J’ai rajouté This is the Zodiac Speaking à ma liste de souhaits il y a déjà plusieurs mois, persuadée que ce jeu de Punch Punk Games avait tout pour me plaire. Et pour cause : on le présente comme un jeu d’enquête à la première personne, basé sur des faits réels et co-écrit par « un des meilleurs auteurs polonais » (d’après la page Steam). On nous promet de l’immersion, de l’horreur, de l’investigation et plusieurs fins à débloquer. Bref, le projet était très alléchant, original et porté par un studio visiblement passionné du sujet (ils ont d’ailleurs démarré un Kickstarter qui détaille leur démarche, mais ont annulé ce financement lorsqu’ils ont décroché un partenariat avec la chaîne d’informations américaine Investigation Discovery, spécialisée dans les true crimes).

Alors quand Eric m’a annoncée qu’il avait une clé Switch pour ce jeu, j’étais évidemment aux anges ! Sans perdre une seconde, me voilà partie sur les traces de ce fameux tueur du Zodiaque, un peu flippée (je reste très impressionnable quand il s’agit de jeux vaguement horrifiques) mais prête à tout pour élucider ses meurtres. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu… Et j’ai un peu le cœur gros en écrivant ce test de This is the Zodiac Speaking, parce que je n’aime vraiment pas l’idée de rédiger un test négatif sur un petit jeu indépendant. Mais je ne peux pas non plus te mentir, et je vais tâcher d’aborder la chose le plus honnêtement possible.

This is the Zodiac Speaking : quelques mots sur l’histoire

Tu démarres donc dans la peau d’un mystérieux personnage obsédé par l’affaire du Zodiaque, ce tueur en série qui a sévi aux États-Unis dans les années 60-70 et qui envoyait des messages cryptiques à la presse. Armé de ton journal de bord et de certaines parties du code secret, tu passes tes journées à retourner l’affaire dans tous les sens, sans succès. On t’invite donc à faire de l’hypnose, afin de vivre en rêve les scènes de crime pour tenter de trouver de nouveaux indices.

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Ton appartement, un poil triste si tu veux mon avis.

… Du moins, c’est ce que j’ai compris de l’histoire, puisque j’ai été directement confrontée à un problème de taille (si je commence à faire des jeux de mots comme Pierre-Yves, on ne va jamais s’en sortir) : la grandeur de la police d’écriture n’est pas DU TOUT adaptée à l’écran de la Switch. Sachant qu’il y a beaucoup de texte, entre la narration, les lettres et le journal de bord, je ne te cache pas que je me suis bien cassé les yeux pour déchiffrer toutes les informations. Une triste façon de briser l’immersion après quelques minutes, et ça ne s’est pas arrêté là.

Le portage sur console, ça ne s’improvise pas

De manière générale, la Switch n’est pas la bonne console pour ce jeu. J’aurais même envie de dire qu’il faut y jouer uniquement sur PC, tant la navigation à la manette s’avère fastidieuse. Le gameplay a des airs de Point’n Click à la première personne, puisqu’il faut naviguer dans l’appartement et pointer les objets à examiner. Mais avec les joysticks, c’est la catastrophe : on ne te facilite pas le ciblage en accompagnant ton mouvement et la zone est vraiment petite, alors prépare-toi à osciller entre droite, gauche, un peu plus à droite, non, un peu plus à gauche, jusqu’à réussir à placer ton curseur sur l’objet en question et valider ton choix.

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Sérieusement, tu arrives à lire quelque chose toi ?

Outre cette navigation très pénible, j’ai eu du mal à comprendre certains contrôles, et donc à deviner les éléments avec lesquels je pouvais interagir ou non. Typiquement, dans le journal, j’ai mis une bonne heure à comprendre qu’on pouvait aussi déplacer le curseur, mais avec l’autre joystick, et que si on pointait exactement les petites lignes de la timeline, ça ouvrait des documents à lire… Bref, je ne comprends pas la présence de ce jeu dans les catalogues de console (sachant qu’il est aussi sorti sur PS4 et Xbox One). La puissance de la Switch ne suit pas non plus, ce qui entraîne de longs temps de chargement et des bugs visuels… Un portage sur console, ça ne s’improvise pas, et je n’arrive pas à m’expliquer qu’on soit si loin du but.

