills“). Moralement, je pensais donc m’être suffisamment projeté, et ce même si avec le recul j’admets n’avoir été qu’un simple spectateur dans les préparatifs (la charge mentale, c’est surtout madame qui la subissait). Reste que la petite Mia a réussi à me surprendre dès sa venue au monde.

C’était le 29 mai 2019. Il devait être autour de 08 heures. Comme je suis très matinal, j’étais en train de jouer à NBA Live 19, un jeu de simulation de basket-ball que j’ai fini par platiner six mois plus tard. Pour venir à bout d’un tel jeu, il faut pousser l’organisation à son paroxysme. Nous connaissions la date approximative de l’arrivée de Mia, et je voulais mettre toutes les chances de mon côté pour obtenir le 100 % du jeu. En effet, je craignais qu’il me soit impossible de jouer une fois la petite teigne parmi nous (c’est vraiment ce que je pensais à cette époque-là, ce qui montre à quel point on peut être égoïste et ridicule quand le gaming est trop ancré dans nos habitudes).

gameur papa d'un bébé
Depuis que Mia est là, je travaille différemment.

En mode « Live Run », j’ai la chance de mener 10-0 au score avec mes deux autres coéquipiers. Plongé dans la pénombre, à peine éclairé par la lumière projetée par l’écran HD du salon, mon casque vissé sur le crâne, je suis en immersion et je sais que nous avons le match en main. Je temporise, j’accélère quand il le faut, je change de rythme pour surprendre l’adversaire, je fixe, je passe, je marque, c’est le match parfait, le match que tu gères sans problème, le match qui ne peut pas t’échapper car tu le contrôles du bout des doigts. Mais soudain, je crois entendre un drôle de bruit, un bruit lointain, insignifiant… Peu importe, me dis-je, un double pas et l’affaire sera pliée. Mais le bruit se fait plus insistant. Le temps de tourner la tête à droite et j’aperçois ma chérie, tremblotante, les mains posées sur son ventre bien rond. J’ôte mon casque et la regarde les yeux écarquillés (pour une fois dans ma vie, j’ai bien cru ne plus être myope). « Dépêche-toi », me dit-elle, « Je suis en train de perdre les eaux. »

Ma fille m’a déjà enseigné énormément de choses

En temps normal, un gameur n’irait jamais à l’encontre des règles sacrées. L’une de ces règles, c’est de ne jamais abréger une partie en cours, surtout quand elle est sur le point de se terminer. Il faut dire qu’il ne nous suffisait que d’un petit point à mes coéquipiers et à moi-même pour en finir une bonne fois pour toute avec ce match que nous contrôlions sans le moindre mal. Malgré l’apparente urgence de la situation, j’aurais pu m’octroyer la trentaine de secondes nécessaires au gain du match. De plus, perdre les eaux n’est en soi pas dramatique, surtout que madame n’avait pas encore de contractions, nous aurions pu nous rendre à la clinique mollo.

Mais ce jour-là, l’instinct du futur papa a pris le dessus sur la « raison du gameur ». Si Mia n’est née que six heures plus tard, c’est tout naturellement que j’ai embrassé les responsabilités qui m’attendaient sagement. Ce jour du 29 mai 2019, j’ai enfin trouvé quelque chose qui était plus fort que mon envie de jouer aux jeux vidéo, plus important que mon besoin compulsif de tout vouloir organiser à la perfection. Je renonce à gagner ce match. Tant pis si le platine de NBA Live 19 me paraît si lointain. D’ailleurs, tant pis si je ne l’obtiens jamais, ce putain de platine. Un jeu vidéo, ce n’est qu’un jeu vidéo. Mais bientôt devenir papa, ça, par contre, c’est vraiment quelque chose de grandiose. Et ce qui est encore plus dingue, c’est de l’assumer pleinement, au profit d’une passion qui a, malgré tout, occupé une partie très importante de ma vie. S’il y a bien une chose que Mia m’a apprise, c’est le lâcher-prise, et je suis heureux d’être papa rien que pour ça. 


Eric Lemattre

Élevé sur la planète Delta Orionis ZK-3.0, je suis venu sur Terre pour prêcher la vérité et sauver le genre humain. Susceptible mais costaud, je rends grâce à l’inventeur de la casquette. Oui, ce couvre-chef me va comme un gant !

9 Commentaires »

  1. C’est trop mignon Eric, ce témoignage de ton expérience de parent qui débute dans cette carrière particulière ! Et tellement touchant ! Merci d’avoir partagé et de remuer nos sensibilités avec ton style tellement chouette.

    Bisouxxx à toi et à tous chez toi et bienvenue à la chattoune aussi ❤️❤️❤️❤️❤️?????? MiJo

    • Mais de rien ! Je compte encore vous parler de plein de choses en rapport aux jeux vidéo, à la parentalité et au bonheur de voir un enfant grandir de façon épanouie !

      Ouais ben la chattoune elle fait chier car elle nous empêche de dormir ! Heureusement que Mia fait ses nuits maintenant.

