Récemment, j’ai appris à faire des sushis, et il s’avère que je suis plutôt bon. Ça ressemble à des sushis, ça a le goût des sushis, c’est parfaitement coupé. Naturellement, j’ai fait ce que tout bon cuistot ferait : j’ai envoyé une photo à Eric. Au vu de mon incroyable talent, il m’a proposé de continuer à couper des trucs nippons : des yōkai… Aujourd’hui, je vous propose donc un test de Nioh 3, un Souls-like à la sauce Team NINJA. Je tiens à préciser que l’éditeur nous a fourni une clé PS5 pour la réalisation de ce test. Un grand merci à lui !
Test de Nioh 3 : un jeu fait aux dalles sur PS5
En 2020, j’avais réalisé un test de Nioh 2. Il s’agissait d’un bon jeu, mais qui souffrait de quelques écueils, notamment l’histoire… Comme toujours, le nouvel opus prend place au Japon féodal et reprend des figures connues, comme Takeda Shingen, célèbre daïmio de l’ère Sengoku. Il est assez fréquent dans les jeux se déroulant au Japon ou en Chine de reprendre des figures historiques et de les mobiliser dans des contextes fantastiques. On peut citer les Dynasty Warriors ou, pour les anciens comme moi, les jeux de la franchise Onimusha, dont l’histoire se centrait autour d’Oda Nobunaga, l’antagoniste de l’histoire.

Le souci avec la reprise de telles figures, c’est que le public occidental n’est pas toujours versé dans le rôle de ces figures historiques, ce qui rend parfois l’histoire du jeu opaque. Nioh 3 se prend les pieds dans le même tapis que Nioh 2… On y trouve une profusion de personnages, dont le rôle n’est pas toujours clair. S’ils sont généralement replacés dans les bonnes époques, le fait est que le jeu ne met pas beaucoup de choses en place pour que l’on puisse raccrocher les wagons.

L’histoire de Nioh 3 est revisitée au prisme de la mythologie japonaise et des yōkai, et les personnages historiques sont réinterprétés. Pour les aficionados du Japon féodal, cela doit être particulièrement plaisant ! Mais pour les joueurs lambdas, cela rend le récit du jeu difficilement accessible… Comme pour Nioh 2, je n’ai pas compris grand-chose, si ce n’est que les yōkai sont utilisés comme armes dans le cadre de luttes de pouvoir.
Shogun à la place du shogun !
Dans le jeu, vous incarnez Tokugawa Takechiyo, personnage entièrement personnalisable. Le jeu commence par une attaque de yōkai sur le château où vous vous trouvez. Il s’agit là du tuto du jeu. Qu’il s’agisse du tuto ou de l’onboarding, il faut bien avouer que ce test de Nioh 3 n’a pas été une sinécure. Le jeu vous bombarde de textes longs comme le bras à chaque nouvelle fonctionnalité, et Dieu sait qu’il y en a. Par conséquent, il en résulte une grande confusion dès le début du jeu…

Rien que la gestion de l’équipement demande de se plonger dans le système chiffré du jeu. En effet, chaque pièce est affublée de nombreux effets dont le nom n’est pas toujours transparent : + 0,50 % de génération de ki suite à une impulsion par-ci, – 2,30 % de dégâts après une dérobade par-là, il y a de quoi être perdu très vite. Si ces informations chiffrées seront chéries par les theorycrafteurs hardcores, la plupart des joueurs passeront à côté et se concentreront sur les valeurs principales, à savoir l’attaque et la défense.

Et il en va de même pour le reste. Durant ce test de Nioh 3, j’ai dû me familiariser avec un système de noyau d’âme à placer soit en Yin, soit en Yang, pour obtenir soit des bonus passifs et des invocations, soit des objets utilisables en combat, mais aussi avec les quatre systèmes de bénédiction qui reposent pour la plupart sur des collectibles, les parchemins de combat, etc. La courbe de difficulté est assez mal pensée, avec un début de game très compliqué en raison des trop nombreux facteurs à prendre en compte et d’un arbre des talents présentant certains problèmes (j’y reviendrai), puis le reste du jeu que l’on survole une fois que l’on a compris comment gérer son équipement.
Souls-looter
Nioh 3 est un jeu vidéo que l’on pourrait qualifier de Souls-like-looter (on ramasse autant d’équipement que dans Borderlands…). Le core gameplay repose sur une nouveauté : la possibilité de passer du mode samouraï au mode ninja en plein combat ! Là où Nioh 2 proposait un système reposant intégralement sur le type d’arme utilisée, Nioh 3 renouvelle la formule avec deux gameplays radicalement différents.

Ainsi, le mode samouraï est exactement le même que dans Nioh 2, c’est-à-dire que vous switchez entre postures haute, moyenne et basse, et que vous timez vos combos avec une impulsion de ki, qui vous permet de récupérer immédiatement une partie de votre ki (qui fait office de stamina). Le mode ninja troque l’impulsion contre une plus grande mobilité et un système de dérobade (esquive). Le ninja est un DPS rapide qui inflige plus de dégâts lorsqu’il attaque par derrière, le samouraï est un tank qui pare les attaques ennemies.

