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Les Larmes de Callisto : quand la sororité ose défier les dieux !

Les Larmes de Callisto revisite le mythe grec sous un angle très féministe, entre sororité et violence suggérée.

À peine ai-je eu le temps de prendre la mer aux côtés d’Ulysse dans L’Odyssée de Maxe L’Hermenier et Thomas Labourot que me voilà déjà replongé dans la mythologie grecque ! Lorsque notre partenaire Bamboo Édition m’a proposé de découvrir la BD Les Larmes de Callisto, une nouveauté de son label Drakoo, je n’ai pas hésité bien longtemps. Il faut dire que l’objet en tant que tel donne immédiatement envie : une couverture aux jolies nuances de bleu, rehaussée de motifs en semi-relief dont j’adore la sensation au toucher.

Couverture de la bande dessinée Les Larmes de Callisto montrant Callisto armée d’un arc devant une ourse céleste
La couverture en semi-relief des Larmes de Callisto est aussi agréable à regarder qu’à toucher !

Disponible ce mercredi 26 août 2026, cet album complet de 96 pages est scénarisé par Camille Salomon, illustré par Valentin Varrel et mis en couleurs par Marie-Ortie. Tous trois s’attaquent à un récit particulièrement cruel afin d’en proposer une relecture moderne et résolument féministe. Le résultat final est beau, sensible et accessible, même s’il lui arrive parfois de manquer un peu de nuance à mes yeux de lecteur bientôt quadragénaire…

Les Larmes de Callisto : réécrire le mythe sans en effacer la violence

Dans la Grèce antique, Callisto est une princesse d’Arcadie promise à un mariage qu’elle ne désire pas… Afin d’échapper à cette union contrainte, elle s’enfuit dans les bois sacrés et rejoint Artémis ainsi que ses nymphes. Callisto découvre enfin la liberté et la sororité, mais cette parenthèse heureuse ne dure pas longtemps : depuis l’Olympe, le terrible Zeus la convoite et ne tolère aucun obstacle entre lui et l’objet de son désir.

Double page présentant Callisto et les principaux dieux grecs des Larmes de Callisto, dont Zeus, Héra, Artémis et Aphrodite
Une galerie de portraits aide les lecteurs les moins familiers avec la mythologie grecque à se repérer.

Les versions antiques diffèrent, mais partagent une même injustice : Callisto subit le désir de Zeus avant d’être punie pour une faute qu’elle n’a pas commise. Transformée en ourse, elle finit par rejoindre le ciel et devient, d’après le récit le plus populaire, la Grande Ourse ! Cette destinée tragique permet à Camille Salomon d’interroger les violences ainsi que les rapports de domination qui traversent la mythologie grecque. Sans les nier, ni même les représenter de façon complaisante, elle fait de Callisto une héroïne qui tente de reprendre le contrôle de son histoire. Cette nouvelle lecture m’a d’ailleurs poussé à approfondir mes recherches une fois l’album refermé, ce qui est généralement très bon signe !

Et si les déesses grecques cessaient enfin d’être rivales ?

La grande idée des Larmes de Callisto consiste à imaginer ce qui arriverait si les femmes du récit choisissaient de s’épauler plutôt que de se condamner. Artémis, Aphrodite et Héra ne sont plus uniquement définies par leurs rivalités : chacune peut soutenir Callisto à sa manière ! J’ai beaucoup aimé cette histoire de sororité, d’écoute et de reconstruction, qui remet l’humain au centre du récit sans priver le mythe de sa force symbolique. Le scénario accorde aussi une belle place à l’amour maternel et aux liens choisis. Callisto n’attend pas qu’un héros vienne à son secours : elle puise sa force auprès de femmes qui refusent de la laisser seule face à son destin.

Cette approche très assumée a toutefois son petit revers… Destinée en priorité à un public young adult, la BD adopte parfois un ton un peu trop simple pour moi. Certaines répliques énoncent les sentiments ou la morale avec une telle évidence qu’elles laissent finalement peu de place à l’interprétation… Certains personnages manquent de nuance, à commencer par Zeus, odieux prédateur machiste et misogyne uniquement mû par un besoin compulsif de domination. Le mythe lui donne certes peu de raisons de paraître sympathique (après tout, le gars part batifoler avec toutes les humaines qu’il voit et se marie même avec ses propres sœurs), mais un antagoniste moins « monolithique » aurait sans doute renforcé le propos… Reste que les regrets et remords exprimés par d’autres protagonistes apportent heureusement un peu de relief à l’ensemble.

Une douceur pastel pour éclairer un récit difficile

Sur le plan visuel, en revanche, Les Larmes de Callisto m’a totalement convaincu. Le dessin de Valentin Varrel est, de mon point de vue, magnifique, expressif et lumineux. Les visages transmettent immédiatement les émotions, tandis que les attitudes, les cadrages et les symboles font ressentir l’emprise ou la peur sans montrer la violence de façon gratuite. Un choix particulièrement judicieux compte tenu des thèmes abordés. D’ailleurs, les couleurs de Marie-Ortie complètent très bien son trait ! Leur aspect légèrement désaturé, presque pastel, apporte beaucoup de charme aux planches et crée un contraste saisissant avec la dureté de l’histoire. Les bleus nocturnes, les roses légers et les tons plus terreux donnent à l’album une identité visuelle douce et immédiatement reconnaissable.

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En résumé, cette première BD de Camille Salomon n’est pas la relecture la plus subtile qui soit, mais elle porte un message sincère sur la solidarité féminine, le consentement et la reconstruction. C’est aussi un très bel objet de 96 pages (qui se lit malgré tout assez vite), dont la couverture en semi-relief et les jolies couleurs pastel donnent constamment envie de tourner les pages. Mais son plus beau mérite se trouve peut-être ailleurs : depuis que je l’ai refermé, je ne regarde plus tout à fait la Grande Ourse de la même manière…

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