Il y a des bandes dessinées qui patientent un moment avant que je trouve le temps de les ouvrir. Pour Silent Rose : Six notes sous terre, reçu une dizaine de jours plus tôt, les choses ont été beaucoup plus simples : je l’ai lu d’une traite ! Publié chez Drakoo, cet album signé David Boriau au scénario et Steven Dhondt au dessin comme aux couleurs m’a vraiment happé. Son ambiance, ses personnages, son rythme… tout m’a donné envie de poursuivre la lecture. Et puis, quel plaisir de tomber sur une fiction de l’Ouest qui ose être aussi crue, jusque dans ses dialogues ! Les bonnes manières sont restées à l’entrée du saloon !

Avec ses 88 pages en histoire complète, l’ouvrage dispose de suffisamment d’espace pour installer son univers, mais certainement pas pour tergiverser. Cela tombe bien : son auteur a des choses à raconter, et il ne traîne pas en chemin… Voici ma critique de Silent Rose : Six notes sous terre. Je remercie bien évidemment Drakoo pour la confiance renouvelée !
Critique de Silent Rose : la vengeance en embuscade
Rose est une chasseuse de primes qui voyage avec son frère Bass. Après avoir échappé à une bande de tueurs, tous deux traversent Flagstone, une ville dont les habitants se sont entretués sans raison apparente… Par la suite, leur route les conduit à Tuco, où un ancien général sudiste occupe les fonctions de marshal. Un pianiste de passage leur parle alors d’une malédiction qui frapperait les villes bâties sur des territoires cheyennes colonisés… De quoi regarder cette nouvelle halte avec un peu moins de sérénité… Bref, je vous laisse découvrir la suite, car l’intrigue mérite que l’on conserve le plaisir de ses surprises.

Ce qui m’a plu dans Silent Rose, c’est la manière dont David Boriau nous fait entrer dans son histoire. La situation intrigue instantanément, les personnages trouvent leur place et les questions s’accumulent sans que l’on ait l’impression de piétiner. J’avais très envie de comprendre ce qui se tramait, mais aussi de rester auprès de ce duo. Pour un récit aussi ramassé, c’est une belle réussite, d’autant plus que le fantastique apporte une inquiétude supplémentaire à cet Ouest déjà peu accueillant ! En effet, les armes et autres mauvaises intentions ne sont plus les seules choses dont il faut se méfier. De plus, cette idée de villes menacées sur des terres prises aux Cheyennes donne au décor une bien belle épaisseur : derrière les façades et les comptoirs, il y a aussi une histoire de conquête et de violence. Le mystère trouve ainsi sa place dans un univers qui porte déjà ses propres blessures.
Rose et Bass, un duo qui fait vraiment toute la différence !
Placer un frère et une sœur noirs au cœur de ce western m’a particulièrement intéressé… Leur présence change le regard porté sur cet univers, d’autant que le racisme s’y exprime sans détour. La brutalité ne se limite donc pas aux échanges de coups de feu. Elle passe aussi par les mots, les regards et la manière dont certains personnages s’arrogent le droit de traiter les autres. Dans cette critique de Silent Rose, je le dirais sans détour : la grande sœur m’a beaucoup marqué ! C’est une femme qui a subi de terribles sévices, et ce passé donne du poids à son parcours. Mais mon vif intérêt pour elle ne s’arrête pas à ce qu’elle a enduré : j’ai adoré suivre une héroïne qui occupe « pleinement » sa place dans l’action. Sa relation avec Bass contribue beaucoup à cet attachement. Le duo fonctionne très bien, et leur lien donne un point d’ancrage humain à une histoire particulièrement rude.
Le fait que Bass soit sourd et ne parle pas apporte également une singularité bienvenue ! Dans une bande dessinée, les gestes et les expressions peuvent raconter énormément de choses ; un personnage comme lui invite justement à leur accorder davantage d’attention. Sa surdité intervient aussi dans les rapports avec les autres, jusque dans certaines scènes d’affrontement. Elle participe donc à la manière dont on découvre ce frère, au-delà de sa seule association avec Rose. Mais il faut toutefois savoir dans quoi l’on met les pieds : les dialogues, la violence et la sexualité sont parfois très crus ! Car oui, l’album aborde aussi les violences sexuelles… C’est une lecture destinée aux adultes, dont j’ai apprécié le ton sans concession. On sent toute la saleté et la cruauté de cet Ouest, avec des personnages qui n’ont aucune intention de surveiller leur langage pour nous faire plaisir.
Un dessin expressif et un Ouest aux couleurs de poussière
Sur le plan visuel, j’adore le travail réalisé par Steven Dhondt ! Les visages sont marqués, les nez s’allongent volontiers, les mâchoires se crispent, les expressions prennent parfois une tournure franchement grotesque. Cette dimension « caricaturale » donne beaucoup de caractère aux personnages. En outre, les décors méritent eux aussi que l’on s’y attarde : les façades de bois, les enseignes, les roues des chariots, les objets posés sur les tables, donnent de la consistance aux lieux. J’ai fortement apprécié ce soin apporté aux détails, car il permet de sentir une ville habitée, avec ses commerces, ses habitudes et ses recoins peu rassurants. Très clairement, l’immersion tient beaucoup à ce travail.
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Les beiges, les bruns et les jaunes dorés dominent, accompagnés par endroits de gris et de verts plus discrets. Cette palette évoque la poussière, le bois, la chaleur, etc. Elle donne une véritable unité aux planches, tandis que les éclats plus vifs des coups de feu viennent secouer l’ensemble. Le découpage alterne vues larges, gros plans et cadrages rapprochés sur les armes ou les réactions des protagonistes : même au milieu d’une bagarre, on suit facilement ce qui se passe ! Bref, Silent Rose : Six notes sous terre est un vrai régal à lire et à regarder. J’y ai trouvé une histoire captivante, un duo attachant et un style graphique que j’aurais volontiers admiré encore quelques pages. Pour celles et ceux qui affectionnent les westerns adultes teintés de fantastique, voilà une BD qui mérite que l’on s’y intéresse ! Cet album vous tente ? Si oui, retrouvez-le à la Fnac et préparez-vous à un voyage sans pitié !







