Des dessins animés de Walt Disney il n’existe quasiment plus rien… C’est l’impression que l’on pourrait avoir devant la frénésie de réadaptations en prise de vue réelle déployées par le cultissime studio américain. Le Livre de la Jungle, Dumbo, Le Roi Lion, ce n’est plus qu’une question de temps avant que Bernard et Bianca au Pays des Kangourous n’ait droit à sa propre version photo-réaliste. Le moins que l’on puisse dire, c’est que jusqu’à maintenant les reliftings de films Disney ont tous fait fortune. Cela sera probablement le cas de La Belle et la Bête. Et cela frustrera les nombreux réalisateurs et producteurs qui ont pataugé dans la boue dans l’espoir d’égaler le chef-d’œuvre de notre enfance. Après L’Éducatrice et le Tyran de Ken Kwapis et la piètre tentative franco-allemande initiée par Christophe Gans en 2014 (Léa Seydoux et Vincent Cassel ont du faire se retourner Gabrielle-Suzanne de Villeneuve dans sa tombe), Disney a passé un grand coup de balai et rappelé au monde entier qui est le vrai chef d’orchestre. La mémoire du grand classique du début des années 1990 a enfin été respectée !

Quand la Bête se fait la Belle…

Un film musical imperturbable, qui a le cœur sur la main et qui déborde d’énergie ! La Belle et la Bête, long métrage réalisé d’une main de fer par un habitué de la saga Twilight, Bill Condon, fait dans le fan service sans jamais perdre de vue son objectif principal : rester fidèle coûte que coûte à l’œuvre originale. Certes La Belle et la Bête reste une superproduction, un film spectacle, mais Bill Condon tape dans le mille et peut s’en vanter. À priori, c’est donc le pas léger et le sourire radieux que vous sortirez de la salle obscure ; qui plus est, votre cerveau aura certainement mémorisé certaines des musiques du film, lesquelles vous resteront à la tête pendant de longues journées ! Mais est-ce une bonne chose ?

Critique cinématographique du film La Belle et la Bête (2017)
Naturelle, innocente, Emma Watson est le choix parfait pour incarner Belle.

L’histoire de La Belle et la Bête reste en béton (de préférence armé). Pour rappel, nous avons affaire à une pièce romantique à deux personnages durant laquelle deux rats de bibliothèque (ou plutôt une brute épaisse à cornes et la splendide Emma Watson) tombent amoureux l’un de l’autre, le pseudo-couple étant aidé par toute une ribambelle d’ustensiles de cuisine animés et guillerets. Mais Bill Condon n’a pas fait de son long métrage un simple clone du film d’animation originel. Le réalisateur a eu l’ingéniosité d’apporter sa touche personnelle en proposant des scènes nouvelles : par exemple, le fringant Dan Steven, qui joue le rôle de la Bête, apparaît sous ses traits humains dès le prologue du film. On y voit notamment à quel point le Prince était vaniteux, désobligeant et égoïste (il aura mérité son mauvais sort celui-là). À ce sujet, la Bête, qui est naturellement composée d’images de synthèse, est une réussite du début jusqu’à la fin, tout comme le reste du bestiaire d’ailleurs. Un bel effort technique !

Emma ‘The Charming’ Watson

Quant à Belle, laquelle est interprétée par cette chère Miss Hermione, son naturel et son charme remplis d’innocence font instantanément mouche. Déjà à l’époque d’Harry Potter, je savais que la belle Parisienne serait une femme magnifique. C’est aujourd’hui le cas. Le jeu d’actrice d’Emma (permettez-moi de la tutoyer) est prodigieux, toujours juste. C’est une très grande comédienne mais aussi une très grande chanteuse, la jolie blonde interprétant chacune des chansons collant à son rôle. Sans surprise, même les cordes vocales d’Emma Watson sont éblouissantes.  Je ne lui connaissais pas ce talent avant !

Parlons du reste du casting, qui est cinq étoiles : Luke Evan fait un excellent Gaston, rôle qui lui sied d’ailleurs comme un gant, Josh Gad s’éclate dans la peau de LeFou, bouffon attitré du premier, et un certain Ewan McGregor est même de la partie dans le rôle de Lumière, chandelier à l’allure noble et à la voix séduisante. N’oublions pas l’éternel Ian McKellen, qui a échangé son costume de Magnéto au profit d’une vieille horloge qui trouve le culot de sortir plus d’une réplique mémorable. Un casting d’enfer donc, qui travaille de pair avec des chorégraphies d’exception et une anthropomorphisation photo-réaliste et cohérente. Effectivement, on peut résumer le succès de La Belle et la Bête de cette manière.

