Certains jeux marquent les mémoires et, parfois, l’histoire même du jeu vidéo. Je ne vous le cache pas, je pense que Shadow of the Colossus est ce genre de jeu. En 2006, lors de sa sortie sur PS2, il avait fait grand bruit. Il avait su étonner par sa poésie et par son gigantisme. La communauté des joueurs l’a très vite érigé au rang de chef-d’œuvre en dépit de quelques faiblesses techniques. Mais les joueurs ne sont pas les seuls à s’être intéressés à ce jeu ! En effet, certains scientifiques se sont penchés sur le cas ICO et Shadow of the Colossus, ces jeux présentant une richesse ludique et fictionnelle certaine. Aujourd’hui, Bluepoint Games nous propose de nous replonger dans cet univers grandiose avec un magnifique remake. Mais, cela vaut-il la peine de revivre une aventure vieille de plus de dix ans ? Verdict dans ce test de Shadow of the Colossus.

Shadow of the Colossus : un remake à la hauteur de son ancêtre

Shadow of the Colossus
On est d’accord, ça donne envie d’explorer ce monde, non ?

Shadow of the Colossus est un titre à la fois très ambitieux et très minimaliste dans ses mécaniques de jeu, ce qui peut paraitre légèrement contradictoire. Et c’est justement cette contradiction qui fait toute la richesse du titre. Il nous plonge sans trop d’explication dans l’histoire : nous sommes aux commandes de Wander, un jeune homme qui semble désespéré. Et pour cause ! Sa douce, Mono, est morte, ce qu’il ne peut accepter. C’est avec une détermination sans faille, et même aveugle, qu’il se rend dans les terres interdites pour la ramener d’entre les morts. Il y rencontre Dormin, une entité mystérieuse qui lui offre la résurrection de sa chérie sur un plateau. Il devra vaincre des colosses afin de sauver l’âme de sa chère et tendre. Cependant, bien peu d’informations lui sont données. On ignore si les colosses sont des êtres bienfaisants ou malfaisants, nous savons juste que les tuer ramènera Mono. Ni une, ni deux, notre héros accepte sans trop se poser de question, ce qui en dit déjà beaucoup sur la psyché du personnage. Tout ce que l’on sait véritablement, c’est que Dormin affirme qu’il y aura un prix à payer, prix que Wander accepte sans broncher.

Shadow of the Colossus
Eh bien, cette construction doit coûter un pont !

Le thème principal n’est pas, comme on pourrait le penser, l’amour d’un héros pour une femme, mais tourne plutôt autour de quelque chose de plus sombre : à quoi est-on prêt lorsque l’on souffre ? Wander est prêt à massacrer des êtres centenaires, des créatures qui ne montrent aucune volonté de nuire, et ce, par une sorte d’égoïsme, égoïsme que le jeu condamne à sa façonÀ chaque colosse vaincu, Wander souffre davantage, ses actions sont lourdement sanctionnées. Au fur et à mesure, sa part d’ombre grandit, et il se voit marqué par des stigmates. Ce que Shadow of the Colossus nous apprend, c’est que l’amour est certes une chose magnifique, mais qu’il nous pousse parfois également au pire… Ce n’est pas pour rien qu’il est question de l’« ombre des colosses »…

Le minimal-gigantisme

Shadow of the Colossus
Hum… vous avez une belle fuite ici, monsieur…

Lorsque j’ai pu mettre les mains sur ce remake, une chose a été immédiatement claire : le jeu est beau, très beau. Les nouveaux graphismes dont le titre se pare permettent de profiter pleinement des magnifiques décors et de leur gigantisme. Grâce à une caméra intelligemment placée (mais qui fait parfois des siennes), on se sent tout petit face à d’immenses falaises, cascades et, naturellement, face aux colosses. Dans Shadow of the Colossus, pas de PNJ, pas de villes, rien que Wander seul avec lui-même et sa conscience. Cette absence de vie dans le jeu est soulignée par une bande-son très bien pensée. Pendant les phases d’exploration, nulle musique ne nous accompagne. Le sentiment de solitude se voit ainsi exacerbé et nous permet de profiter complètement de la beauté du monde que Bluepoint Games nous propose. Et, lorsque le silence se fait trop présent, le titre nous offre des musiques grandioses, à la fois épiques et mélancoliques, qui magnifient l’expérience du joueur. Alors, on se surprend à observer les reflets du soleil qui se noient au loin dans des chutes d’eau, on profite d’un silence à la fois inquiétant et reposant, qui se heurte à la surface des falaises qui nous entourent, on aperçoit la silhouette d’une créature presque mythologique, et on appréhende la suite, tout en profitant de la poésie que nous offre ce moment.

