Test de The Occultist : trois p’tits tours de pendule et puis s’en vont

Ambitieux, beau et sincère, The Occultist signe un premier pas assez convaincant dans l’horreur psychologique.

Pour DALOAR, studio espagnol basé à Valladolid et fondé autour d’une ambition claire — celle de donner vie à The Occultist —, l’heure de vérité a enfin sonné. Après quatre années de développement, les 32 membres de l’équipe, autrefois connue sous le nom de Pentakill Studios, livrent enfin leur jeu d’horreur narratif à la première personne, sorti ce mercredi 08 avril 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series X/S. Et autant dire qu’à la rédaction de JSUG, nous attendions ce moment avec impatience, et une soif de découverte non dissimulée depuis notre rencontre en catimini avec les développeurs à la Gamescom 2024. Il faut dire que le projet avait tout pour nous happer : une île maudite, une secte disparue, un héros médium à la recherche de son père, et la promesse d’un jeu d’horreur psychologique davantage fondé sur l’atmosphère, les silences et l’interprétation que sur une vulgaire avalanche de jumpscares. Alors, l’enquête occulte menée par Alan Rebels sur l’île de Godstone vaut-elle réellement le détour ? Réponse dans mon test de The Occultist réalisé sur PS5 Pro grâce à une version éditeur confiée par nos amis de chez Daedalic Entertainment. Merci à eux !

Une enquête intime dans un décor rongé par les ténèbres…

« Mon esprit est imprégné d’images à faire trembler de peur n’importe qui… mais je ne suis pas n’importe qui. Je suis l’occultiste. » Difficile de faire plus explicite ! Dans The Occultist, on incarne Alan Rebels, un enquêteur paranormal qui décide de se rendre sur l’île hantée de Godstone (Sacrepierre dans la version française) afin d’élucider la disparition de son père… La base narrative du jeu est, pour moi, excellente. Non seulement parce qu’elle ne réduit jamais l’horreur à un simple enrobage superficiel… Mais aussi et surtout parce que l’enquête menée par Alan est très personnelle : le héros progresse vers l’inconnu, et vers un passé dans lequel il est, sans encore le savoir, directement impliqué, avec tout ce que cela suppose de douleur, de mystère et de vérités possiblement insoutenables… Godstone, désertée depuis le début des années 1950 après les exactions d’une secte ayant pratiqué de cruels rituels et expériences, dépasse largement le simple statut de décor lugubre : l’île semble encore porter les stigmates d’une mémoire blessée, incapable de trouver la paix…

Avis de JSUG.com sur The Occultist (PS5 Pro)
The Occultist impose une atmosphère pesante à travers des environnements aussi beaux qu’inquiétants.

C’est précisément là que le jeu fait mouche. À la suite de mon test de The Occultist, force est de constater que le titre réussit à entremêler l’intime et l’inquiétant avec justesse. On progresse certes pour survivre, mais surtout parce qu’on veut comprendre… Comprendre ce qu’il est advenu du père d’Alan, ce qui a corrompu cette île, ce qui se cache derrière le calme apparent du héros… J’ai beaucoup aimé l’utilisation du journal de bord, accessible via la touche sur PS5. Ce dernier n’est pas là juste pour faire joli : il structure l’enquête, remet les événements en perspective et permet au joueur de se questionner, comme s’il participait lui-même à la résolution du mystère. Cela peut paraître anodin, mais ce genre de détail change, en vérité, beaucoup de choses : on n’explore pas Godstone uniquement pour survivre à l’horreur, mais bien pour reconstituer un drame.

Critique de The Occultist sur PS5
L’utilisation du pendule apporte son lot de visions quelque peu… cauchemardesques.

Mieux encore, The Occultist prend le temps de dérouler ses fils narratifs sans tout livrer trop vite, avec un dosage délicat entre révélations et non-dits. Le final, de ce point de vue, m’a franchement satisfait ! Car si ce dernier apporte des réponses, il laisse également une place à la réflexion. Et dans un jeu qui revendique justement une horreur psychologique fondée sur l’ambiguïté et l’interprétation, c’est une qualité loin d’être négligeable.

Une île maudite sublimée par une vraie vision artistique

Développé sous Unreal Engine 5, The Occultist est un très beau jeu. À plusieurs reprises, il donne franchement l’impression de lorgner du côté des productions AAA. Bien sûr, tout n’a pas l’ampleur industrielle d’un mastodonte du genre, mais visuellement, DALOAR signe un travail vraiment admirable ! Les environnements sont variés, inspirés et, surtout, habités. Ferme abandonnée, hôpital, orphelinat, cimetière, manoir luxueux, cirque inquiétant… le jeu nous balade dans des lieux qui relèvent presque du panthéon horrifique. Chaque endroit possède sa propre énergie, sa propre émotion, sa propre manière de contaminer le joueur. Ici, la colère. Là, la folie. Plus loin, la tristesse. Et partout, une peur qui colle aux murs…

La direction artistique brille par sa capacité à mêler étrangeté, tension et sens du détail.

