Les jeux vidéo sont des produits culturels à succès. On parle ici d’un secteur qui est devenu une véritable poule aux œufs d’or avec des milliards d’euros générés chaque année (rien qu’en 2020, 2,3 millions de consoles ont été vendues, ainsi que 27,5 millions de jeux et 7 millions d’accessoires). Pourtant, le chemin a été long et de nombreux écueils sont venus perturber l’ascension des géants du secteur. Si les échecs ont été douloureux, ils ont aussi permis à une industrie relativement jeune de mieux connaître les consommateurs, qui sont toujours plus exigeants mais de moins en moins patients.

Quand PlayStation tente de prendre le train en marche

Il a toujours été extrêmement dangereux de vouloir copier le succès d’un concurrent, notamment quand ce dernier s’appelle Nintendo. Et cela, Sony (constructeur de la PlayStation) a fini par le comprendre. Objectivement, chercher à comparer ou opposer les deux géants nippons du jeu vidéo serait quelque peu futile car ils n’ont pas les mêmes cibles, n’ont pas la même culture et ne partagent pas les mêmes univers. Pour le commun des mortels, Nintendo et Sony fabriquent des consoles de jeux. Pour les passionnés, ce sont deux monstres sacrés… qui ne respirent pas tout à fait le même air.

On est en droit de penser que ce qui peut marcher pour l’un, marcherait sans doute moins bien pour l’autre. Par exemple, Animal Crossing a rencontré un succès phénoménal sur GameCube en 2002, mais le lancement du jeu sur PS2 aurait probablement fait un bide. Alors quelle mouche a piqué les têtes pensantes du constructeur nippon quand il a décidé de sortir la Playstation Classic ?

Nintendo, avec la Mini NES, a réussi à recycler ses deux licences phares, Zelda et Mario, dans des versions en haute résolution. S’alignant avec les standards du moment, la Mini NES est capable de plaire aux fans de la première heure (en éveillant la nostalgie et en surfant sur un effet rétro maîtrisé) comme aux nouveaux venus. Sony, quant à lui, a sorti une PlayStation Classic tout juste passable (une console dotée d’un hardware très moyen et proposant une sélection de jeux limitée voire étonnante). La presse et les joueurs ont dégommé la console rétro de Sony. Les ventes ont été si ridicules que son prix a littéralement fondu au fur et à mesure que l’année 2018 s’écoulait.

Gunpey Yokoi
Gunpey Yokoi, l’homme à qui Nintendo doit une grande partie de son succès.

Un casino Dolce Vita pour Sony ?

La culture de l’innovation fait partie de l’ADN du géant tokyoïte. En règle générale, chaque nouvelle console PlayStation est conçue pour avoir un temps d’avance sur la concurrence, même si Microsoft a sans doute changé la donne avec sa gamme Xbox Series. Le jour où Sony a annoncé la sortie d’un casino en ligne exclusivement dédié à sa console portable, la PS Vita, bien des joueurs étaient dubitatifs.

Sauf que les casinos en ligne étaient en plein essor. Le marché iGaming s’est structuré à grand renfort de normes gouvernementales et de licences officielles. La technologie du moment aurait pu permettre de jouer sur ces casinos en toute sécurité depuis différents supports, notamment des supports nomades tels que la Vita. En outre, pour Sony, proposer des jeux de hasard représentait l’opportunité de pénétrer un marché très lucratif qui représente plusieurs dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires annuels. Il faut savoir qu’aucun autre acteur de l’industrie du jeu vidéo n’avait eu l’audace de se lancer dans le gambling, à l’exception peut-être de quelques tentatives sporadiques proposant des simulations sans grand intérêt, car totalement dépourvues du sel des casinos : la possibilité de gagner le jackpot. Il va de soi qu’en 2021, imaginer que Sony puisse proposer des jeux de hasard en ligne est totalement loufoque étant donné les nombreuses plaintes déposées contre l’utilisation des micro-transactions dans les free-to-play, les procès infligés à Electronic Arts en raison de la présence de Loot Boxes dans son célèbre jeu de simulation de foot, etc.

Au lancement de la PS Vita, Sony pensait avoir trouvé la combinaison idéale : une console vendue à des millions d’exemplaires et, en sus, portable. La cible était toute trouvée et Sony aurait pu offrir aux joueurs de casino la mobilité qu’ils cherchaient désespérément, la PS Vita ayant pu précéder les smartphones d’aujourd’hui. Or, la complexité des législations et l’impossibilité d’intégrer la technologie Flash (qui était à l’époque requise pour miser aux jeux de hasard en ligne) eurent raison de Sony.

Le cas de Nintendo et de son « garçon virtuel »

Le monde des jeux vidéo est âpre. L’innovation est le maître-mot pour les constructeurs de console. Parmi ces innovations, il y en a qui se voient facilement : la qualité des graphismes, la fluidité, le gameplay, l’ergonomie, etc. Et puis il y a la technologie qui se cache dans les méandres des consoles. Nintendo est le dieu incontesté des années 1990, même si SEGA viendra plus tard lui faire de l’ombre.

Chez Nintendo, il y eut même un génie : Gunpei Yokoi. Cet homme est l’inventeur de la Game & Watch, de la Game Boy, de la croix directionnelle, etc. Quand il annonce que Nintendo va lancer une console en réalité virtuelle, le monde des gameurs est en émoi, vous vous en doutez bien ! Cette annonce, en plus d’attiser les fantasmes des joueurs, créera des désaccords féroces entre les différents ingénieurs de Nintendo quant aux possibilités d’une telle machine. Finalement, le résultat fut si décevant que Gunpei Yokoi démissionna de ses fonctions. La qualité des jeux était au-delà du mauvais et les effets de la réalité virtuelle étaient les mêmes que ceux connus aujourd’hui : maux de tête, nausées et vomissements. Le Virtual Boy de Nintendo a été une leçon riche en enseignements pour le constructeur japonais, mais aussi pour toute l’industrie du jeu vidéo dans son ensemble.


4 Commentaires »

  1. Je pensais en voyant le titre quand Nintendo et Sony se sont plantés, quand ils ont failli sortir la super Nintendo avec le lecteur cd en dessous et que cela ne se sera jamais fait. Sony lançant sa Playstation.

    Dire que cette console a existé, il en existe quelques exemplaires je crois…..ou prototypes.

    Les jeux super Nintendo étaient top, y avait de tout comme jeux, et on s’imaginait avoir des jeux de folie avec les cd. Fin ce fut le cas après. Je ne me voyais pas quitter Nintendo à l’époque. Mais quand on voit des jeux de borne d’arcade débarquer dans son salon, les gens ne s’imaginent pas ce que cela peut faire. Le sentiment d’avoir ça chez soi, après cela a tué les salles d’arcade, hélas….

    Bon je parle d’autre chose mais bon. Nintendo restera gravé dans le marbre. Beaucoup de joueurs les pestent mais bon , ils ont fait des trucs de fou par le passé, l’évolution des jeux, ils en sont pour quelque chose aussi, tout comme Sony et tous les autres.

    • En vérité tous les constructeurs de console se sont foirés à un moment donné. Effectivement, les licences phares de Nintendo sont gravées dans le marbre (Mario, Zelda, etc.). Et des consoles comme la NES, la GameBoy, la Nintendo 64, la GameCube et la première Wii représentaient des innovations majeures !

      Mais heureusement qu’il y a une concurrence pour proposer autre chose, d’autres styles et manières de percevoir le jeu vidéo. C’est ce qui fait la beauté de ce médium : la diversité.

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