Shadow of the Colossus
Rassurant…

Shadow of the Colossus nous offre principalement des combats contre des boss. Chaque colosse est une énigme à part entière que le joueur devra résoudre. Ici, pas d’affrontement brutal à la God of War, mais bien des combats intelligents où le joueur doit se creuser la cervelle pour trouver la manière de vaincre les ennemis. Le plaisir vient réellement de cette recherche et de cette réflexion. D’ailleurs, la recherche de faiblesses se révèle être non seulement un élément de gameplay, mais également un outil artistique. En effet, l’incertitude quant à la manière de battre un colosse ajoute à son gigantisme : le joueur se trouve face à une créature démesurée et aux allures imbattables, la situation est presque désespérée. Comment battre un serpent qui fait 100 fois notre taille quand on est qu’un homme ?

Shadow of the Colossus
On ne dirait pas, mais en fait, il relâche la pression !

Bref, dans Shadow of the Colossus, tout contribue à rendre le joueur minuscule et à le perdre au milieu d’un monde monumental, et c’est de là que nait la poésie du titre. Ce jeu nous place dans une position à la fois de héros et de bourreau. Nous passons notre temps à nous extasier face à la beauté d’un univers sauvage et inviolé, tout en contribuant à le détruire par égoïsme. L’intrigue, en apparence simple, permet en réalité d’introduire beaucoup de complexité. Impossible de ne pas se sentir mal à l’aise en enfonçant notre lame dans la chair de créatures certes étranges, mais qui semblent simplement tenter de survivre. Ici, vous ne participerez pas à une quête héroïque, vous ne sauverez pas le monde, vous ne vous distinguerez pas par votre grandeur d’âme ou votre courage. Non, vous serez simplement un homme face à la souffrance de la perte d’un être cher, et qui infligera de la souffrance à son tour, et ce par amour. Et à la fin, vous vous demanderez : ai-je fait ça pour elle… ou pour moi ? 


En conclusion, le remake de Shadow of the Colossus apporte un vent de fraicheur à un titre qui était déjà entré au panthéon du jeu vidéo. La refonte graphique et sonore du jeu permet d’apprécier encore davantage sa poésie et sa dimension contemplative. Inutile de préciser que je vous conseille 100 fois l’expérience ! D’autant plus que le jeu est disponible à un prix dérisoire

La note de la rédaction
  • Graphismes - 9/10
    9/10
  • Gameplay - 9/10
    9/10
  • Bande-son - 9/10
    9/10
  • Scénario - 9/10
    9/10

Les plus et les moins

✔︎ De la poésie !
✔︎ La possibilité de revivre un grand moment !
✔︎ Une histoire simple, mais aussi complexe !
✔︎ Un jeu colossal !

✘ Une caméra parfois capricieuse...

9.0/10

 


Pierre-Yves Houlmont

Ceinture noire d'haltérophilie en parachute et passionné par la généalogie des pommes de terre, j'ai décidé de devenir rédacteur dans le domaine du jeu vidéo ! Einstein ne nous a-t-il pas mis en garde contre les pierres ayant tendance à rouler ?