Lors de notre entretien à la Gamescom 2024, Elena Arce, AI Developer sur The Occultist, nous avait d’ailleurs confié que certaines sculptures de sa ville natale en Espagne ont été modélisées dans le jeu, tandis qu’une jetée de la baie de San Francisco a inspiré le cirque, entre autres choses. Eh bien, tout cela se ressent ! The Occultist n’est pas un produit sans âme : c’est un projet passion, nourri par des références personnelles, des envies fortes et une vraie cohérence artistique. D’ailleurs, testé avec le HDR, le jeu m’a impressionné.

Le manoir dans The Occultist
Le manoir figure parmi les lieux les plus marquants, sublimé par une ambiance délicieusement oppressante.

Profondeur des décors, gestion des contrastes, textures, éclairages, niveaux de luminosité : l’ensemble est plus que solide. Les scènes d’intérieur, en particulier, affichent un réalisme saisissant pour un titre indépendant. Certaines pièces possèdent même cette qualité rare dans le jeu vidéo d’horreur : elles sont belles tout en restant profondément inconfortables. On s’attarde un instant sur la lumière qui glisse sur un mur, sur le relief d’un meuble, sur la finesse d’un couloir ou d’une pièce silencieuse… avant qu’un doute ne s’installe aussitôt, sur ce que l’obscurité pourrait encore dissimuler dans le coin le plus sombre de la pièce. 

Orna dans The Occultist
Certaines séquences plongent Alan dans des visions presque irréelles.

Puisque l’on parle de direction artistique, impossible de ne pas évoquer le travail sonore. Globalement discrète, la bande-son sait pourtant surgir au bon moment pour transcender les scènes les plus riches en action. Les compositions orchestrales de Pepe Herrero sont superbes, avec ce mélange d’ampleur et de retenue qui colle parfaitement à l’expérience ! La musique du jeu a d’ailleurs été enregistrée avec un véritable orchestre et un chœur, la Bratislava Symphony Orchestra, d’où cette belle tenue cinématographique. Dans ce test de The Occultist, il convient aussi de relever la présence de Doug Cockle, voix de Geralt dans The Witcher, qui double Alan Rebels avec consistance. Son interprétation est parfois volontairement contenue, surtout en début d’aventure, mais cela correspond assez bien au personnage, à sa distance émotionnelle et à sa façon de garder le contrôle face à la peur.

Test de The Occultist : le cœur bien accroché, le cerveau en surchauffe

Si je devais résumer le gameplay de The Occultist, je dirais qu’il repose sur trois piliers : l’exploration, la furtivité et la résolution d’énigmes. Au centre de tout cela, on trouve un pendule mystique, lequel sert de pièce maîtresse à l’ensemble. Le pendulum est un objet essentiel car il permet à Alan d’utiliser toute l’étendue de ses dons ! Celui-ci est articulé autour de plusieurs mécaniques singulières. Par exemple, le pendule permet de détecter des présences et d’interagir avec ce qui échappe à l’œil humain, de modifier le temps voire l’environnement, etc. Et au fil de l’aventure, Alan débloque différentes capacités liées à cet objet. Il peut notamment prendre possession d’un corbeau albinos afin d’atteindre des zones hors de portée, ou encore diriger une nuée de rongeurs pour agir à distance.

Corbeau blanc dans The Occultist
Le corbeau albinos, lié aux pouvoirs d’Alan Rebels, permet d’explorer certains lieux inaccessibles.

Le tout est simple à prendre en main, mais tout de même suffisamment ingénieux pour renouveler régulièrement la manière d’aborder les situations. D’ailleurs, à ce petit jeu, The Occultist évoque parfois Hellblade: Senua’s Sacrifice, A Plague Tale, voire certains titres Ubisoft où l’on utilise un animal ou un point de vue déporté pour mieux lire l’espace. Par conséquent, le pendule structure la progression et est la colonne vertébrale du gameplay.

Que vaut The Occultist ?
J’ai eu recours à une approche furtive lors de mon test de The Occultist…

L’autre grande composante du gameplay, ce sont les puzzles… Ils sont nombreux, parfois simples, parfois autrement plus corsés. Et surtout, leur difficulté monte progressivement. Il n’est pas toujours évident de résoudre certains casse-têtes, d’autant qu’il faut souvent fouiller les lieux dans leurs moindres recoins pour mettre la main sur l’objet, le symbole ou l’indice qui permettra de débloquer la situation. Le tout en gardant un œil sur les esprits malveillants qui rôdent ! J’ai beaucoup apprécié cette montée en puissance. Elle donne le sentiment que le joueur apprend réellement à penser comme Alan, à observer autrement, à relier les divers éléments entre eux… En ce qui me concerne, j’ai pu boucler le jeu en huit heures, mais avec les solutions de l’éditeur sous la main… Pour la majorité des joueurs, je pense qu’une durée de vie comprise entre dix et douze heures est un minimum réaliste.

Mini-jeu du cirque dans The Occultist
Les énigmes sont nombreuses et demandent observation, logique et patience.

