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La vérité de Pinocchio : un conte sublime qui nous tend un miroir !

La vérité de Pinocchio : une BD splendide et troublante sur l’identité, les apparences et le poids du regard des autres.

Difficile de ne pas s’arrêter devant la couverture de La vérité de Pinocchio ! Ce petit être de bûche et de métal, coiffé de son chapeau à plume, a immédiatement de quoi attirer l’œil… Personnellement, je la trouve exceptionnelle, et les pages qui suivent sont largement à la hauteur de cette première impression ! Publié chez Grand Angle, ce magnifique album de Loïc Malnati, enrichi des contributions de Béatrice Tillier et de Jean-Luc Masbou, propose une relecture du célèbre conte de l’écrivain italien Carlo Collodi. Une version plus proche de l’esprit du roman que de l’adaptation de Disney, qui m’a rapidement embarqué dans son univers… avant de m’amener à réfléchir à bien des choses !

Couverture de La vérité de Pinocchio, la bande dessinée parue chez Grand Angle (Bamboo Édition)
Une couverture exceptionnelle qui donne envie de découvrir ce Pinocchio de bois et de métal !

À paraître le 28 octobre 2026, cette histoire complète de 88 pages associe l’imaginaire du conte à une esthétique steampunk époustouflante. Mais derrière les magnifiques dessins se cache un récit dont la violence et les interrogations méritent toute notre attention. Car ce pantin de bois a décidément beaucoup à nous dire sur notre condition humaine… Voici ma critique de La vérité de Pinocchio, une bande dessinée disponible ici, que j’ai adorée !

Critique de La vérité de Pinocchio : derrière l’illusion du petit garçon

Après avoir sauvé Geppetto du ventre d’un gigantesque requin, Pinocchio croit être devenu un véritable petit garçon. Pourtant, à la mort de son père, cette conviction s’effondre. Il est toujours un pantin de bois, que l’on peut abandonner comme un objet devenu inutile… Au pied d’un arbre mystérieux, il se retrouve alors confronté à son passé : sa naissance, ses mensonges, le Chat et le Renard, la Fée aux cheveux bleus, etc. Autant de rencontres, mais aussi d’épreuves, qu’il lui faut désormais considérer d’une tout autre manière. Ce que cette remise en question lui réserve, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes.

Pinocchio, désormais vrai petit garçon, se regarde dans un miroir
Un pantin bien connu, mais une histoire qui bouscule l’image que l’on s’en fait.

Ce qui m’a beaucoup plu, c’est la facilité avec laquelle on plonge dans l’ambiance de la BD. L’univers possède une identité forte, mais on y trouve rapidement ses repères. Et la lecture nous entraîne sans difficulté dans un récit qui est pourtant (très) loin d’être anodin. Il faut d’ailleurs préciser que la « violence » est explicite. Il y a du sang, et la cruauté se manifeste très concrètement ! C’est pourquoi la beauté des planches ne doit pas laisser croire à une lecture destinée aux plus jeunes. Cette dureté rapproche l’album de la noirceur du texte de Collodi, tout en permettant à Loïc Malnati d’en interroger la morale. Car après tout, vouloir transformer à tout prix une marionnette en un enfant modèle soulève une question assez dérangeante : pourquoi devrait-il devenir autre chose que lui-même pour mériter sa place ?

Le regard des autres, ou ces fils qui nous retiennent…

Le cœur du récit se trouve justement dans cette idée d’enfant « parfait » que l’on voudrait fabriquer. Pinocchio est un être de bois qui parle, ressent et existe déjà ! Mais pourtant, sa nature semble le condamner à n’être qu’une version inachevée de ce qu’il devrait devenir… J’ai trouvé cette remise en cause du regard des autres particulièrement stimulante. Car à force de vouloir correspondre à une image jugée « désirable », qu’advient-il de notre propre identité ? Le parcours du pantin renvoie ainsi à des préoccupations actuelles, entre culte de l’apparence et besoin d’approbation. La présence des miroirs prend alors tout son sens : pouvoir observer son reflet, c’est également se donner les moyens de se réapproprier son image. On comprend pourquoi Malnati a accordé autant de place à ces objets… Ils invitent son personnage à se regarder autrement qu’à travers le jugement de ceux qui l’entourent.

La dimension « psychanalytique » que j’ai pu ressentir à la lecture est d’ailleurs pleinement assumée car dans le texte qui clôt l’album, Loïc Malnati revient sur son propre parcours d’analyse et sur le malaise que lui inspirait déjà Pinocchio lorsqu’il était enfant. Il explique notamment combien l’incapacité du héros de se regarder dans un miroir, au moment de la transformation en âne, l’avait révolté ! Ce commentaire éclaire parfaitement sa démarche, tout en laissant au lecteur la liberté de recevoir l’histoire à sa manière… Pour ma part, j’ai refermé l’ouvrage avec tout un tas de questions sur l’impact de nos choix et le poids de la pression sociale. Ce que nous pensons choisir librement répond-il toujours à nos envies ? Et jusqu’où acceptons-nous de nous oublier pour être aimés ? J’apprécie beaucoup qu’une BD suscite ce genre d’interrogations, sans que l’on ait besoin de connaître Freud ou Lacan pour se sentir concerné, les travaux de ces auteurs me paraissant bien inaccessibles…

Des dessins magnifiques, un bleu qui ne laisse pas indifférent

Visuellement, La vérité de Pinocchio est une vraie petite merveille. Le travail sur le bois, les articulations métalliques et les expressions du pantin lui donne une présence saisissante. Les décors, vêtements et accessoires participent également à la richesse de cet univers, dans lequel j’ai pris beaucoup de plaisir à m’immerger ! Loïc Malnati a réalisé les planches, Jean-Luc Masbou l’a accompagné dans les recherches de personnages et de décors, ainsi que dans le découpage des plans, alors que Béatrice Tillier signe la conception de la Fée bleue et les illustrations ouvrant les chapitres. Le rendu à l’aquarelle de ces pages apporte une respiration bienvenue, tandis que leurs détails symboliques prolongent la réflexion sur l’image de soi. Ce travail collectif donne un album que l’on a vraiment envie de parcourir !

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J’ai aussi beaucoup aimé les couleurs, avec cette prédominance du bleu qui installe une atmosphère froide. À mes yeux, cette palette accompagne très bien la solitude du pantin et la rudesse du monde qui l’entoure. Elle donne une beauté singulière aux planches, tout en entretenant un certain malaise car si l’on admire ce que l’on voit, on ne s’y sent jamais à l’abri… Ce contraste entre le plaisir des yeux et la dureté de la trame m’a touché ! Bref, vous l’aurez deviné : je recommande vivement La vérité de Pinocchio ! Sa couverture incroyable, ses illustrations sublimes et sa manière de nous confronter à nos propres attentes en font une lecture marquante ! En refermant cet album, j’avais surtout envie de laisser ce pantin exister tel qu’il est. Et de nous accorder, à nous aussi, un peu de cette liberté.

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