Test d’Edge of Eternity : sacrifice sur l’autel de la durée de vie

Il est difficile de s'inspirer des Final Fantasy sans qu'il n'y ait comparaison... Voici notre test d'Edge of Eternity sur PS5 !

On va pas se mentir, parfois, on regarde un trailer des étoiles plein les yeux, et puis, bardaf, c’est l’embardée comme on dit chez moi. Pourtant, cette fois, Eric n’avait pas de « surprise pour moi », les astres s’alignaient tandis que les flots de la mer Rouge se fendaient en deux, laissant poindre une unique voie magistrale : celle du plaisir vidéoludique. Pas de bol, c’est un coup dans l’eau, toute fendue qu’elle soit. C’est parti pour mon test d’Edge of Eternity sur PS5, un JRPG à la française développé par le studio indé Midgar Studio !

Destination Final Fantasy

Dès qu’on pose les yeux sur des images d’Edge of Eternity, la parenté est claire : on est sur des vibes résolument Final Fantasy. Le jeu se veut une référence, un hommage, une spéciale dédicace, toi-même-tu-sais. Vouloir s’inscrire dans la lignée des FF, c’est cependant prendre certains risques. En effet, après quinze épisodes, Square Enix sait ce qu’il fait et le fait bien (même si je persiste à dire que le XII était tout bidon). La franchise est maintenant bien implantée dans le paysage vidéoludique et tente même de se renouveler, comme en témoigne le système de combat nerveux de FF XV ou la pause dynamique de FF VII Remake.

Test d'Edge of Eternity
Les décors sont parfois à couper le souffle !

Le JRPG appartient aux genres habituels et présente des codes que l’on a l’habitude de voir. C’est dans ce genre que les Français de Midgar Studio ont décidé de se lancer. S’inscrire dans un genre précis permet deux choses : premièrement, se positionner dans ce que le public connait (et donc sait qu’il aime), et deuxièmement, de potentiellement jouer avec lesdits codes et de titiller les horizons d’attente des joueurs et joueuses. Cependant, ce n’est pas sans risque, j’en veux pour preuve l’énorme flop critique du film Silent Night, Deadly Night en 1984, qui se vautra magistralement dans le genre des slashers sans véritablement en comprendre les codes.

Test d'Edge of Eternity
Les combats sont un mélange de tour par tour et de RPG tactique.

Ce test d’Edge of Eternity a pourtant fort bien commencé. J’avais de sacrées attentes, après tout, le jeu avait l’air d’avoir tout pour lui : des développeurs passionnés avec de belles ambitions, un Kickstarter qui a crevé le plafond avec 161 246 $ engrangés sur un objectif de 44 000 $, et des trailers qui nous laissaient rêveurs. Mais voilà, le souci des ambitions, c’est que parfois, elles peuvent dépasser nos capacités. Je dois toutefois préciser que ce gouffre entre ambitions et capacité va peut-être se voir comblé au vu du rachat de Midgar Studio par le groupe Nacon Gaming.

Test d’Edge of Eternity : joli conte mal conté ne compte pas

Le jeu nous plonge dans un monde étrange envahi par des extraterrestres et gangréné par une maladie incurable que l’on appelle la corrosion. L’histoire débute avec Daryon, l’un des personnages principaux, qui décide de déserter sa fonction de soldat pour aller retrouver sa sœur, qui officie comme prêtresse (importante dans le monde du jeu). Celle-ci lui a envoyé une lettre relativement anxiogène. Leur mère souffre de la corrosion : ils doivent la sauver. La quête principale semble au début un poil trop simpliste, mais pas d’inquiétude, l’histoire complexe débarque assez rapidement, et on se retrouve vite à ne plus comprendre grand-chose.

De temps à autre, les bugs prennent beaucoup de place…

Des extraterrestres, une maladie chelou, de la magie, de la SF et des technomages, cet étrange mélange rappelle naturellement FF VII (l’opus de 1996, quand personne ne comprenait rien à cause d’une localisation foirée, pas le Remake). Je dois souligner cependant que Midgar Studio s’y est plutôt bien pris pour l’atmosphère et les thèmes abordés. On y décèle des tropes fréquents de la culture nippone, comme les relations frère-sœur (thème moins présent en Occident) ou un feel un peu animiste. L’atmosphère à la FF VII avec les technomages de TyrCaelum (une des villes du jeu) saute aux yeux. Bref, la référence est réussie, même si la technique n’y est pas.

Test d'Edge of Eternity
La nuit, il est parfois difficile d’y voir quelque chose.