La dégringolade continue…

Dans ces conditions, tu te doutes bien que mon enthousiasme était déjà bien redescendu, et la première scène d’infiltration a eu raison de ma patience. Dans les scènes d’hypnose, tu dois explorer les lieux du crime pour reconstituer les événements. Mais le Zodiaque rôde, et s’il te voit, impossible de lui échapper : il te court après, te tue, et tu réapparais au point de départ (mais, fort heureusement, ça sauvegarde ta progression). Je peux imaginer qu’on a voulu installer une tension permanente, et ça a marché sur moi au début, jusqu’à ce que je comprenne que le tueur n’avait aucun pattern, que je n’avais donc pas la possibilité d’anticiper ses mouvements pour l’éviter, et que ma mort n’avait, en définitive, que peu d’impact sur ma progression. Du coup, tu fais ton enquête, interrompu de temps en temps par une mort subite, et le Zodiaque passe de menaçant à juste lourdingue.

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Ça sent mauvais pour toi…

Il faut quand même que je précise qu’il existe aussi un mode histoire, qui fait disparaître le Zodiaque de ces scènes. J’avoue que je ne l’ai pas testé et j’imagine que ça enlève une partie du problème, mais ça reste dommage que le mode normal soit aussi peu équilibré. Pour être fair-play jusqu’au bout, j’ai été voir des vidéos de streamers qui testaient le jeu sur PC, et les critiques semblent assez unanimes : gameplay pas très intéressant, objectifs pas très clairs, beaucoup d’errance sur la carte pour tomber sur le rouleau de scotch qui va débloquer la cinématique…

Mais alors, qu’est-ce qui a bien pu coincer ?

Et pourtant, la démo sortie au printemps avait eu un joli succès, et beaucoup de joueurs saluaient le concept, ce mélange de true crime et de fiction qui nous place au cœur de cette enquête qui, en réalité, n’a jamais été résolue. Il faut aussi préciser que l’affaire est très célèbre aux États-Unis et a été reprise dans d’autres jeux (toute une mission autour du tueur du Zodiaque est proposée dans Watch Dogs 2 par exemple, dont l’intrigue se déroule à San Francisco). Donc sur le papier, tous les ingrédients étaient réunis pour que le jeu trouve son public. Mais mon test de This is the Zodiac Speaking n’est pas le seul à faire grise mine, et j’ai vu beaucoup de retours mitigés, voire négatifs, ce qui me pousse à me demander comment on a pu passer d’un début si prometteur à un résultat si mou.

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Ton enquête, entre indices et événements à ordonner.

Je ne prétends pas avoir de réponse absolue à cette question, mais je verrais plusieurs angles d’approche. D’une part, il me semble évident que les développeurs ont manqué de temps pour les finitions, que ce soit dans le portage sur console, dans la narration ou dans l’équilibre du gameplay. Du coup, on peut espérer des patchs dans les prochains mois qui rectifieront certains de ces aspects. Mais au-delà de ça, la stratégie marketing lui a peut-être fait du tort, particulièrement dans son étiquette de « jeu d’horreur ». Je ne pense pas être la mieux placée pour juger de ce qui fait un bon jeu d’horreur, mais je suis assez persuadée que c’est un genre difficile à maîtriser, qui nécessite de la subtilité et un gros travail d’ambiance. Vouloir vendre This is the Zodiac Speaking comme un jeu d’horreur et justifier ce choix en mettant un PNJ qui te tue aléatoirement quand tu essaies d’enquêter, c’est une invitation aux critiques puisque les joueurs ne vont pas trouver ce qu’ils étaient venus chercher. Je reste convaincue que s’ils avaient abandonné cet angle de promotion et qu’ils avaient étoffé le jeu avec plus d’informations sur cette affaire (notamment pour les novices comme moi qui auraient aimé qu’on pose les bases de l’enquête), la réception aurait été plus compréhensive et encourageante.


