Mets-toi à l’aise, accroche-toi à ta chaise et ouvre grand ton esprit, parce qu’aujourd’hui on va parler d’un jeu vraiment perché. Le genre qui bouscule les codes, qu’on ne sait pas comment classer et qui va te faire dire « mais quoiiiii ?! » trois fois par minute. C’est donc avec courage que j’attaque ce test de Hypnospace Outlaw, ce drôle de bébé mutant né de la collaboration entre Tendershoot, Michael Lasch et ThatWhichIs Media. En route pour un passé alternatif, dans un simulateur de pseudo-Windows 98 auquel on accède en dormant… Tu pensais qu’on avait fait fort avec les invasions de fourmis géantes ? Attends un peu de voir ce que donne Hypnospace Outlaw, un jeu qui est sous l’emprise de stupéfiants !

Hypnospace Outlaw, kézako ?

Te voici donc arrivé dans Hypnospace, la révolution technologique du siècle dernier. Désormais, les humains peuvent rentabiliser leur temps de sommeil en surfant sur le web, en créant leur blog perso ou en achetant des animaux virtuels tout mignons. Mais ton rôle est un peu différent : tu as été engagé pour veiller au bon fonctionnement de ce réseau, et tu vas devoir sonder les différents secteurs qui te sont assignés pour traquer et dénoncer les activités illégales de toutes sortes. Mais où s’arrête la liberté d’expression, et où commence la censure abusive ? Et ce réseau nocturne est-il vraiment sans danger ?

Critique de Hypnospace Outlaw
Ta boîte mail à l’ancienne pour recevoir tes missions.

Retour dans le passé, pour le meilleur et pour le pire

Par où commencer ? Je regrette déjà de m’être lancée dans ce test de Hypnospace Outlaw, tant cet objet vidéoludique est complexe, étrange et difficile à décrire. Histoire d’être au clair dès le début, sache que j’ai adoré ce jeu et qu’il m’a fascinée de bout en bout. Et pourtant, si je te le décris de manière analytique, tu auras probablement envie de fuir : les graphismes sont très laids, la prise en main un peu fastidieuse, ton browser rame, tu te fais constamment envahir par des virus et des pop-up sauvages… Mais on est en novembre 1999, tous ces « défauts » sont donc parfaitement assumés, cohérents, et même nécessaires à l’immersion du joueur !


C’est le moment du disclaimer, où je rappelle que je ne suis qu’une petite jeunette et que je n’ai pas tout à fait l’âge idéal pour ressentir de la nostalgie face à ce jeu. En 1999, je jouais à L’album secret de l’Oncle Ernest et à Forestia, mais je ne me baladais certainement pas sur internet, donc on va dire que ce contenu m’est partiellement étranger. Mais finalement, c’est peut-être une bonne raison de parler de Hypnospace Outlaw : s’il a réussi à me plaire autant sans jouer sur ce genre de sentiments, je peux imaginer qu’il plaira encore plus à ceux qui ont des souvenirs émus des débuts du web !


Test de Hypnospace Outlaw (Steam)
Un des menus thématiques pour te repérer sur Hypnospace.

En réalité, donc, les graphismes sont extrêmement léchés et en totale adéquation avec le propos du jeu. C’est la fête des pixels, des animations improbables, du texte qui bouge, des polices illisibles, des vieilles vidéos et des montages photo avec des cœurs, des flammes… et des cœurs enflammés. Ajoute à ça l’incroyable playlist créée pour l’occasion (avec des chansons inspirées de Linkin Park et des déclinaisons de new wave, flip-flop et rap alternatif), les programmes interactifs à installer qui te rappelleront avec horreur ce bon vieux Clippy, les économiseurs d’écran à base de briques qui tombent, et tu commenceras à percevoir l’envergure et la précision de cette simulation.

Mais Hypnospace Outlaw, c’est vraiment un jeu ?

J’ai conscience que la bande-annonce ressemble à un mauvais trip sous acide. Et si tu as été traumatisé par des titres comme Jazzpunk (que j’ai adoré, personnellement, mais c’est un autre sujet), tu pourrais craindre le même genre de concentré d’absurdité et de rebondissements plus illogiques les uns que les autres (ça y est, je suis en train de faire une mauvaise pub à Jazzpunk… On ne peut pas être partout, j’essaie déjà de te faire aimer Hypnospace !). Mais pas du tout : sous ses airs drogués, Hypnospace Outlaw est en réalité un puzzle game diabolique, fichtrement bien écrit et qui te demandera pas mal de concentration si tu veux arriver au bout du scénario.