Oui, la magie opère toujours !

Cette version inédite de La Belle et la Bête sonne donc comme un triomphe. Très fidèle au dessin animé sorti en 1991, le long métrage de Bill Condon est néanmoins audacieux et se permet quelques libertés scénaristiques très appréciables. La reprise de plusieurs scènes et l’apport de nouvelles chansons font d’ailleurs que ce nouveau film Walt Disney est plus long de 45 minutes par rapport à son prédécesseur. Ceux qui pensaient que La Belle et la Bête 2017 serait facilement oubliable seront agréablement surpris tant le film parvient à apporter élégance, fraîcheur et puissance à un conte vieux de plus de 250 ans.


Eric Lemattre

Élevé sur la planète Delta Orionis ZK-3.0, je suis venu sur Terre pour prêcher la vérité et sauver le genre humain. Susceptible mais costaud, je rends grâce à l’inventeur de la casquette. Oui, ce couvre-chef me va comme un gant !

19 Commentaires »

  1. Salut Eric. Je suis allé voir le film au ciné en famille et on a tous adoré ! C’était un super moment jusqu’a aujourd’hui j’avais toujours sous estimé La Belle et la Bête (j’ai pas beaucoup de souvenirs du dessin animé il faut dire…) mais franchement Disney a fait fort chui d’accord avec toi. Je comprends pas trop les critiques mitigés que le film a recu. Heureusement tu es là pour remonter la note ^^

  2. J’étais très mitigé sur les reprises des Walt Disney surtout depuis Alice aux pays des merveilles par Tim Burton (alors que j’aime beaucoup son univers), mais ton article – si ce n’est pas un poisson d’avril – me donne envie d’aller voir ce dernier Disney.

    • Salut Alex ! Content de savoir que tu nous lis aussi assidûment 😉

      Pas de poisson d’avril (j’ai l’impression que cette tradition se perd d’ailleurs…) ! La Belle et la Bête 2017, tout comme Le Livre de la Jungle, est une très belle réadaptation Disney !

      • Normal! Je suis l’actualité JV sur des blogs de passionné et le tien en fait partie depuis quelques mois 😉 j’ai arrêté de lire une bonne partie de la presse JV qui n’est plus trop indépendante… 🙁
        Je réfléchi d’ailleurs avec un ou deux potes pour en ouvrir un.

  3. Dis donc, que d’éloges ! J’ai été soufflée par l’identité visuelle et la qualité globale de ce film. Par contre, c’était MON film de princesses absolu quand j’étais gamine, et du coup rien ne pourra jamais me faire vibrer autant que la version originale (mais c’est pas du tout objectif). Après, on pourrait se demander quel est l’intérêt de sortir un film qui copie seconde par seconde le dessin animé, à part pour l’argent je veux dire… Mais Emma Watson est parfaite dans son rôle, et j’ai passé un très bon moment 🙂

    • Coucou ma grande ! On est pareil alors ! J’idolâtre littéralement le premier film. À tel point que dès l’intro je commence à avoir la larme à l’œil ! La voix du narrateur, la mise en scène, la beauté des dessins, la musique, c’est d’une telle justesse et d’une telle profondeur ! Pour moi aussi, rien ne peut égaler le dessin animé… Cette histoire d’amour mais aussi de rédemption m’a ému à jamais. Par contre je suis pas trop d’accord avec toi sur le copier/coller. La nouvelle version n’est pas si ressemblante si tu regardes bien : l’échelle des plans, les nouvelles scènes, les personnages “exotiques” (pour reprendre les propos de Jane) etc. Moi j’ai vraiment ressenti que le film était, à bien des aspects, différent de son aîné. Bisou !