Les dialogues, bien que joliment doublés en japonais, ont ce petit défaut, selon moi, de parfois manquer de naturel. Ne les trouvant pas particulièrement bien écrits, je me suis retrouvé à les passer relativement rapidement durant ce test d’Edge of Eternity, en particulier lorsqu’ils n’avaient pas trait à l’histoire principale. La technique du jeu, comme les animations faciales ou les feedbacks visuels de manière générale, est un peu à la ramasse. Ceci s’explique par les moyens modestes du studio indé, mais ça a eu pour effet pour moi de paraitre assez mou du genou… Les jolis doublages n’ont pas réussi à rattraper la technique baveuse. La technique, je dois le dire, est désastreuse. J’ai d’abord testé le jeu sur PS4 et ai arrêté de jouer trente minutes et deux crashs de console plus tard. Le clipping était constant, la lumière foirait tous les deux pas, et les sons ne se lançaient jamais au bon moment, qu’il s’agisse des dialogues ou des actions. La version PS4 est à éviter. Quant à la version PS5, elle tient bien mieux la route, mais les chutes de framerates font saigner les yeux en permanence (en mode performance ou fidélité), et les animations du visage sont pas mal datées. Ajoutez à ça des bugs qui empêchent d’effectuer certaines actions et vous obtenez pas mal de frustration.

Tir au jugé sur les jauges ATB

Côté gameplay, on a du bon et du moins bon. On a de l’exploration libre en-dehors des combats, à pied ou à dos de Neckaroos, les montures du jeu. Les Neckaroos sont des sortes de gros chats, leur nom vient probablement de la contraction du mot « chat » en japonais, « neko » (猫), et d’un autre mot que je n’ai pas identifié. Les montures ont de l’importance dans le jeu, étant donné qu’elles peuvent, et doivent, jouer le rôle de pisteur. Ainsi, certaines quêtes annexes nécessitent de retrouver un objet enterré (ou même des ennemis) grâce à un Neckaroo. Les décors étant souvent magnifiques, l’exploration est très agréable.

Test d'Edge of Eternity
Les paysages donnent envie d’explorer.

Les combats, quant à eux, sont un mélange de tour par tour avec jauge ATB, une jauge qui se remplit en fonction du temps qui passe et qui représente en réalité la vitesse de votre personnage, et un système de combat tactique à la X-COM. Ainsi, les personnages se trouvent sur des cases hexagonales, et on doit les placer du mieux que l’on peut en fonction des attaques ennemies, etc. Attaquer l’ennemi par-derrière cause par exemple bien plus de dégâts que de l’attaquer de front.

Test d'Edge of Eternity
La modélisation des personnages est pas trop mal, si on ignore les animations faciales.

Dans ce test d’Edge of Eternity, j’ai pu m’amuser avec un système de faiblesses élémentaires plutôt sympathique. En effet, les capacités de nos personnages ne se débloquent pas au fur et à mesure des niveaux, mais dépendent des armes équipées. En effet, comme dans un (J)RPG classique, on peut modifier l’équipement des personnages, et les armes ont un fonctionnement particulier. Chaque arme dispose de sortes de sockets où on peut insérer des cristaux, ce qui fait furieusement penser au sphérier de FF X. Ces cristaux se lootent dans des coffres, sur les ennemis ou se fusionnent sur un établi. Ils ajoutent une dimension d’optimisation qui n’est pas pour me déplaire. Chaque cristal apporte des caractéristiques supplémentaires et, éventuellement, des capacités. Donc il est fort possible de vous retrouver face à des ennemis dont vous ne pouvez pas exploiter la faiblesse, si vous n’avez pas le bon cristal équipé. Petit bémol cependant, ces cristaux ont plus d’influence sur vos personnages que n’importe qu’elle autre chose, y compris les niveaux.

Village Edge of Eternity
L’ambiance de certains villages est très sympathique.

Les combats sont relativement sympathiques, même si, il faut bien l’avouer, le manque de feedbacks visuels et sonores fait rapidement chuter le fun. La plupart des attaques paraissent plutôt molles, sans parler du fait que, petit studio oblige, les animations ont été beaucoup recyclées. Personnellement, ça m’a enlevé le petit effet « waouh » que l’on a quand on débloque une attaque bien badass. Je passais systématiquement l’animation des attaques spéciales, trop longue et sans peps. 

Sans annexe, t’es déjà mon ex !

La durée de vie du jeu avoisine les 50 heures en fonction de votre style de jeu, et malheureusement, je pense que c’est trop. Le premier chapitre est vraiment très bien. Les décors sont très beaux, on découvre le gameplay petit à petit, on en apprend plus sur l’univers fictionnel du jeu. Cette partie du jeu, je l’ai adorée. Mais c’est dans les chapitres suivants que l’on sent que les ambitions du studio ont été un peu trop grandes.

Combat Edge of Eternity
Certains ennemis sont classes, mais beaucoup se ressemblent.

La quête principale peine à nous accrocher, et les quêtes annexes, mes aïeux… Après avoir joué à Horizon Forbidden West, la fracture est immense (les jeux sont incomparables en raison de la taille des équipes, mais c’est pour vous expliquer mon ressenti). Malheureusement, ce test d’Edge of Eternity ne m’a pas fait découvrir des quêtes annexes enrichissantes, au contraire. Elles sont tout au plus anecdotiques. Elles n’apportent pas grand-chose à l’histoire et relèvent exclusivement du grind qui, si vous êtes du genre à farmer comme moi, n’est pas vraiment nécessaire. En effet, au bout d’un moment, les quêtes secondaires ne faisaient même plus avancer ma barre d’XP. C’est comme travailler pour UBER, la récompense en moins…

Paysage Edge of Eternity
Les paysages sont plutôt variés !