Bref, je suis rarement aussi sévère sur un jeu, d’autant plus quand c’est un jeu indépendant qui a besoin de soutien plus que de mauvaise presse, mais je me suis engagée à te livrer ce test de This is the Zodiac Speaking avec la plus grande honnêteté. Tout n’est pas à jeter, loin de là, mais il lui faut vraiment quelques mois de travail supplémentaires, un vrai portage sur console et un changement d’approche marketing pour qu’il puisse dévoiler son potentiel. Et je suis infiniment déçue d’avoir cette conclusion, parce que j’adore l’idée d’explorer des true crimes avec un outil comme le jeu vidéo (tu sais déjà que j’aime les jeux d’enquête qui bousculent les codes), et que j’aurais aimé découvrir l’affaire du Zodiaque sous cet angle. Dans l’état actuel, je me suis interrompue avant la fin, en espérant pouvoir le terminer plus tard, après quelques patchs bienvenus pour pouvoir mieux savourer l’expérience. Pour toutes ces raisons, je ne trouve pas pertinent de lui mettre une note, ça ne rendrait absolument pas service au studio et ça ne ferait qu’enfoncer le clou. À la place, je préfère espérer qu’il s’améliore, et peut-être pouvoir y retourner dans quelques mois pour te faire un update plus positif. On croise les doigts !


Coline Métrailler

Scientifique dans l’âme et lectrice compulsive, les jeux vidéo forment un excellent moyen de combiner mes différentes passions. J’achète tous les jeux qui contiennent des animaux mignons, des meurtres mystérieux ou des bruitages à la bouche… J’espère que tu gères les grands écarts !

11 Commentaires »

  1. Tous les jeux indépendants ne peuvent pas être bons. J’arrive à lire Previous Page et Next Page ^^, le reste, j’ai besoin de tes lunettes ^^.Comparé aux autres jeux survival horror, l’ambiance n’a pas l’air d’être la même.

    Aujourd’hui j’ai pensé à toi, en voyant pumpkin jack réalisé par un français de Dijon, si je ne me trompe pas, tout seul, et il a l’air pas mal son jeu. Ambiance Halloween…Bouh t’a eu peur ^^

    Indiana Col, la dénicheuse de perle indé, tantant tanlalalaaaa ^^

  2. C’est bien le souci des jeux indépendants : on sent parfois qu’ils ont fait leur jeu avec motivation, coeur, dans la limite de leurs moyens, mais malgré tout ça coince… j’ai fait Those who remain dans le même style de souci récemment : un jeu avec de la bonne volonté et le souhait de proposer des nouvelles choses dans le genre horreur, mais ça a peiné à me convaincre… Du coup, je comprends bien qu’il soit difficile de critiquer un jeu indépendant, qui a en général plus besoin de soutien. En plus, c’est original pour celui-ci, de prendre appui sur un fait réel et de proposer une enquête autour ! Surtout qu’avec l’inconnu autour du véritable tueur, ils peuvent se permettre des choses sympas. Mais avec un portage pas à la hauteur en plus de la technique moyenne et de l’absence de direction… en plus, un pattern random pour le tueur, ça a de quoi être énervant. J’espère que les patchs te permettront d’apprécier au moins la fin !

    • Tu as très bien résumé la situation ! Et c’est ça, ici le postulat de départ est si chouette que tout le monde a l’air vraiment déçu de ne pas pouvoir apprécier ce titre.. Mais bon, c’est pour ça que je croise les doigts pour avoir des patchs dans les prochains mois, on verra bien si les développeurs se motivent à continuer malgré cet accueil plutôt froid.

  3. Excellente critique. Malgré la déception et les faiblesses du jeu, je trouve que tu arrives quand même à faire transparaître de la bienveillance pour les développeurs tout en restant honnête avec le titre. C’est le plus important.

    Bon move aussi de ne pas noter le jeu. Bref, bravo.

  4. Dommage ce jeu était parti sur de bonnes idées… C’est souvent comme ça dans le jeu vidéo, ce sont les éditeurs qui dictent les règles. Faut faire vite et respecter les délais quitte à perdre en qualité… Ça doit sûrement être comme ça dans le milieu de la littérature également les bouquins qu’un auteur doit vite plier s’il veut le publier dans les temps (mais tu dois plus être au courant que moi).

    • Eh oui, ça me désole franchement. Aucune idée ici si la pression est venue des éditeurs ou simplement d’un besoin d’avoir une rentrée d’argent, mais le projet me semble vraiment trop jeune.

      J’imagine qu’on trouve ce genre de situation dans tous les milieux artistiques, oui !

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