Les Éditions Tallandier nous ont récemment proposé de découvrir Histoire des ninjas, un livre de l’historien Pierre-François Souyri — professeur honoraire à l’université de Genève et spécialiste du Japon médiéval. Dans celui-ci, l’auteur démonte, sources à l’appui, la légende noire‐sur‐noir des shinobi en rappelant avant toute chose que le terme « ninja » n’est qu’un ensemble de fonctions : espionnage, sabotage et collecte de renseignements, notamment durant l’époque Sengoku, et puis c’est tout ! Pas de caste secrète ni de code d’honneur donc, et encore moins de grappin ou de shuriken boomerang ! En vérité, les rares archives montrent surtout des paysans-soldats embauchés à la tâche. Résultat : un livre d’Histoire concis de 288 pages, plus ou moins lisible par un néophyte, et qui offre assez de notes et de cartes pour satisfaire le passionné de récits militaires.
Histoire des ninjas : pourquoi ce livre, quel rapport avec les jeux vidéo ?
Eh bien tout simplement parce que Pierre-François Souyri a servi de conseiller historique sur Assassin’s Creed Shadows, le jeu d’Ubisoft sorti en 2025 ! D’entrée, Histoire des ninjas pointe les contradictions majeures qui existent entre les faits historiques et la mise en scène spectaculaire des divers jeux vidéo de ninjas. Ainsi, à la lecture du livre, on finit par comprendre que la protagoniste Naoe (ninja acrobate armée d’une lame dissimulée et d’un grappin dans l’épisode Shadows) n’a pas de réelle raison d’exister puisque, d’une part, son arsenal n’est pas fondé au regard des sources, et d’une autre, les femmes ninjas (kunoichi) sont totalement absentes des recueils historiques.

Dans son livre Histoire des ninjas, l’historien Pierre-François Souyri livre bien plus qu’un simple panorama guerrier ; il dissèque la naissance d’un mythe et montre comment, des chroniques Sengoku aux blockbusters actuels, la figure du shinobi a été systématiquement remodelée. Ainsi, l’ouvrage s’ouvre sur les seules traces tangibles : par exemple, celles qui relatent les exploits des mercenaires d’Iga et de Kôga, intégrés dès 1624 à la garde du château d’Edo et équipés de fusils à mèche, sous le commandement d’un certain Hattori Hanzō (nom célèbre, pourtant très mal documenté). Dans les faits, les ninjas n’étaient que de vulgaires hommes du rang : des espions, des incendiaires, des colporteurs de rumeurs stratégiques voire parfois même des voleurs et violeurs… Par ailleurs, Souyri rappelle que ces « gens de l’ombre », sans honneur ni principe, évitaient le combat frontal ; leur mission première était l’infiltration, puis la fuite discrète. Les jeux vidéo nous mentiraient-ils donc ?
Ninjas historiques vs. ninjas vidéoludiques : collision de deux mondes
À la lecture d’Histoire des ninjas, je dois avouer que le souci du détail de Pierre-François Souyri rend sa collaboration avec Ubisoft quelque peu intrigante. En effet, il faut savoir que le studio a confié à l’historien la rédaction de plusieurs entrées du « Cultural Discovery Codex » d’Assassin’s Creed Shadows. Dans un billet officiel, le développeur et éditeur de jeux vidéo a souligné que l’auteur a dû jongler entre précision académique et concision grand public, une rude gymnastique qui a d’ailleurs nourri l’idée même du livre Histoire des ninjas. Pourtant, dès les premières heures de jeu, le fossé se creuse : la protagoniste Naoe bondit sur les toits, manie une lame rétractable et un grappin, des équipements qui sont sans ancrage direct dans les archives. La cohabitation des deux récits (ludique et savant) est visible, mais quelque peu paradoxale : le codex prône la nuance, tandis que la boucle de gameplay exige une escalade que l’on qualifierait aisément d’hollywoodienne.
Le cas n’est bien sûr pas isolé. Ghost of Tsushima, par exemple, fut célébré pour sa beauté mais aussi critiqué pour ses katana standardisés du XIIIème siècle et ses armures Edo relookées ; au Japon, on a finalement « accepté » cette liberté créative parce que le jeu ne prétendait pas imposer sa vision. Le même débat renaîtra d’ailleurs une fois que la sortie de Ghost of Yōtei sera actée : magie yôkai, clans ninjas héréditaires, arsenal improbable au vu de la véracité des faits historiques… En gros, les ninjas que l’on voit dans les films ou dans les jeux sont des versions « fantasmées », et rien d’autre. Les vrais ninjas étaient certes des spécialistes de l’infiltration nocturne, mais ils ne se livraient à aucun duel en plein jour contre trente gardes en même temps… Leur armement était composé de bâtons creux, de cordelettes de poudre, d’arquebuses à mèche, jamais de hidden blade ou de shuriken en acier poli. Quant aux fameux shuriken, ceux-ci apparaissent dans des traités tardifs, mais comme des gadgets de distraction plus que comme des armes létales.