Avis Hypnospace Outlaw
Ton jeu est trop sobre ? Ajoute un économiseur d’écran !

Tes premières missions sont simples : tu reçois un message pour dire qu’un abus a été commis dans tel secteur, et c’est à toi d’éplucher ledit secteur pour signaler tout ce qui tombe dans l’illégalité. Mais là, ça se corse déjà : tu vas rapidement réaliser qu’internet, c’est grand. Et que même si tu n’as accès qu’à certaines zones thématiques (le coin des ados, les conspirationnistes, les passionnés de musique obscure…), la liste de pages référencées est déjà bien longue (et je ne te parle même pas des pages non référencées, que tu trouveras en rusant). Pour faire le tri entre les informations pertinentes et les fausses pistes, les plug-ins nécessaires et les applications nuisibles, il te faudra t’armer de patience et faire preuve de pas mal d’ingéniosité.

Un bijou d’humour et d’écriture

Si tu es comme moi et que les open-world te stressent un peu, tu risques bien d’attraper le vertige dès les premières heures de jeu. Mais ne flanche pas, tu vas prendre tes marques ! Si la prise en main n’est pas toujours simple (pas mal de boutons et d’applications, on a un peu de mal à savoir où le jeu veut nous emmener au début et on est tenté de passer les vidéos de tutoriel qui nous donnent pourtant de précieuses clés de démarrage), je suis rapidement tombée sous le charme de l’humour omniprésent de Hypnospace Outlaw. Je tire mon chapeau à Xalavier Nelson, qui était en charge de l’écriture ; ce jeu regorge de blagues et de cynisme et trouve un juste milieu entre l’hommage au passé et la critique actuelle de notre rapport à internet.

test de Hypnospace Outlaw (PC)
Le fantastique fichier de débug à télécharger, pour te donner le ton.

Contrairement à la plupart des jeux, Hypnospace Outlaw t’encourage à prendre ton temps. Aucune des missions n’est chronométrée, la narration est très peu dirigée et tout est donc mis en place pour que tu furètes au gré de tes envies sur cette ribambelle de pages plus improbables les unes que les autres. C’est d’ailleurs l’erreur que j’ai faite au début : j’ai voulu aller trop vite, sans m’arrêter sur les différentes mécaniques de jeu, et j’ai rapidement eu l’impression d’avoir un train de retard, et d’être submergée par les possibilités. Je ne peux donc que te recommander d’y aller doucement, de savourer et de tester tout ce qui te passe sous la main pour garder le contrôle et prendre un maximum de plaisir.

Hypnospace Outlaw serait-il sans défaut ?

Malgré les apparences, une fois qu’on entre dans la logique de ce jeu, il est difficile de lui faire de vrais reproches. Bien sûr que la navigation est parfois très agaçante (le temps de chargement des pages m’a rendue folle plus d’une fois), mais c’est évidemment voulu par les développeurs, et on ne peut s’empêcher d’admirer le souci du détail de la simulation. Bien sûr qu’il est très spécial et inclassable, et qu’il n’est pas fait pour tous les types de joueurs, mais je ne vois pas en quoi ce serait une critique négative : objectivement, Hypnospace Outlaw est extrêmement soigné et très bien construit, je pense que même ceux qui ne sont pas sensibles à ce genre de titres le reconnaîtront.

Le seul point que je pourrais soulever est sa prise en main, mais elle fait intégralement partie de son charme : oui, tu passeras du temps sur des mini-jeux répétitifs pour réunir suffisamment d’argent pour acheter un anti-virus hors de prix et te débarrasser des bugs causés par une application que tu n’aurais JAMAIS dû installer, mais finalement, est-ce qu’on est si loin des problèmes que tu pouvais croiser lorsque tu as découvert la magie d’internet ? Oui, tu passeras trop de temps sur des blogs d’adolescents un peu stupides, à te moquer de la façon dont ils étalent leur histoire d’amour sur la toile, mais est-ce que c’est si différent des heures que tu perds sur YouTube à regarder des Samoyèdes passer des tests de QI sans savoir comment tu es arrivé là ? Par contre, tu vas peut-être me demander où est l’intérêt de jouer à se perdre sur internet (au-delà de l’aspect enquête), et c’est là que j’arrive à la conclusion que ce jeu n’est simplement pas fait pour tout le monde.

Hypnospace Outlaw test
Tout est dit !

