Sous la menace omniprésente de Vivendi, Ubisoft, géant incontestable de la scène vidéoludique, parait soudain bien fragile. Certes la prise de contrôle hostile de Vincent Bolloré se fait tous les jours sentir, mais rétrospectivement, cela fait bien longtemps que le colosse français du jeu vidéo dévoile son talon d’Achille. Ainsi, la décadence de la saga Assassin’s Creed inquiète depuis longtemps les joueurs. Autre source de reproches : la licence canonique Far Cry, qui a elle aussi bien du mal à se renouveler. Avec Far Cry Primal, épisode nous renvoyant plus de 10 000 ans en arrière, Ubisoft joue peut-être sa vie. Cela tombe bien, car il est justement question de vie – ou plutôt de survie –, dans cet opus se déroulant durant la Préhistoire.

Un bond dans le passé synonyme de nouveauté

À travers Far Cry Primal, Ubisoft tente de jouer la carte de la différence en nous propulsant à l’époque des hommes de Cro-Magnon. Ce bond vertigineux dans l’histoire apporte son lot de changements majeurs, lesquels visent à briser la routine des épisodes précédents. Exit les dictatures modernes, les peuples soumis et les guérillas à grand renfort de mitraillettes, bazookas et explosifs. Il n’y avait rien de tout ça à l’époque des Homo sapiens !

Test Far Cry Primal
Dans Far Cry Primal, vous vous ferez des amis… hmmm… comment dire… un peu bizarres.

Dans la peau de Takkar, membre de la tribu des Wenja, vous allez parcourir la terre d’Oros animé d’une crainte permanente, dans un monde sanglant et sans pitié où Dame Nature règne en maître. Très vite vous serez confronté à cette dure réalité. Après tout, l’ensemble de vos camarades a été massacré au cours d’une chasse au mammouth. Vous vous retrouvez seul, sans aide, sans arme, sans nourriture. Oui, Far Cry Primal est une sorte de Man vs Wild à l’exception près que ses protagonistes sont des descendants d’Australopithèques aux chevilles robustes ayant un certain penchant pour l’hémoglobine.

Takkar ! Toi devoir faire renaître tribu Wenja !

Test Far Cry Primal
Dans la peau de Takkar, vous devrez réunir votre peuple et détruire vos ennemis. 

La pesante solitude de Takkar sera heureusement de courte durée. La vie dans ce monde sauvage et bestial serait certainement moins dure en compagnie d’autres adeptes du slip zébré. Justement, lors de sa quête, le héros habillé de peaux de bêtes sera amené à reconstituer la tribu qui lui est si chère, éparpillée un peu partout au sein d’Oros. Il faut dire que les Wenja mènent un combat âpre contre deux factions rivales, l’une cannibale et en voie d’extinction, l’autre influencée par une sombre prêtresse disciple du magisme, qui n’est autre que le culte primitif du feu. Avec le recul, on se dit que Far Cry Primal est une œuvre fictive franchement bien pensée : un soupçon d’histoire, une petite pincée de mysticité, on mélange le tout et on obtient un jeu immersif qui n’a pas lésiné sur les moyens, comme en témoigne la résurrection du dialecte Wenja, revenu d’entre les morts grâce à une équipe de linguistes ayant travaillé au service d’Ubisoft Montréal. Reste que cette langue ancestrale ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à renforcer un scénario loin d’être inintéressant mais clairement pas mémorable, le paramètre le plus important de Far Cry Primal étant bel et bien la survie.

Oros, un monde ouvert à part entière

Test Far Cry Primal
La carte d’Oros est immense. Ici, on ne voit que le sixième du monde ouvert explorable !

Dans Far Cry Primal, tout est une question de survie. La star du jeu n’est peut-être pas Takkar finalement, mais plutôt Oros, ce vaste monde que vous serez amené à explorer. Cet univers est habité d’une rare violence. Ici, tout est monstrueux et tout cherche à vous faire du mal : humains, mammouths, loups, ours des cavernes, tigres à dents de sabre, à Oros on est à l’abri de rien ni de personne. Très souvent, vous aurez la sensation d’être une proie évoluant au milieu d’une horde de prédateurs prêts à vous bondir dessus. En effet, le danger se trouve dans les moindres recoins ; et c’est dire à quel point la map de Far Cry Primal est particulièrement étendue, riche et variée en termes de faune et de flore. Peu importe que ce soit le jour ou la nuit, vous ne serez jamais à l’abri d’une attaque soudaine. Mais on avouera tout de même que l’angoisse montera d’un cran une fois le crépuscule pointant le bout de son nez. Votre seul remède contre la peur sera alors la piètre flamme d’une torche. Dans cet environnement plus hostile et terrifiant que jamais, votre vulnérabilité sera à son paroxysme.

30 Millions d’Amis à la rescousse !

Test Far Cry Primal
Votre copine la chouette vous permettra de vous défaire de vos assaillants avec furtivité.

Rassurez-vous, les débats s’équilibreront au fur et à mesure de l’aventure. Takkar invitera d’autres membres de son espèce à aménager dans son village et chacun d’entre eux apportera son lot de techniques et de connaissances. En accumulant les points d’expérience, Takkar montera en niveau et pourra débloquer des compétences, améliorer ses armes grâce à la récolte d’items tels que des herbes, morceaux de bois et fourrures de bêtes, le tout pouvant être crafté à volonté. L’élu des Wenja sera même capable d’apprivoiser toutes sortes d’animaux sauvages. Jaguars, ours, hyènes, pas moins de dix-sept mammifères carnivores peuvent devenir vos alliés dans Far Cry Primal. Ces derniers vous aideront à chasser mais aussi à vous défaire de vos ennemis via différentes approches, certaines étant directes, d’autres plus furtives. Un autre animal de compagnie non-négligeable n’est autre qu’une chouette. Vous pourrez l’appeler pour faire des repérages sur les territoires ennemis, marquer vos cibles voire même les attaquer. L’utilisation de ce rapace est un réel atout dans le jeu : il permet d’un petit peu diversifier le gameplay, de plus, prendre le contrôle de l’oiseau est un vrai plaisir.