En bref, Histoire des ninjas agit comme un filtre : on peut savourer la mise en scène de Yasuke ou de Jin Sakai, tout en sachant qu’elle détourne la vérité pour offrir un plaisir de jeu. Pierre-François Souyri ne fustige pas les studios ; il rappelle seulement que le théâtre Kabuki enjolivait déjà les shinobi au XVIIème siècle : comme quoi, le divertissement n’a jamais attendu la 3D pour revisiter l’histoire… En quelque 288 pages, Histoire des ninjas replace enfin le ninja dans la lumière froide des sources, sans lui ôter son aura. Pour le lecteur-gameur, c’est probablement 20 € investis de manière judicieuse. Personnellement, je suis désormais capable de distinguer au premier coup d’œil un gadget fantasy d’une technique attestée, d’apprécier Assassin’s Creed Shadows pour ses décors sans lui prêter une exactitude totale, et de replacer la pop culture dans une chronologie un peu plus longue ! Pas mal, n’est-ce pas ? Si cet ouvrage vous intéresse, vous pouvez le trouver ici.








6 réponses
Ce sont quand même des personnages de l’ombre, logiquement on ne doit pas les détecter.
Il faut bien faire du spectacle dans un jeu vidéo, place à l’imagination aussi.
Encore un jeu a prendre plus le second yotei, je ne sais pas si on va retrouver mon pote qui se les caille ou pas mais ^^ quand sakai, c’est qui ne fait pas très chaud. Cela m’avait fait rire quand je jouais.
Et sans oublier en indé je crois ? Shinobi
Il y aura une grosse période ninja.
Salut Stephane !
Tu as tout à fait raison : dans la réalité, les shinobi opéraient dans l’ombre et faisaient tout pour passer inaperçus. Mais pour le plaisir du gameplay, les studios ajoutent souvent des gadgets spectaculaires (grappins, lames rétractables, etc.) qui n’ont aucun fondement historique.
Quant aux titres indé, certains jeux comme Shinobi ou d’autres productions plus confidentielles montrent déjà que la passion pour le ninja n’est pas prête de s’arrêter. Reste à voir qui de Sakai (glagla 🥶) ou du second Yōtei tiendra le haut du pavé ! 😉
Magnifique article, passionnant !
On se rend pas compte à quel point Hollywood et les jeux vidéo enjolivent les choses, pour tout rendre spectaculaire.
Mais en effet, comme le dit Stéphane si ce n’était pas comme ça on s’ennuierait sûrement beaucoup ^^
Wesh Bruno,
Merci beaucoup pour ton enthousiasme !
Tu soulèves un point clé : l’industrie du divertissement (ciné, JV…) aime réinventer l’histoire pour créer du spectacle. Mon objectif via cette critique du livre Histoire des ninjas est justement d’offrir aux joueurs un point de repère pour apprécier pleinement l’expérience ludique tout en connaissant les véritables techniques et réalités des shinobi.
tres instructif ouvrage , mais dans la réalité , c’est different , etre un shinobi , c’est defendre une cause premiere ; defendre son pays et son peuple , de tyrans , d’oppresseurs qui detruise tout espoir .vous ne connaissez pas les shinobi , comme je l’ai connais , et quelle a etait leur but jai appris cette art toute ma vie , etudié les techniques anciennes et ils ont un code que vous ignoré tous et que moi , je sais depuis longtemps .leur derniere mission date de 1853 et apres la légende et mythe perdure , meme si ils ne sont plus sur la scene publique de leur pays ; le japon .
mais aujourd’hui en , 2026 , une époque troublé , fait de guerres incessantes , de conflits , d’ injustice mondiale , esperer que le shinobi revienne proteger ce monde ? je vous répondrais que oui , la légende perdure , mais cette enseignement qui on fait d’eux un mythe , risque de ressurgir , car ce monde a besoin d’eux , plus que jamais pour proteger ce pourquoi nous vivons , les ouvrages écris ne peuvent changer leur histoire , car seul un shinobi sait comment proteger ceux qu’il aime , ceux qui on besoin de lui , et ceux qui souffrent dans le monde , vous ne connaissez pas leur coeur , car moi je sais pourquoi ils ce battaient et pourquoi ils consacraient leur vie a ce battre pour sauver leur pays , jai consacré ma vie a cette enseignement ,qui on changer ma vie et ma vision des choses , etudiez dabors avant de spéculer ce qu’il etait ?
ETRE UN SHINOBI , CEST ETRE UN HOMME DIFFERENT , OPPOSER A UN SYSTEME OPPRESSIF ET TYRANNIQUE QUE NOUS VIVONS ACTUELLREMENT , ET CE BATTRE POUR UN MONDE MEILLEUR LES MOTIVATION D UN SHINOBI SONT LA FAMILLE , LA COMMUNAUTE , la terre natal et le sens de la convenance voila ces motivations .
Salut KINJO, merci pour ton message très passionné ! Je comprends ton idée du shinobi comme figure de protection et de loyauté, mais dans l’article je me place surtout du côté de l’approche historique de Souyri, fondée sur des sources. Si tu as des références précises et vérifiables sur le “code” et sur cette mission de 1853, je suis preneur : ça enrichira vraiment la discussion.
Pour le reste, je te rejoins : j’ai le sentiment que les élites qui nous gouvernent imposent des choix qui fragilisent profondément notre modèle sociétal, voire civilisationnel. Il est essentiel que les peuples européens, notamment occidentaux, se réveillent vite. Et s’il faut parler de “shinobi” aujourd’hui, j’y vois des personnes lucides et déterminées, prêtes à défendre les leurs et leurs valeurs.