Dans l’ensemble, je suis bien conscient qu’il s’agit d’un petit studio, et je trouve le travail accompli incroyable. Objectivement, être parvenu à un tel résultat pour un petit studio, c’est fantastique. Cependant, je reste de l’avis qu’Edge of Eternity aurait gagné à être plus court, plus intense. Par exemple, les quêtes de chasse ne sont que du remplissage. La plupart du temps, vous combattez les mêmes types d’ennemis en boucle, avec un petit swapcolor de temps à autre.

Les développeurs et développeuses ont également tenté d’enrichir le jeu avec des énigmes, qui utilisent le système de combat. Ainsi doit-on compléter des puzzles pas bien compliqués, et qui sont malheureusement un peu mous. Le recours aux déplacements sur les cases hexagonales lors des énigmes accentue le manque de dynamisme. Manque qui est d’ailleurs à moitié avoué, étant donné qu’il est possible d’augmenter la vitesse des combats en x 2, x 3 et x 4. Bref, c’est une chose qui m’a suivi tout au long de ma partie.


En conclusion de ce test d’Edge of Eternity, j’avais sincèrement envie d’aimer le jeu. Ses promesses, ses images et ses inspirations avaient de quoi faire rêver. Cependant, le titre aurait gagné à être plus court afin de correspondre davantage à la masse de travail pouvant être abattue par un petit studio. Je ne peux que le recommander à des gros, gros fans de JRPG, qui pourraient faire fi de la technique un peu boiteuse et des grosses longueurs narratives.

La note de la rédaction
  • Graphismes - 6/10
    6/10
  • Bande-son - 6/10
    6/10
  • Gameplay - 4/10
    4/10
  • Scénario - 4/10
    4/10

Les plus et les moins

✔︎ Un travail gargantuesque.
✔︎ Une inspiration Final Fantasy.
✔︎ Un système de progression amusant.

✘ Une technique cahoteuse.
✘ Une très grande répétitivité.
✘ Trop long au vu des moyens du studio.

5.0/10

 

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5 réponses

  1. Comme ce n’est pas mon genre de jeu, et que je n’ai pas de PS5 en plus. Au moins dans ce test on voit que tu as vraiment joué. On voit que tu sais de quoi tu parles. C’est une remarque pour beaucoup de studio, pas besoin de faire 50 heures, si 20 heures de jeu intense, c’est suffisant, d’autant plus pour un premier jeu, même 12 heures.

    Ce n’est pas comparable Guerilla Games, c’est l’un des 3 meilleurs studio dont Sony, le voleur de pognon(qui c’est qui a dit ça ?) peut ou puisse compter. Et c’est même peut-être le seul studio a ne faire qu’un patch(mise à jour) de correction pour ses jeux. Je ne sais pour le nouveau qui vient de sortir mais pour les autres c’est le cas, et c’est archi méga super rare. Eux ils sortent un jeu entier et ils ne le sortent pas tant qu’il n’est pas terminé et ça c’est….ben ça n’existe presque plus snif..3 larmes qui perlent sur la joue.

    Courage à eux, ce n’est pas évident de faire un jeu vidéo, ne pas se relacher, c’est tout ce que je peux dire

    1. C’est vrai que c’est assez dingue le nombre de studios qui sortent juste des jeux pas finis. Je ne sais pas si tu as entendu parler de ça, mais ça a déjà été fait pour des films. Check le film « Cats », c’est assez fou haha

  2. Je trouve ça dommage car vu les images il a l’air magnifique ce jeu, autant qu’un FF. Je leur souhaite de rebondir en tout cas. Après la longueur théorique des jeux a une répercussion sur leur prix, ce qui peut expliquer que le studio a pris cette direction… Au niveau des ventes c’est un flop du coup ?

    1. Cela pourrait être une explication, en effet !

      Au niveau des ventes, c’est difficile de trouver des infos, mais je ne pense pas qu’il a fait un flop.

      Quand on regarde sur des sites de stats Steam, par exemple, on voit qu’on est aux alentours de 86 000 unités vendues, pour un revenu brute généré de +/- 1,6 millions d’euros, et ça, rien que sur Steam. Il faudrait avoir des infos sur les couts de développement. Étant donné que le jeu est paru sur console +/- 1 an après sa sortie sur PC, je suppose qu’ils sont rentrés dans leurs frais, et c’est tout ce que je leur souhaite =)

  3. Et bien, en voilà un avis assez salé pour ce jeu, pourtant il me tentait bien, en ayant justement bien marre des AAA qui se ressemblent tous, avec quêtes Fedex, monde ouvert beau mais vide et trop grand, intrigue allongée (oui, je parle aussi de Horizon 2 haha). Mais ce Edge of Eternity, avec ses grosses ambitions, semblent finalement tomber un peu dans les mêmes travers que les gros jeux, c’est dommage.

    Bon, ben plus qu’à repartir sur un vrai JRPG du coup 😀

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