  2. C’est la plus chose d’avoir un enfant avec celle qu’on aime. Combien de gens sont ensemble et ont des enfants mais au final ne s’aiment pas plus que ça. Elle deviendra une très grande joueuse en WNBA, il va falloir lui acheter un petit panier que l’on colle avec une ventouse à la porte et une petite balle en mousse.Il faut choisir son choix de carrière dès maintenant ^^

    J’avais mon chat Poussy qui avait parfois des crises d’épilepsie alors la manette tu la lâches directement, tu ne prends même pas le temps de faire pause.

    Je vois l’image de ta femme qui perd les eaux, deux minutes stp, je fini mon match chérie ^^ et suis sûr qui en a qu’ils le font ^^.

    Une belle petite pupuce Mia

    • Eh oui c’est vrai… Je pense qu’il ne faut jamais faire un enfant par dépit. Ben écoute c’est tout ce que je souhaite à Mia. Si elle devient une grande basketteuse (même en division 2 française c’est déjà très bien), je serais forcément aux anges et très impliqué dans sa progression. Mais bon ça ne sert à rien de se projeter, elle fera ce qu’elle veut, ce qu’elle a envie, et quoi qu’elle fasse, j’accepterai son choix et la soutiendrai. C’est ça, être parent, c’est guider l’enfant jusqu’à l’âge adulte.

      C’est clair, quand t’as un être tout vulnérable à côté de toi qui est en difficulté, tu ne peux pas continuer à jouer XD. Oui je suis sûr qu’il y a des hardcore gamers qui sont de très mauvais parent et conjoint, faut pas se mentir.

  3. Felicitations en retard !!! Je suis à nouveau papa d’une petite fille depuis le 11 juillet ! 🙂 Je comprends ce que tu dis !

    Mais chaque cas est différent et particulier, je me suis remis à jouer aux JV sur console de salon depuis que j’ai eu ma première fille, c’était un moyen de m’occuper lors des siestes !

    A l’inverse de toi c’est ma file qui m’a fait “replonger” dans monde des jeux vidéos, même si je n’avais pas vraiment arrêté.

    Elle a bientôt 5ans, et je pense rebrancher ma megadrive pour jouer avec elle à des jeux qui ont une mécanique plus simple que ce qu’on trouve aujourd’hui. Un petit Sonic ! Ou alors quand elle saura lire faire Soleil à 2 !! 🙂

    La passion pour laquelle j’ai beaucoup diminué est le VTT… cela me manque mais je pense reprendre car j’en ai besoin physiquement et mentalement.

    Les premières années de papa imposent une attention particulière et un chamboulement sur ta vie, tes occupations, tes passions mais par la suite il faut (dans une moindre mesure) reprendre ses activités car c’est ce qui fait qui tu es. Et je pense que c’est important de montrer à ses enfants ses centres d’intérêts même si ils y ne seront pas attirés plus que ça.

    En tout cas bon courage à toi et ta femme/compagne !

    • Oh Alex mais c’est absolument génial ! Toutes mes félicitations à toi et à la maman bien sûr !!

      Oui j’imagine que chacun vit la parentalité différemment, surtout au tout début, quand ils sont tout jeunes. Ce sont souvent les premières années qui sont cruciales !

      Laetitia et moi avons vécu un été 2019 très difficile (canicule à rallonge, fatigue chronique, Mia qui pleurait beaucoup, elle n’a pas été un nourrisson “facile”…). Du coup, maintenant que ça va beaucoup, mais beaucoup mieux, on en profite à fond pour sortir et rester loin de la maison !

      Je me rends compte aussi que plus Mia grandit, plus j’ai envie qu’elle voit le monde. Je l’amène avec moi quand je joue au basket (bizarrement, je me suis beaucoup remis au sport depuis la naissance de Mia, tout l’inverse de toi), on va à la plage, à la rivière, la moindre sortie est une découverte et l’occasion de l’embarquer dans nos escapades.

      En tout cas, quand je joue aux jeux vidéo, je m’assure de le faire quand Mia n’est pas là, ou dort. Ce n’est pas que je n’assume pas. Mais je vois les conséquences des écrans sur mes neveux et nièces et franchement c’est dramatique et très inquiétant…

  4. Ton récit est très touchant Eric ! C’est certain que quand on a un enfant, tout passe forcément en arrière-plan ensuite, c’est probablement instinctif, ainsi vont les choses, et l’enfant devient le centre de gravité autour duquel toutes les autres choses se réadaptent peu à peu. Ca demande du temps… En tout cas, cette petite Mia t’a déjà permis de réapprendre des choses, c’est l’une des beautés d’avoir des enfants je pense, on revoit tout différemment et on apprend en conséquence, y compris sur soi. Et je compatis, le lâcher prise, accepter de ne pas tout contrôler, c’est pas simple.

    • Coucou !! Oui, c’est clair ! La réadaptation, c’est en effet une étape incontournable. Mais certains parents ont du mal à le faire et c’est là que ça devient difficile… Perso, je suis quelqu’un qui est très ancré dans mes petites habitudes, mais depuis que Mia est là je me découvre de nouveaux talents et capacités ! Un enfant fait ressortir le meilleur de toi, mais aussi le pire. La clé, c’est de s’assurer que le pire ne prenne pas le dessus sur tes choix et actes.

  5. Superbe texte.

    Je sais que tu es un père très impliqué et je suis persuadé que vous ferez le bonheur de votre fille, et inversement !

    Je vous souhaite tout le meilleur !

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