Je vous vois tout de suite venir ! Vous vous dites que j’ai l’audace de ressortir ce vieux dossier polémique sur les dangers que présentent les jeux vidéo pour nos jeunes progénitures, un sujet qui a d’ailleurs été traité des centaines de fois par des journaux spécialisés et qui a tendance à stigmatiser les jeux d’écran et ceux qui les utilisent ! Oui, c’est vrai, mais j’ai un argument à mettre en avant pour ma défense : l’année prochaine, j’aurai déjà trente ans (et au moins autant de cheveux blancs), et dans un avenir proche, j’aspire à avoir des mouflets, des mini versions de moi-même dont je serai très fier et dont l’épanouissement et l’équilibre seront ma priorité.

Or, en tant que gameurs, nous sommes tous conscients qu’il y a une part de vice dans le jeu, notamment lorsque l’on est pas totalement maître de nous-mêmes. Imaginez un peu, je suis un adulte civilisé, sociable et qui a la tête sur les épaules – ou du moins je l’espère –, et pourtant, j’ai bien souvent du mal à décrocher lorsque je joue devant un écran. Bien souvent, la petite heure de plaisir que je décide de m’octroyer en guise de récompense après de longues heures de dur labeur finit par s’étendre considérablement sur la durée. Puis, surgissant de l’ombre, ma copine, telle un ninja qui épiait depuis le début mes moindres faits et gestes, en vient à lâcher ce sempiternel refrain qui te rabaisse toujours plus bas que terre : « Dis, tu crois pas que t’as assez joué comme ça ? J’en ai marre de te voir passer ta vie devant des écrans. Sors un peu bon sang ! ». Et vous le savez, quand votre chéri(e) vous dit cela, vous savez qu’il/elle a raison ! Moi qui suis la réincarnation même de la geekattitude, je me demande si je souhaite vraiment que mes enfants suivent le même chemin que leur papa adoré. J’ai étudié le thème des jeux vidéo et de l’enfance, lu pas mal de bouquins à ce sujet, et vous partage mon opinion.

Jeux vidéo : les enfants font la loi à la maison

Cela n’est plus un hasard pour personne. Les jeux vidéo sont le premier bien culturel au monde. L’industrie vidéoludique devance assez nettement celles de la musique et du cinéma et les enfants sont parmi les premiers à en bénéficier. En France, le marché du jeu vidéo représentait un peu plus de 3,5 milliards d’euros en 2010. Mais là où ça devient intéressant, c’est quand on se penche de plus près sur les statistiques impliquant les plus jeunes. D’après plusieurs études réalisées en Europe et en Amérique du Nord, on s’aperçoit par exemple que 25% des enfants de moins de 12 ans réclament une console de jeux pour Noël dans les pays industrialisés. Dans 67% des cas, c’est l’enfant qui décide de l’achat du jeu !

Quand les enfants font la loi pour un jeu vidéo

Il est intéressant de voir à quel point nos protégés sont de plus en plus décisionnaires. Mais d’un certain sens, l’autorité des parents est aussi sérieusement remise en question : selon une étude Ipsos menée pour e-Enfance en 2009, 54% des parents ne communiquent pas avec leurs bambins au sujet des jeux qu’ils aiment ; 31% d’entre eux ne savent même strictement rien quant aux jeux auxquels jouent leurs enfants. Si les parents ne connaissent pas le contenu desdits jeux, c’est qu’ils ne prennent probablement pas leur rôle suffisamment à coeur ou qu’ils ne sont pas assez présents dans la vie de leurs enfants. Nous autres gameurs, nous savons que cela n’est pas prêt de nous arriver !

Un rapide regard sur les directives nationales

On constatera d’ailleurs que nos joyeux chérubins n’hésitent pas à dépasser les limites pour assouvir leur passion. Près de la moitié des garçons de 15 à 17 ans avouent jouer la nuit, en cachette, pendant que leurs parents dorment. Et même si le temps passé aux jeux vidéo est bien souvent un sérieux sujet de dispute entre géniteurs et enfants, le tiers de ces derniers estiment que leur vie serait plus ennuyeuse sans les jeux vidéo. Mais si vous le voulez bien, entrons maintenant dans le vif du sujet. Que préconisent donc les lois en ce qui concerne la pratique des jeux vidéo par nos enfants ? Eh bien en réalité, il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent.

activites de l'enfant le virtuel gagne du terrain
 MCIkids a publié une infographie sur l’évolution de la sédentarité chez l’enfant.