Un Far Cry tout droit sorti du micro-ondes…

Test Far Cry Primal
Le jeu est beau graphiquement mais ses mécaniques sont un copier-coller des opus précédents.

Certes le dressage des animaux et les phases de voltige dans la peau d’une chouette sont de véritables innovations, mais dans l’ensemble le FPS d’Ubisoft sent clairement le réchauffé… Si la conquête d’avant-postes et de forteresses passe encore – car justifié dans cet opus –, les compétences à apprendre restent un vulgaire copier-coller de ce qui a déjà été fait par le passé. Même remarque en ce qui concerne les quêtes annexes, peu passionnantes et redondantes, et c’est sans même mentionner la futile course aux collectibles, de l’Ubisoft tout craché dirons-nous, qui est visiblement là pour augmenter de manière très accessoire la durée de vie du jeu. Le pire est que même sur le plan technique, Far Cry Primal a tout l’air d’être un jumeau de Far Cry 3 et 4. En plus d’activités rapidement lassantes, le système de combat, qui semble prôner des affrontements au corps à corps, n’a pas été repensé. Résultat des courses : sans esquives ou parades dignes de ce nom, les combats manquent cruellement de profondeur et sont même très brouillons. Quant aux actions contextuelles, ces dernières n’ont pas changé non plus : vous aimez monter au grappin, escalader une pente en vous accrochant à une liane ? Eh bien vous serez servi dans Far Cry Primal, certains éléments du décor bénéficiant à ce sujet de textures nous laissant même dubitatif par moment. On ne va pas encore crier au scandale mais ce dernier paragraphe de notre analyse va indubitablement faire baisser la note.


Le nouveau jeu d’Ubisoft avait tout pour plaire : un contexte historique original, une approche plus brutale que les précédents opus. Malheureusement, dire que Far Cry Primal n’est qu’un simple skin des épisodes précédents n’est pas faux tant il s’appuie sur les mêmes mécanismes et missions que ses ainés. Trop souvent calqué sur Far Cry 3 et 4, Far Cry Primal finit tôt ou tard par devenir répétitif. C’est dommage, car on éprouve quand même du plaisir à jouer dans la peau de Takkar. Tout n’est pas à jeter toutefois. Far Cry Primal a tout de même du cachet et propose une expérience aux antipodes de ce qu’a connu la franchise par le passé grâce à une direction artistique et un univers ô combien primitifs. 

La note de la rédaction
  • Gameplay - 6/10
    6/10
  • Durée de vie - 8/10
    8/10
  • Graphismes - 8/10
    8/10
  • Scénario - 6/10
    6/10

Les plus et les moins

✔︎ Un contexte historique très atypique.
✔︎ Une immersion vraiment bluffante.
✔︎ Le sentiment de peur en terres hostiles.
✔︎ Très joli graphiquement parlant.
✔︎ Un mode campagne inédit et très correct.
✔︎ L’introduction de la chouette, très chouette !

✘ Le gameplay, calqué sur Far Cry 3 et 4.
✘ Un scénario qui passe au second plan.
✘ L’apprivoisement d’animaux, mal exploité.

7.0/10

 


Eric Lemattre

Élevé sur la planète Delta Orionis ZK-3.0, je suis venu sur Terre pour prêcher la vérité et sauver le genre humain. Susceptible mais costaud, je rends grâce à l’inventeur de la casquette. Oui, ce couvre-chef me va comme un gant !

10 Commentaires »

    • Merci Bruno ! Disons simplement que si tu n’as jamais joué à un Far Cry de ta vie, le jeu en vaut tout de même la chandelle. Par contre, si tu connais déjà bien la licence, tu pourrais probablement faire l’impasse dessus… Mais cela n’engage que toi ! Honnêtement, je me régale à ce jeu !

  1. Mais moi j’aime bien lire tes tests hein !! Je dis oui à ce site ! J’ai acheté Far Cry 4, il était trop répétitif à tel point que j’ai arrété le jeu en plein milieu.. Apparemment le Primal lui ressemble à ce niveau là, je doute que je puisse m’emballer pour ce titre

    • Lol je t’ai reconnu Philippe de Saw (désolé aux lecteurs du blog qui se demandent sûrement pourquoi ces deux énergumènes communiquent si bizarrement entre eux….). Ca fait plaisir de te voir ici en tout cas! 😉

  2. Far Cry Primal me semble symptomatique des “AAA” des gros éditeurs, coincés entre le besoin de rentabilité de leurs licences les plus fortes en ne changeant pas trop une formule qui marche, et la nécessité de renouveler un minimum le gameplay et/ou l’univers pour continuer à séduire les joueurs.

    Bref plus ou moins appliquer la recette d’un FIFA à d’autres jeux qui, historiquement, ne fonctionnaient pas de la même manière.

  3. Fabuleux article qui m’apprend tout ce que je voulais savoir sur le cadet de la saga Farcry ! J’avoue qu’il est très tentant de découvrir cet opus (ou même le précédent) dans la mesure où je n’ai jamais testé cette franchise de ma vie.

  4. C’est drôle, enfin drôle si on veut. Mais tout le monde en ressort la même chose. Ils avaient des supers idées non exploités. Dommage encore une fois. J’espère que le prochain sera surprenant et vraiment nouveau. Mais j’y crois pas trop.

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