Bien qu’au début, j’étais assez dubitatif, force est de constater que le passage du ninja au samouraï donne beaucoup de dynamisme au jeu. Chaque mode dispose de sept armes différentes. Comme je l’ai mentionné plus tôt, le début du jeu est assez compliqué en raison de l’arbre des talents… En effet, il faut savoir qu’en game design, un arbre des talents fonctionne généralement par addition, c’est-à-dire qu’il apporte des nouveautés au fur et à mesure de la partie. En principe, on commence donc avec un système de combat complet, pour ensuite ajouter de nouvelles attaques pour renouveler le gameplay.
L’arbre qui cache le core gameplay
L’arbre des talents de Nioh 3 souffre de l’écueil principal des arbres d’aujourd’hui : c’est un arbre IKEA. Le jeu n’est pas complet dès le départ. Au lieu d’ajouter des mécaniques, Nioh 3 en retranche certaines qui font partie intégrante du core gameplay. Je m’explique… Le mode samouraï repose sur quatre mécaniques majeures : la posture haute, moyenne et basse, et la parade. Au début du jeu, nous n’avons accès qu’à la posture moyenne, le reste doit être débloqué avec des points de compétence. Il en va de même avec les ninjutsu du ninja et la mécanique d’esquive. On se retrouve donc avec une impression de jeu en kit.

En outre, les premières heures de jeu sont excessivement difficiles à prendre en main, principalement parce que l’on dispose de très peu de possibilités de combo. Mon test de Nioh 3 m’a mis face à un skill check dès le premier boss du jeu, et ce sans m’offrir les mécaniques adéquates. Mais une fois les combos et attaques nécessaires débloqués, j’ai honnêtement roulé sur le jeu, y compris dans l’endgame ! Sur ce strict point, je suis donc en désaccord avec certains tests que j’ai pu parcourir en ligne, qui parlent d’un début de jeu facile et d’une fin de game hardcore. Car en vérité, de manière générale, le système de combat représente la grande force du jeu, une fois les bonnes mécaniques débloquées.

Sinon, les différentes armes sont toutes plaisantes à jouer, et la Team NINJA veut vous le faire savoir. Il existe différentes qualités d’équipement : jaune (rare), bleu (épique) et violet (légendaire), et vert en endgame (qualité divine). Pour encourager les joueurs à tester les différentes armes, le studio a fait un choix plutôt intelligent : implémenter les armes du purgatoire. Les armes du purgatoire sont des armes avec des stats intéressantes, mais surtout avec des attaques déblocables en utilisant l’arme contre assez d’ennemis. En bref, ce choix encourage les joueurs à jouer toutes les armes pour tout débloquer !
Test de Nioh 3 : un monde ouvert, sauce couloir…
Nioh 2 était un jeu couloir, et il faut dire que cela correspond bien à la logique des Souls-like. Le Souls-like repose certes sur sa difficulté, mais surtout sur la subtilité de son level design et encounter design (le placement des ennemis et des PNJ). Ce test de Nioh 3 m’a surpris, mais pas dans le bon sens. Probablement inspirée par Elden Ring, la Team NINJA a voulu implémenter un monde ouvert dans son jeu. Or, la force du monde ouvert d’Elden Ring repose sur son côté cryptique et mystérieux. Il n’y a rien de tout cela dans Nioh 3…

La carte est vierge au début, et des points d’intérêt s’ajoutent au fur et à mesure de nos pérégrinations. Il est possible de fast-travel entre les différents sanctuaires (les feux de camp de Nioh) dès le départ, ce qui enlève une grande partie de l’intérêt de l’open world. En outre, les ennemis sont placés de manière un petit peu aléatoire, à quelques exceptions près. On sent un réel potentiel dans les niveaux scriptés en couloir, avec des ennemis placés à des endroits intelligents et punitifs, contrairement au monde ouvert, où on les rencontre un peu partout sans réel intérêt.

Bien que je n’aie pas aimé Elden Ring, je dois avouer que j’appréciais ce côté découverte, où j’arrivais dans des endroits énigmatiques, presque mystiques… Dans Nioh 3, on se balade de village en village en récoltant tous les collectibles possibles et imaginables, principalement des coffres cachés dans des maisons… On retrouve bien quelques rares énigmes, comme celle d’un village où il faut fermer des écluses pour accéder à un endroit préalablement rempli d’eau, mais c’est tout.
Un autre problème du monde ouvert de Nioh 3, c’est le pacing. Le pacing, c’est la gestion du rythme de l’expérience de jeu pour maintenir l’intérêt et l’engagement du joueur. Or, l’open world de Nioh 3 présente de sérieux problèmes de ce point de vue. On se balade parfois pendant quatre heures de point d’intérêt en point d’intérêt en découpant du mob à la chaîne, pour ensuite se farcir trois ou quatre boss d’affilée en moins de 20 minutes. Cela est un peu dommage… Nioh 3 a beaucoup de contenu (comptez une cinquantaine à une soixantaine d’heures pour finir l’histoire principale tout en faisant le contenu secondaire), mais m’a un peu déçu du point de vue de son game design, malgré de bonnes idées.
En conclusion, Nioh 3 n’est pas un mauvais jeu, mais il souffre de défauts que je ne peux décidément pas ignorer. L’histoire est presque anecdotique pour toute une frange des joueurs, certaines features sont mal implémentées (open world, arbre des talents), et la courbe de difficulté, de même que l’onboarding, sont mal gérés. En revanche, le système de combat s’avère jouissif une fois toutes les fonctionnalités nécessaires débloquées. Si vous cherchez un défouloir qui tient dans le temps, Nioh 3 est tout indiqué, mais si vous cherchez une expérience un tantinet plus profonde, passez peut-être votre chemin.
Les plus et les moins ✔️ Le retour de Nioh 3. ✖️ L'onboarding aux fraises.La note de la rédaction
✔️ Un système de combat prenant !
✔️ Un bestiaire étendu.
✖️ L'arbre des talents aux fraises.
✖️ L'open world aux fraises.
✖️ Un vrai Strawberry Sundae.