En France, afin de prévenir les risque de sédentarité chez les très jeunes enfants, on recommande aux parents de sérieusement veiller au temps qu’ils passent devant les écrans. Même chose au Canada par exemple – ça tombe bien, j’y vis en ce moment –, puisque les directives canadiennes pour la petite enfance expliquent clairement que les enfants de deux à quatre ans ne devraient pas dépasser plus d’une heure d’activité passive par jour. Dans le cas des enfants de cinq ans et plus, c’est pas plus de deux heures par jour, tout type d’écran confondu. Mais comment s’assurer de respecter ces consignes quand on sait qu’ordinateurs, consoles de jeux, tablettes et smartphones occupent une importance croissante dans nos vies ? Très tôt, le monde virtuel tend à captiver nos enfants mais sont-ils à bannir pour autant ? Ou bien faut-il, au contraire, les sensibiliser à cet univers ?

Les jeux vidéo comme outils d’apprentissage

Qu’ils jouent sur console, ordinateur ou tablette, les enfants ont l’opportunité de développer de nouvelles compétences par le biais des jeux vidéo. L’utilisation d’une souris, le déplacement d’un curseur, le contrôle des boutons d’une manette permettent aux enfants de découvrir des notions fondamentales telles que les couleurs et les formes. L’interactivité qu’offrent les jeux vidéo forme également un moyen de stimuler leur attention, leur motivation, leur concentration, leur mémoire, leur rapidité mais les encourage aussi à résoudre des problèmes. Et parce que l’échec est fréquent dans les jeux vidéo, nos enfants apprennent une grande vertu qui n’est autre que la patience : il faut répéter une action et être persévérant pour obtenir ce que l’on veut. Dans le fond, les jeux vidéo sont donc très encourageants et peuvent se convertir en un excellent outil pédagogique.

meilleurx jeux ludo-educatifs

Les tous petits étant fascinés par les images, des jeux leur sont spécialement dédiés. En effet, les jeux ludo-éducatifs mettent à contribution leurs facultés de réflexion, de logique voire même d’intuition. Mais certains jeux de stratégie, de simulation, d’action et de rôles accessibles au grand public peuvent également stimuler leur intellect, à condition que chaque partie soit effectuée sous la supervision d’un adulte. Néanmoins, aucune norme universelle ne garantit la qualité de ces jeux. Il est utile de les essayer ou de demander de l’information avant de les acheter. En quoi consiste donc le jeu ? Qu’est-il demandé à l’enfant ? Existe-t-il des niveaux de difficulté adaptés à l’âge de ce dernier ? Sur combien de temps s’étale une partie ? Sur le continent nord-américain, l’ESRB (Entertainment Software Rating Board) classe les jeux et applications en fonction de l’âge auquel ils sont appropriés. L’équivalent européen est le PEGI (Pan European Game Information). Malheureusement, rien n’est véritablement fait pour appliquer les recommandations de ces deux organismes ; les revendeurs notamment, se soucient guère des limites d’âge préconisées.

Les jeux traditionnels sont irremplaçables

De plus, les psychologues et spécialistes de l’éducation estiment que ni les consoles de jeux, ni les ordinateurs, ni les tablettes ne sont en mesure de remplacer les jouets traditionnels. Des sondages réalisés dans une dizaine de pays révèlent que les enfants âgés de deux à cinq ans présentent désormais davantage d’habiletés virtuelles que motrices. Ils seraient plus de 65% à savoir jouer à des jeux simples sur ordinateur, moins de 58% à savoir faire du vélo. Il semblerait que les jeux d’écran soient de plus en plus pratiqués au détriment des activités physiques. En conséquence, les risques de surpoids, voire d’obésité, augmentent inévitablement. Fatigues et maux de tête surviennent chez l’enfant à cause d’un affaiblissement des muscles oculaires. Pour terminer, l’adoption de poses déconseillées à un âge aussi précoce peut créer des problèmes musculo-squelettiques.

jeux console enfant addiction
On s’est tous énervé en jouant à un jeu étant plus jeune !