  4. Très belle analyse Eric! Tu écris trop bien je suis trop fan de ton style (et aussi de celui de Pierre Yves même si c’est différent)! J’ai beaucoup aimé ce La Belle et la Bête moi aussi. Il est pas mal calqué sur le modèle du dessin animé mais y’a quand même des nouveautés très sympas: la scène du début avant l’ensorcèlement, les nouvelles chansons, les personnages noirs, homosexuels etc. Ils ont bien “recontextualisé” le conte et moi je trouve que ça marche! Mes enfants ont adoré en tout cas! Bisou

    • Coucou Jane. Merci beaucoup, ça me touche. Oui c’est clair, ils ont apporté de la fraîcheur au film de 1991. Comme tu l’as si bien dit, cet effort de contextualisation était je pense nécessaire ! Bisou et bon week-end !

  5. Bonjour,

    Ma copine et moi avons été voir le film en salle et, même si nous avons passé un bon moment, il y a deux / trois fausses notes selon nous. Je vais me contenter de citer les points que nous n’avons pas trop aimé, étant donné que les avis dans la section commentaire sont en majorité élogieux.

    Tout d’abord, on a tout simplement éclaté de rire quand on a vu des personnes noires à la “cour” du prince. Pas parce qu’on est sympathisants du Ku Klux Klan, mais parce que c’est historiquement trop gros. Surtout que le narrateur en voix off situe le film en France et qu’on peut déterminer que cela doit se situer dans la péridoe baroque à en juger par les décors, XVIe / XVIIe donc, à la grosse louche. Impensable donc, pour la noblesse de l’époque, de voir autant de courtisans noirs dans l’entourage du prince. Quant au couple homosexuel, ma foi, je crois qu’il y en a eu plus d’un dans l’Histoire, mais qui ne s’affichaient peut-être pas aussi publiquement. Je comprends le besoin d’introduire des personnages auxquels des spectateurs autres que l’homme blanc hétéro peuvent s’identifier, mais ça me gêne lorsque cela empiète sur la réalité historique.

    Toujours du point de vue de la cohérence historique (oui j’y tiens :D), la scène où Belle découvre son lieu de naissance à Paris pose un souci. C’est certes intéressant d’apporter des informations sur le passé de Belle et son père, mais si on part du principe que le film s’inscrit plutôt dans l’époque baroque, la mère de Belle succombant à la peste du XIVe siècle (à en juger par le masque de “corbeau” des médecins de l’époque) semble un peu déplacé.

    Pour terminer, un dernier détail, je ne sais pas si nous sommes les seuls à avoir été dérangé par la chanson de la Bête lorsque Belle s’en va sauver son père. Les paroles sont déchirantes, mais l’instrumental avait une note plutôt joyeuse, voire d’espoir. Peut-être était-ce intentionnel pour suggérer le retour de Belle, mais je doute que la Bête est ressenti quelque espoir à ce moment-là. Le départ de Belle était censé être définitif, non ?

    Ces incohérences n’auraient pas autant déranger dans une nouvelle production, créée de toutes pièces, je pense. Mais vu que le film colle beaucoup au dessin animé de 1991, on a trouvé ça dommage que les quelques ajouts du réalisateur apportent de l’incohérence au film.

    Cependant, le film traduit un conte, situé dans l’imaginaire et peut-être que cela peut se justifier ainsi.

    Enfin, l’un dans l’autre, il reste que nous avons passé un chouette moment 🙂

    • Salut Pierre (l’homme aux multiples noms) ! Devant pareille argumentation, je me vois contraint de tirer ma révérence… LOL. En effet, ce que tu dis est très juste ! Les incohérences sont nombreuses. Mais je pourrais tout pardonner à La Belle et la Bête, ce conte qui a marqué mon enfance ! Merci pour ce long commentaire très intéressant, pertinent et constructif ! Bonne journée !

      • Haha désolé pour les multiples pseudos, j’en ai plusieurs selon les sites / plateformes et si je dois le retaper à chaque fois, je ne me souviens plus de celui que j’ai utilisé avant ! 😀 Mais oui ça reste un super conte 😀

  6. C’est agréable d’entendre que le film est donc une réussite. Même si j’avais beaucoup apprécié Le livre de la jungle, et même si ce genre de remakes m’intéressent et flattent mon amour pour Disney, on peut quand même se demander quel est leur intérêt, outre l’argent. Il est rassurant d’entendre que le film n’est pas un simple copié/collé du Disney, mais en propose une autre lecture.

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