Le jeu propose aussi quelques affrontements plus marquants face à des entités hostiles, sorte de boss encounters où les déplacements du personnage et l’utilisation des pouvoirs du pendule doivent être exploités avec davantage d’intelligence. Là encore, The Occultist n’essaie pas de singer un jeu d’action pur et dur. Il reste fidèle à sa logique : Alan n’est pas un combattant, c’est un homme vulnérable, qui est contraint de ruser avec l’invisible. Alan peut d’ailleurs mourir, c’est pourquoi il préfère se tenir éloigné des fantômes…

Une peur lente, assumée… mais pas toujours parfaitement exploitée ?

Ce que j’ai probablement le plus apprécié dans The Occultist, c’est sa manière de penser l’horreur. Ici, pas de déluge de gore, pas de zombies, pas de giclée d’hémoglobine. Le jeu préfère installer une inquiétude constante, qui vous colle à la peau, à travers ses décors, ses bruits lointains, ses silences, ses apparitions fantomatiques… Bien sûr, les jumpscares existent, mais ils demeurent secondaires (disons que leur souvenir s’efface vite)… Ce qui demeure, en revanche, c’est cette tension sourde entretenue par une ambiance pesante, par des lieux qui transpirent l’effroi et par une mise en scène qui sait nous faire sentir que quelque chose cloche, même lorsqu’il ne se passe presque rien. DALOAR n’a jamais caché cette volonté de construire la peur par l’atmosphère, le silence et l’imagination du joueur plutôt que par l’effet choc, et cela se ressent très nettement manette en main.

Course-poursuite voiture The Occultist
Le jeu essaie de varier les situations, mais peut-être pas suffisamment…

Tout n’est pas parfait pour autant. Le rythme du jeu est assez lent, et c’est évidemment un choix. Je le comprends, et je respecte même cette décision, tant elle colle à la philosophie du projet. Mais disons qu’à certains moments, l’histoire aurait gagné à monter davantage en intensité. À mes yeux, cela passe surtout par l’IA des ennemis, trop simpliste en l’état. Lorsqu’un esprit nous poursuit dans un couloir, il suffit parfois d’entrer dans une pièce adjacente pour qu’il abandonne presque aussitôt. C’est dommage, parce qu’avec une IA plus agressive, plus tenace, le joueur aurait été poussé à véritablement se cacher, sous une table, dans une armoire, à retenir son souffle plus longtemps… Bref, en l’état, certaines séquences perdent un peu de leur potentiel émotionnel, mais cet argument est subjectif.

Journal de bord dans The Occultist
Le journal de bord constitue l’un des meilleurs relais narratifs du jeu.

Je suis également plus partagé quant à la modélisation des fantômes. Je le répète : The Occultist n’est pas un jeu qui cherche à nous glacer le sang de la manière la plus frontale qui soit. Mais étant donné que son ambition est de nous mettre mal à l’aise, des esprits visuellement un peu plus travaillés auraient certainement renforcé l’inconfort du joueur. Si quelques figures restent très creepy, durant mon test de The Occultist, il m’a semblé que l’ensemble manquait parfois d’un tout petit supplément de personnalité.

Fantôme dans The Occultist
Les apparitions surnaturelles ne sont pas toujours spectaculaires, et c’est dommage !

À cela s’ajoute une petite frustration de complétionniste : une fois le jeu terminé, il n’est pas possible de rejouer des passages via une sélection de chapitres. Cela est dommage, d’autant que plusieurs collectibles sont disséminés durant l’aventure. On sent qu’il y avait là matière à encourager un second parcours plus « méthodique »… Reste qu’à l’issue de mon test de The Occultist, le contrat est rempli : ce projet passion ambitieux prouve qu’un studio de taille modeste peut offrir une expérience horrifique cohérente et élégante !

L'avis de la rédaction
Note
8/10
8/10
  • Durée de vie - 8/10
    8/10
  • Gameplay - 8/10
    8/10
  • Graphismes - 8/10
    8/10
  • Scénario - 8/10
    8/10

En résumé

The Occultist est la belle surprise que j’espérais ! Porté par une base narrative solide, une direction artistique assez remarquable et une horreur davantage atmosphérique que frontale, le jeu vidéo de DALOAR parvient à imposer une véritable identité. Son pendule mystique apporte une petite touche d’originalité bienvenue au gameplay, tandis que l’enquête menée par Alan Rebels donne constamment envie d’avancer ! Si tout n’est pas irréprochable, à l’image d’une IA trop simpliste et d’un rythme parfois un tantinet lent, l’ensemble respire le jeu passion et se montre suffisamment maîtrisé et inspiré pour marquer durablement les amateurs d’horreur psychologique. Bravo !

Les plus

✔️ Une histoire très prenante !
✔️ Une DA de très haut niveau.
✔️ Des environnements variés.
✔️ Le pendule : une vraie bonne idée !
✔️ Des énigmes globalement réussies.
✔️ Une ambiance pesante et maîtrisée.
✔️ Une bande-son très efficace !

Les moins

✖️ Une IA ennemie trop basique…
✖️ Un rythme parfois un peu plat.
✖️ La modélisation des fantômes…
✖️ Pas de sélection de chapitres ?

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