Les jeux vidéo, sur le plan psychologique, ne sont pas forcément appropriés pour les tous petits. Pourquoi donc ? Vous serez d’accord avec moi de penser qu’un jeune enfant n’a pas la maturité pour jouer à un jeu vidéo, le problème étant que les jeux vidéo véhiculent des valeurs qui dépassent leur entendement : compétition, compassion mais aussi violence. Il est prouvé que des images violentes peuvent créer des angoisses chez les plus jeunes, d’autant plus que les jeux vidéo tendent à devenir de plus en plus réalistes au fil du temps. Puis il y a le cas des jeux « à scores », qui provoquent la dépendance que l’on connaît. Nul gameur ne peut le nier : à force de recevoir des décharges d’adrénaline dès qu’on bat un record de vitesse, réalise un nombre de kills exceptionnel ou donne une raclée à ses copains aux jeux de combat, notre cerveau ressent comme un manque sitôt la partie terminée ! C’est pour cela que j’ai déjà passé des nuits entières devant ma machine par exemple ! Sauf que les enfants, eux, sont capables de dire « j’arrête ». Il suffit que la fatigue se fasse sentir pour qu’ils appuient sur le bouton OFF de leur console. Et lorsque cela n’est pas le cas, les experts de la santé s’accordent à dire que la dépendance est le symptôme d’une vie familiale disons… déséquilibrée.

Savoir prendre ses responsabilités

Pour résumer, on dira donc que le monde virtuel n’est pas si malsain qu’il n’y paraît. Il est vrai qu’il apporte son lot de stimulation à l’enfant, par contre, il ne sera jamais aussi enrichissant que le monde réel. Dans le cadre du développement de l’enfant, les jeux vidéo ne doivent constituer rien d’autre qu’une simple activité parmi tant d’autres. Si votre enfant passe la majeure partie de son temps à jouer, c’est qu’il y a un problème. Si cela ne sert à rien d’empêcher vos petits protégés de s’amuser sur un ordinateur, une console ou une tablette, il serait judicieux de sélectionner vous-même les jeux que vous mettez entre leurs mains. Il est indispensable de superviser chaque partie, d’avoir un minimum de contrôle sur le temps de jeu notamment. Personnellement, même si je ne baigne pas encore totalement dedans, j’estime que c’est le rôle du papa ou de la maman de donner de bonne habitudes à ses enfants, histoire de les maintenir plus facilement à l’âge scolaire, qui est une période cruciale puisque c’est à ce même moment que l’intérêt pour les jeux vidéo commence à grandir.

Sur ce, je vous laisse visionner la vidéo suivante, qui date d’il y a une bonne dizaine d’années mais qui répond finalement plutôt bien à la question posée dans cet article. Et si vous êtes parent et que le sujet des jeux vidéo et de l’enfance vous intéresse, je ne peux que vous recommander l’excellent Max est fou de jeux vidéo, écrit par Dominique de Saint Mars et publié en 2004 aux éditions Calligram. Il aidera votre enfant à comprendre qu’il ne faut pas abuser des jeux vidéo, avec humour et vérité.


Eric Lemattre

Élevé sur la planète Delta Orionis ZK-3.0, je suis venu sur Terre pour prêcher la vérité et sauver le genre humain. Susceptible mais costaud, je rends grâce à l’inventeur de la casquette. Oui, ce couvre-chef me va comme un gant !

12 Commentaires »

  1. Article intéressant et complet! Même s’il y a surement eu de nombreux articles sur le sujet, c’est toujours intéressant de relancer le débat. Je pense que comme tout, il faut savoir mesurer chaque chose et doser au près des enfants. Le jeu vidéo développe des réflexes chez l’enfant et entraine sa logique et sa manière de penser, mais il ne faut pas que ça soit un moyen pour les parents d’être tranquille. Une éducation varié c’est la base, et en tant que gameuse, je ne vois pas mes enfants ne pas jouer.

    • Merci pour ton commentaire Marion. En effet, comme tu le dis, une éducation variée est la base et il ne faut pas que les parents voient les jeux vidéo comme un moyen de distraire leurs enfants pendant de longues heures dans le seul but d’avoir la paix !

      • Oui, je suis prof en lycée à partir de septembre ! Pour les conseils techniques et pédagogiques, je me débrouille, même si au fond, tout est bon à prendre. Je serais curieuse d’entendre ton opinion d’ailleurs. En tout cas, je me demandais simplement s’il y avait moyen d’aborder le jeu vidéo, d’une façon ou d’une autre, en rapport avec la littérature, mais je crains que ça soit trop avant-gardiste et mal vu !

        • C’est excellent !!!! Félicitations, je suis super content pour toi !!! Tu le mérites !!! Je suis sûr que tu feras une prof passionnante !!! Ben disons que j’ai déjà essayé de passer le CAPES en anglais. Et j’ai abandonné en cours de route… J’ai eu de la chance d’avoir des profs exceptionnels quand j’étais élève et étudiant et je pense qu’il n’y a pas de secret pour captiver ton audience :

          1) Un prof doit avoir du charisme, être captivant. Il doit dégager une aura, être un bon orateur. Tout cela s’apprend mais ça dépend aussi du caractère… Combien de fois je suis tombé sur des profs totalement désintéressés, mous du genou…

          2) Un prof doit avoir de l’autorité. Il faut savoir se faire respecter d’entrée et ne pas hésiter à marquer les esprits (je le pense très honnêtement).

