La 88ème cérémonie des Oscars du cinéma approche à grands pas et Leonardo DiCaprio est en pole position pour remporter le seul prix qui manque à sa brillante carrière : celui du meilleur acteur. Le 28 février prochain, à Los Angeles, dans sa ville natale, le comédien assistera à cette soirée le cœur battant. Lui qui a déjà reçu trois Golden Globes en janvier et qui a triomphé aux côtés de toute l’équipe de The Revenant lors des BAFTA 2016 mériterait bien qu’on lui rende enfin hommage au Dolby Theatre. Dans le suivant article, je vous explique pourquoi Leonardo DiCaprio et le film d’Alejandro González Iñárritu gagneraient à être sacrés devant le monde entier.

Le temps des injustices est révolu

Ou du moins, je l’espère. Il faut dire que la glorieuse histoire des Oscars a toujours été marquée par de profondes injustices. Le temps parfois les répare bien que cela soit rare. Il y a la victoire incroyable de Denzel Washington dans Training Day alors que Will Smith, exceptionnel dans Ali, avait été mis sur le carreau la même année. On se rappelle aussi de Jeff Bridges en 2009. Sa voix remarquable lui avait permis de décrocher le prix du meilleur acteur dans Crazy Heart mais Morgan Freeman, qui incarnait Nelson Mandela dans Invictus et George Clooney, resplendissant dans In the Air, ne méritaient-ils pas eux aussi un prix ?

Espérons donc que la prochaine remise des Oscars, une science pour le moins inexacte vous me direz, n’encouragera aucune usurpation. J’estime qu’Eddie Redmayne (The Danish Girl) et Leonardo DiCaprio (The Revenant) survolent les débats. Toutefois, cela fait bien des années que le second démontre qu’il est le plus grand acteur de sa génération. Le problème du jury des Oscars est qu’il a un fâcheux penchant pour le sensationnel : aux USA, on préfère couronner les révélations d’une année, sauf quand il est question de célébrer la retraite d’un pensionnaire du troisième âge bien évidemment. Pour preuve, ni Johnny Depp – acteur que je ne supporte pas en passant –, ni Tom Cruise, ni Brad Pitt, ni Leonardo DiCaprio n’ont ramené la moindre statuette dans leurs superbes villas. Comme quoi, être un beau gosse et être un grand comédien, c’est incompatible aux yeux d’Hollywood.

Pourtant, DiCaprio a prouvé maintes et maintes fois qu’il était capable de tout faire. Il peut jouer les romantiques comme dans Titanic et Gatsby Le Magnifique, incarner un héros sans vergogne dans Blood Diamond, se glisser dans la peau d’un papy souffrant d’un drôle de syndrome dans J. Edgar, s’improviser propriétaire de plantation et sacré salopard dans Django Unchained, occuper le rôle d’un enquêteur perturbé dans Shutter Island… Ce qui est d’ailleurs exceptionnel, c’est que DiCaprio a tenu ses rôles tout en offrant une interprétation ô combien juste. Mon analyse est peut-être subjective, mais jamais un acteur ne m’a autant ému que Leonardo DiCaprio, et ce peu importe le film, le scénario ou les acteurs qui l’entourent. Aussi, comment peut-on oser passer sous silence l’étendue de ses interprétations, qui relèvent toutes de l’excellence ?

Hugh Glass, le rôle qui lui sied à merveille

J’avais déjà trouvé Leonardo DiCaprio exceptionnel dans Gatsby Le Magnifique et je pensais que le côté très « reluisant », pimpant du long métrage de Baz Luhrmann suffisait à transcender son jeu d’acteur. Dans un style très différent, Alejandro González Iñárritu est parvenu à sublimer DiCaprio et à révéler certaines de ses qualités jusqu’alors insoupçonnées.

Il y a, je pense, plusieurs choses qui rendent la performance de Leonardo DiCaprio unique dans The Revenant. On sait déjà, par exemple, que les rôles de baratineur lui vont comme un gant. Mais dans The Revenant, il y a très peu de place à l’éloquence, DiCaprio y est silencieux la plupart du temps et l’acteur nous offre donc un tout autre degré d’expression. Le peu de fois où l’interprète de Hugh Glass remue les lèvres, c’est pour sortir des paroles justes, qui nous touchent, nous transpercent le cœur. C’est aussi et surtout dans sa gestuelle et l’eye contact que Leonardo DiCaprio démontre qu’il est un brillantissime comédien. Je suis de ceux qui estiment que c’est dans les rôles muets qu’on voit les grands acteurs. C’est notamment dans ce genre de circonstances que le statut de comédien se transpose à celui d’une personne. Parfois, il est tout de même terrifiant de voir à quel point DiCaprio est capable de nous faire oublier qu’il joue un rôle !

Si bien-sûr DiCaprio fait ressentir la souffrance à merveille dans The Revenant – ce dernier vit un tel supplice qu’on ne peut qu’éprouver de la peine pour lui –, c’est aussi dans le rapport du personnage avec la nature que le talent de l’acteur prend tout son sens, chose qui nous encouragera finalement à nous montrer admiratif vis-à-vis du travail d’Alejandro González Iñárritu en tant que réalisateur. Tourné en lumière naturelle, dans des lieux époustouflants où Dame Nature est reine, le film adapté du roman de Michael Punke place finalement cette dernière comme l’un des personnages centraux de la trame. Il y a une sorte d’osmose qui se forme progressivement entre Leonardo DiCaprio et l’environnement qui l’entoure. Les décors naturels subliment sa prestation théâtrale. C’est un bien bel hommage de la part du réalisateur que d’avoir proposé le premier rôle à Leonardo DiCaprio, fervent défenseur de la cause écologique et messager de la paix au nom de l’ONU. Néanmoins, pour parler réchauffement climatique, il faudra attendre le prochain volet de L’instant cinoche.


Eric Lemattre

Élevé sur la planète Delta Orionis ZK-3.0, je suis venu sur Terre pour prêcher la vérité et sauver le genre humain. Susceptible mais costaud, je rends grâce à l’inventeur de la casquette. Oui, ce couvre-chef me va comme un gant !

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