Je pourrais encore te parler de l’éditeur de pages et de sons mis à disposition gratuitement par les développeurs pour que tu puisses créer ton propre blog sur Hypnospace, ce qui rajoute encore une casquette de bac à sable à ce jeu déjà inclassable. Je pourrais divaguer sur le double album que tu peux acheter en ligne avec des titres inédits de ces grandes stars (fictives) de 1999. Mais ce test de Hypnospace Outlaw n’est pas là pour te griller toutes les surprises du jeu, je vais donc m’arrêter là.


Pour résumer, c’est un titre exigeant et qui demande de prendre son temps, mais la direction artistique, l’écriture et le parti pris sont si soignés que ta patience sera forcément récompensée. Attention toutefois, il n’existe qu’en anglais aujourd’hui (et il y a pas mal de texte). Je me doute qu’il n’attirera pas tout le monde, mais je suis totalement sous le charme de son grain de folie et de son humour ! C’est aussi pour ça que je raffole des jeux indé, pour leur audace et leur envie de sortir des sentiers battus, et Hypnospace Outlaw y parvient de manière magistrale. Alors enfile ton headband, pars faire une sieste et retrouve-moi sur cet internet délicieusement désuet !

La note de la rédaction
  • Graphismes - 9/10
    9/10
  • Gameplay - 8.5/10
    8.5/10
  • Scénario - 9.5/10
    9.5/10
  • Durée de vie - 8.5/10
    8.5/10

Les plus et les moins

✔︎ Une idée très originale et bien amenée.
✔︎ Un souci du détail impressionnant !
✔︎ Des musiques délicieusement kitsch.
✔︎ Une durée de vie confortable et extensible.
✔︎ Un rythme qui s'adapte au joueur.
✔︎ L'humour, les surprises, la narration...
✔︎ La complexité et l'inventivité des puzzles !

✘ Pas (encore ?) de version française.
✘ Peu d'accompagnement pour résoudre les énigmes.
✘ ... Non, je ne vois rien de plus.

8.9/10

Coline Métrailler

Scientifique dans l’âme et lectrice compulsive, les jeux vidéo forment un excellent moyen de combiner mes différentes passions. J’achète tous les jeux qui contiennent des animaux mignons, des meurtres mystérieux ou des bruitages à la bouche… J’espère que tu gères les grands écarts !

6 Commentaires »

  1. “m’a rendue folle plus d’une fois”. On n’ avait pas du tout remarqué ce détail ^^
    Tu devrais moins fréquenter P-Y, le séjour en suisse, vous avez testé tous les produits qu’Émilie vous a fournis ^^.
    Internet, au début c’était hyper lent la connexion, tu parles , les pages s’affichaient au compte goûte, et ce n’était pas très beau, ah ça les pixels ^^ . En plus ça coûtait cher, on ne pouvait pas rester trop longtemps à surfer et télécharger alors là c’était le boxon…. on se plain toujours, si on devait revenir en arrière …ben justement c’est une façon de prendre le jeu, tu verras ce que c’était ^^
    On le classera dans les o.v.n.i ce jeu

  2. C’est un sacré hommage aux premières heures d’Internet et tu le décryptes très bien ! Quand je découvrais ça en 2000-2001, c’est quand même pas aussi coloré, pixelisé, mais je retrouve bien là les animations bizarres, les polices dans tous les sens, les vieux blogs d’ado, les pages un peu random et mal faites…ça a un charme certain, désuet, mais qui est en même temps très drôle ! Un sacré saut dans le temps qui permet de voir comment ça a évolué. Heureusement, d’ailleurs ! et le coup des antivirus ou des fichiers téléchargés par erreur, les navigateurs qui rament, rament…des vieux souvenirs. Et ça a quand même l’air suffisamment déjanté pour être intriguant, pour avoir envie de fouiller dedans au fur et à mesure (et surtout découvrir encore de nouvelles horreurs en terme d’esthétique de l’époque, xd). J’espère qu’une version française verra le jour !

    • Merci, ce test n’a pas été simple à rédiger ! 🙂 Oui le coup de vieux est assez impressionnant haha, surtout en se disant que ça fait seulement 20 ans…

      Je confirme, déjanté est le mot parfait ! Et chaque nouvelle page est un mélange d’horreur et de grande satisfaction 😉

      Pour la version française, j’espère aussi ! Ca risque de prendre du temps vu la quantité de texte, mais ça devrait être faisable 🙂

  3. Super test Coline ! Par contre ça nous rajeunit pas tout ça XD. Les modems, les PC qui rament à mort, AOL, les skyblogs… Que de souvenirs ! Belle initiative de ce studio !!

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