          3) Puis, une fois que tu es respecté, il est temps de bâtir une relation de confiance avec l’enfant/ l’élève, j’irai même jusqu’à dire une relation amicale. Un professeur pour moi, c’est comme un second père, un mentor. Son rôle ne se limite pas à l’enseignement d’une matière, c’est surtout quelqu’un qui te prépare à la vie.

          4) Comme tu l’évoques, il faut aussi avoir une approche innovante, contextualiser sa pédagogie, ne pas hésiter à aborder les thèmes qui comptent pour les jeunes aujourd’hui. Un ami, par exemple, prof d’anglais, faisait écouter des chansons de Rap US à ses élèves parce qu’il savait que ça toucherait un large public. Les élèves ont adoré, et ont appris bien plus qu’en lisant du Shakespeare. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai laissé tomber le CAPES : dans le cas des langues étrangères, je pense qu’il est préférable de recruter un prof qui a toujours été baigné dans la culture du pays plutôt qu’un gars qui peut te citer les plus grands auteurs. Perso, mes cours de civilisation à la FAC ne m’ont pas servi à grand chose. J’ai appris bien plus en vivant en Australie et à Malte, pays où on parle anglais et qui rassemblent tous les codes culturels qui vont avec !

          Voilà mes quelques conseils mais il y en aurait tellement d’autres. Bizarrement, encore aujourd’hui, je me souviens de tous les profs que j’ai eu, les bons comme les mauvais. Certains professeurs ont vraiment fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Je leur serai éternellement reconnaissant. Ce métier est formidable, et il a besoin de personnes formidables pour qu’on le sublime !

          Pour le lien jeu vidéo – littérature, il y a pas mal de choses à dire. Ca pourrait faire l’objet d’un nouveau dossier d’ailleurs. Quelques pistes :

          1) Les adaptations d’œuvres littéraires en jeux vidéo (Je pense à Sherlock Holmes et aux romans d’Agatha Christie).

          2) La littérature : source d’inspiration pour les jeux.

          3) Et puis il y a toute l’intertextualité qui englobe la littérature, le cinéma, la bande dessiné et les jeux vidéo.

          Bises ma grande et bon courage pour la rentrée qui arrive !

          • Merci pour ton commentaire, ça fait super plaisir !
            Je suis bien d’accord avec ta vision du prof, même si l’appliquer, ce sera autre chose. Vu que je dois d’ores et déjà préparé les cours, je vais voir de quelles “modernités” je pourrai leur parler. Eh bien, si tu fais un jour un article qui fait le pont entre littérature et jeux vidéos, dans un sens ou dans l’autre, je serais passionnée ! Merci infiniment et à très bientôt 😉

  2. Article très intéressant !
    Je pense que c’est comme tout : de l’éducation ! Jouer aux jeux vidéos oui mais de manière contrôlée.
    Je suis contre les gens qui disent “Ha non, moi ils n’auront rien patati patata”, soit ce sont des gens stupides (et le terme est faible !) soit ce sont des gens qui n’ont pas envie d’éduquer leurs enfants.
    Pareil pour les parents qui laissent tout dans les mains..
    Et après ça s’insurge devant la télé devant des phénomènes comme Pokémon Go…

  3. J’arrive un peu tard pour poster un commentaire, mais je tenais à dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire votre article. Je suis entièrement contre le fait, que des enfants… Passent leurs journées, les yeux rivé sur un écran de télévision ou d’ordinateur! J’ai eu la chance d’avoir des parents, et surtout des grands parents! Assez intelligents, pour faire en sortent… Que j’ai des activités, que tous les parents devraient faire faire, à leurs enfants. J’ai eu la chance de faire des sorties au musée, dans des Châteaux, j’ai eu une enfance heureuse ou je pouvais à la fois lire un roman passionnant, mais aussi une Bande dessiné ou même un manga. En bref j’ai eu la chance d’avoir des parents et des grands parents, qui ne m’ont pas laissés toutes la journée devant la television! Mais ils ne m’interdisaient pas non plus,de regarder la télé ou de jouer à la console. Disons qu’ils n’ont jamais, considéré la television comme une nounou! Parce qu’il y’a beaucoup de parents qui mettent leurs gamins devant la television ou l’ordinateur uniquement pour avoir la paix! et cela me font vomir…

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