Ce mois-ci, Eric est venu vers moi avec un objet vidéoludique pour le moins surprenant : un jeu vidéo construit autour d’un album de métal, scénarisé et qui évolue selon les choix du joueur ! Voilà un pari pour le moins ambitieux, et tu me connais, j’adore les objets culturels qui sortent des sentiers battus. Alors même si je ne suis pas une grande connaisseuse de métal (j’aime bien, mais c’est un genre musical que j’explore peu), j’ai eu envie de me frotter à ce projet très intrigant, et c’est comme ça qu’on se retrouve dans ce test de Of Bird and Cage, jeu vidéo sorti le 20 mai 2021 sur PC !

Of Bird and Cage : quel est le concept ?

Commençons par le commencement : qu’est-ce qu’on a entre les mains, au juste ? Il s’agit du premier jeu du studio israélien Capricia Productions, en collaboration avec des artistes tels que Ron « Bumblefoot » Thal (ancien membre des Guns N’ Roses), Ruud Jolie (Within Temptation), Rocky Gray (ancien membre d’Evanescence) et toute une brochette d’autres musiciens dont tu trouveras la liste sur le site officiel du jeu. Tu y incarnes Gitta, une jeune femme au parcours plutôt compliqué qui doit gérer sa consommation de drogue, ses relations toxiques et sa famille brisée. Cette histoire librement inspirée de La Belle et la Bête se raconte à la fois par le gameplay et par la bande-son, construite en véritable album dont chaque piste correspond à un chapitre du jeu.

of bird and cage pc
Les écrans de lancement des niveaux nous offrent des fragments de scénario.

Le réel enjeu d’un titre comme celui-ci, c’est de parvenir à coordonner l’expérience de jeu avec la musique. Les développeurs promettent un produit hybride entre album et jeu narratif, on ne s’attend donc pas à un « simple » Telltale musical mais bien à une narration qui influence la musique, et une bande-son qui marque concrètement le gameplay. J’étais réellement curieuse de voir comment ils allaient intégrer ces deux approches pour qu’elles se nourrissent mutuellement, et j’ai donc envie d’attaquer ce test de Of Bird and Cage en te parlant des différents aspects de cette fusion, pour qu’on soit rapidement fixés sur ses forces et ses faiblesses.

Concilier musique et jeu, tout un programme

Je le disais plus haut, chaque tableau du jeu correspond à un morceau de l’album : un tableau ne dure donc que quelques minutes (la durée du morceau), ce qui te laisse un temps limité pour explorer ton environnement et faire des actions qui détermineront la suite de l’histoire. Pas de retour en arrière possible, il te faudra traverser l’album coûte que coûte et assumer les conséquences de tes réussites comme de tes échecs ! De plus, au sein d’un même morceau, certains passages sont synchronisés avec une action du jeu (un personnage qui se met à chanter, ou un crescendo qui correspond à un élément scénaristique précis). Pour assurer cette synchronisation, une barre de progression t’indique le temps qu’il te reste avant de passer à la prochaine cinématique. Ces choix de design sont plutôt judicieux dans leur accompagnement du joueur, et ils permettent un enchaînement relativement fluide des phases d’exploration et des passages plus lyriques. Cerise sur le gâteau : le jeu est parsemé de petits échos qui renforcent encore la cohésion entre musique et gameplay (des flammes qui sortent du sol au rythme du morceau, une sonnerie de téléphone qui s’insère parfaitement dans la mélodie, etc.).

of bird and cage indé
J’ai beaucoup aimé ces nuages de mots qui donnent des infos sans parasiter la musique.

Sur ce plan-là, j’ai donc envie de dire que Of Bird and Cage est créatif dans la façon dont il expérimente l’alignement des deux médias. Certes, on n’est pas exactement sur un jeu qui influencerait la mélodie en temps réel, mais certaines idées de synchronisation fonctionnent vraiment bien et donnent une dimension nouvelle aux deux disciplines. Là où on dit souvent qu’une bonne bande-son de jeu vidéo sait se faire discrète, ce jeu nous rend très attentifs à la musique et la met vraiment au premier plan. Et en parallèle, certains passages nous apportent cette satisfaction de la pulsation commune qu’on pourrait retrouver notamment dans un jeu de rythme.

La frustration pointe le bout de son nez

Pour autant, est-ce qu’on peut considérer que le jeu est réussi ? Là, la question se complique. Je craignais un titre qui maîtrise correctement les deux mondes sans réussir à les réunir (genre musique sympa, jeu sympa, mais pas de réelle communication entre les deux), et je me retrouve plutôt avec une bande-son chouette, une synchronisation satisfaisante, mais un jeu narratif qui peine à convaincre. Déjà, la partie narrative n’est pas géniale : le scénario est une surenchère de violence et de misère à tous les étages, et si ça rentre évidemment dans les codes du métal, le trait me semble forcé, et on aurait pu demander un poil plus de subtilité dans l’écriture.

of bird and cage jsug
Tout le monde a l’air particulièrement sympa dans ce jeu.

On pourrait se dire que le scénario est surtout là pour accompagner la musique, et tant pis s’il s’excite un peu trop sur cette pauvre Gitta. Mais au-delà de l’aspect narratif (qu’on peut effectivement relativiser), le vrai reproche que je fais à ce titre, ce sont les grosses failles de son gameplay (et ça, c’est plus contrariant). Si le timing respecte la musique, il laisse très peu de temps aux phases d’exploration et on est ainsi quasiment obligés de planter la première partie à cause de la taille des espaces ou du manque de clarté des objectifs (qu’on n’arrive pas à remplir à temps à moins de tomber par hasard sur les bons objets dès le début). La frustration risque donc de s’accumuler à mesure qu’on voit la situation de Gitta empirer, et il est fort probable que tu débloques d’abord la fin la plus négative (sur les quatre fins possibles).

Outre la question du temps, certaines mécaniques manquent de finesse et de maîtrise : je pense notamment aux QTE inutilement complexes et au système de combat, qui ne fonctionne pas du tout. Et comme le jeu ne te laisse pas revenir en arrière, ces phases-là ont aussi une influence négative sur la progression de l’histoire, donc on est doublement contrariés. Alors je dirais que les graphismes sont corrects (un peu datés, tout de même), certaines énigmes sont sympathiques, mais dans l’ensemble, la manipulation n’est pas agréable, et j’ai fini par me faire une raison sur l’issue du scénario en me laissant taper dessus jusqu’à la séquence suivante. Autre fausse bonne idée : tu peux décider de prendre ou non de la drogue, mais si tu essaies de rester clean, ta vision finit par se troubler, et l’exploration (déjà pas simple à cause du temps) devient quasiment impossible.

Un test de Of Bird and Cage en demi-teinte

Tous ces choix de design mis bout à bout desservent un peu le propos à mon avis. Pour profiter pleinement de ce titre en l’état, il faut le terminer plusieurs fois, en cherchant à optimiser la recherche d’objets, tes skills en QTE et en combat, et ainsi accéder à des choix de scénario qui devraient arranger un peu la situation de Gitta. C’est un parti pris qui se défend, surtout si le jeu se termine en deux heures, mais je trouve dommage que ce soit un passage obligé et qu’on ne puisse pas aborder la chose comme une œuvre courte à savourer en one-shot (qu’on se comprenne bien : on peut y jouer une seule fois et avoir compris le principe, mais la difficulté nous prive de certains choix scénaristiques, donc j’ai du mal à considérer qu’il se destine à être consommé comme ça).

of bird and cage test
Ton perso en manque de drogue : ça devient compliqué.

Malgré tout, l’idée de base est excellente et je trouve qu’on est face à un formidable laboratoire à idées : certaines sont meilleures que d’autres, mais le filon mérite d’être exploité, et je serais ravie de voir d’autres initiatives de ce type émerger dans le futur. Du coup, comme tout produit innovant, on peut choisir de se concentrer sur ses défauts ou célébrer les nouvelles cartes qu’il pose sur la table et qui pourront être reprises, améliorées ou triées par de prochains acteurs du milieu. De mon côté, j’ai envie de prendre la deuxième option et de me réjouir du fait que le jeu vidéo se réinvente encore (et je reprends un peu le discours que je tiens pour Genesis Noir), qu’il s’adapte à tant de formes et d’intentions. J’espère que d’autres studios choisiront de poursuivre dans cette voie qui s’annonce très prometteuse malgré les couacs de ce premier jet.


En bref, si tu aimes les narrations hybrides et le métal symphonique (je n’entre pas dans le débat de « est-ce que c’est vraiment du métal ou pas », regarde la bande-annonce et ça te donnera une bonne idée du type de musique qui figure dans ce jeu, à toi de voir si ça rentre dans tes goûts ou non), j’espère que ce test de Of Bird and Cage aura éveillé ton intérêt. Je ne trouve pas que ce soit un jeu particulièrement bon, mais il propose des pistes très intéressantes pour de futures explorations narratives, et il nous offre tout de même quelques moments de grâce !

La note de la rédaction
  • Musique - 7/10
    7/10
  • Gameplay - 5/10
    5/10
  • Graphismes - 6/10
    6/10
  • Scénario - 5/10
    5/10

Les plus et les moins

✔︎ Une bande-son qui reste en tête.
✔︎ De très bonnes idées pour allier musique et jeu.
✔︎ Un titre qui n'a pas peur d'être ambitieux.

✘ De gros problèmes de gameplay.
✘ Un scénario dans la surenchère.
✘ Trop à faire, trop peu de temps...
✘ ... Et donc beaucoup de frustration accumulée.

5.8/10

6 Commentaires »

  1. Surement que cela doit être une bonne analyse du jeu ^^. Comme souvent, les jeux ont des bonnes idées, un potentiel encore plus mais trop souvent mal exploité ou trop vite fait et bâclé. C’est celui qui arrive à mettre tout, bout à bout, qui en fait un jeu incontournable. Il faut essayer, s’ils apprennent de leur erreur, ils pourront progresser. Il y a des titres comme ça, même des séries qui n’étaient pas bonnes et qui ont finit par pondre quelque chose de positif avec le temps, parfois ça prend très longtemps.

  2. Encore un super test ! Vous nous régalez en ce moment ! 😉 On aime JSUG pour ça : des bons tests sur des jeux dont on parle peu voire pas du tout !

    Je trouve l’idée d’allier JV et musique super intéressante, surtout dans un jeu narratif ! Peut-être qu’avec quelques patchs ils pourront au moins gommer les soucis de gameplay et le timing de résolution des « énigmes » ?

    • Rooooh merci beaucoup Bruno !!

      Pareil, l’idée me séduit beaucoup et j’espère que d’autres jeux de ce type vont arriver dans les prochaines années ! Et je peux effectivement espérer que des patch rééquilibrent un peu celui-ci, ce serait vraiment cool. 🙂

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