16 Commentaires »

  1. Excellent test, toujours aussi agréable à lire.
    En ce qui concerne le jeu, je doisavouer que je ne l’ai encore jamais fait. Je n’avais pas de PS2 à l’époque et lors de son remaster sur PS3 pour le bundle avec Ico, je n’ai jamais pris la peine de le faire (alors que j’avais acheté le jeu, je l’ai encore d’ailleurs).
    Impardonnable sans doute, mais c’est comme ça, y a des œuvres je ne sais pas pourquoi on a tendance parfois à remettre à plus tard leur découverte même si on sait, au fond, qu’elles vont nous plaire. Étrange attitude, mais je l’assume. Donc cette version PS4 tombe bien et me donne l’occasion d’enfin mettre les mains sur le jeu.
    Il est chez moi, sur la table de salon, et même si je me suis relancé dans Uncharted (autre superbe travail de remasterisation signé Bluepoint – ces mecs sont vraiment doués) parce que je lis en même temps le très bon livre sur la saga paru récemment chez Third Éditions, j’attaquerai ensuite les Colosses.
    Enfin, je l’espère, il ne faudrait pas que je remette indéfiniment à plus tard la découverte d’une œuvre dont je sais, au fond, qu’elle va me plaire.

  2. Comme le dit mon voisin du dessus. Très bon test P-Y, il n’y a pas un mot ou une ligne de trop, une copie sans faute de ton test. Tout est parfaitement retranscrit et même plus. Maintenant le jeu ne s’adresse pas à tout le monde à cause d’un manque d’action qui intervient souvent. On peut dire que l’ on combat chaque colosse et entre ces phases-là. il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. En fait c’est la découverte de chaque colosse qui en devient une intrigue avec la musique d’ambiance, on se demande sous quelles formes apparaîtra la prochaine bête, si on peut appeler cela une bête. L’étendue est tellement vaste qu’il faut tout de même un cheval pour la parcourir. Chaque colosse est une énigme et peu se révéler parfois un vrai labyrinthe, rien que pour grimper dessus, vous vous poserez la question. Comme je l’ai déjà dit j’y ai joué à sa sortie sur Playstation 2. On peut être mitigé sur les remake, je suis pour et contre. Des jeux comme celui-là sont comme un héritage et ils doivent perdurer dans le temps, alors les refondre si je peux dire est une bonne idée pour autant que le prix reste correct, et c’est le cas donc ça va. Je le recommande pour celui qui aime les jeux de ce genre. Je me souviens du premier colosse et du tremblement de ses pas sur le sol, de se demander mais à quoi je vais faire face ^^. Et là soit la magie prend ou pas.

    • Super commentaire, je suis tout à fait d’accord avec toi, Shadow of the Colossus représente un jalon important de l’héritage vidéoludique.
      Et, personnellement, j’aime autant les phases qui séparent les affrontements que les affrontements eux-mêmes. Parfois, je me balade et je regarde autour de moi, tout simplement. Un petit conseil, il faut y jouer avec un casque !

      • Tout à fait, et dans un autre thème, je viens de finir Rime, qui est le petit frère d’Ico, même si le tout peut être amélioré. Ils ont réussi à en faire un jeu enchanteur même si le thème de l’histoire ne l’est pas. Vraiment bon Rime. Ce n’est pas simple de faire un jeu comme ceux-là , vu les joueurs qui dénigrent ce genre de thème.
        Tout comme Knack, mauvaise réputation auprès de certains joueurs, qui se plantent pour la majorité, jeu absolument correct pour le genre. En route pour Knack 2, ça c’est sûr.

  3. Comment ne pas être admiratif devant ta plume P-Y ? Pour ne pas faire dans l’originalité, je vais répéter ce qu’on dit mes VDD. Test juste, bien écrit, et très pertinent. C’est le meilleur test de SOTC que j’ai lu sur la toile personnellement. Je suis un vieux de la vieille et j’ai eu l’occasion de faire le jeu à de nombreuses reprises. Mais tu me donnes une nouvelle fois envie de replonger dans cette aventure inoubliable. Merci d’avoir créé la confusion dans mon esprit ^^

    • Merci pour le compliment ! Sincèrement, ce remake m’a permis de redécouvrir le jeu, le travail de Bluepoint est excellent.
      Si tu as l’occasion, il faut que tu y rejoues. Surtout que, si ça fait longtemps, tu pourrais redécouvrir le jeu sous de nouvelles perspectives !

  4. Très beau test, et très belle plume, pour relater l’expérience étrange que doit être ce jeu vidéo ! Ça donne envie d’y jouer, bien sûr, mais ça me rend d’autant plus curieuse sur ce titre. Je n’y ai jamais joué, mais justement, ce côté “vide” “minimaliste” m’a intriguée, sans que je sache de quoi vraiment parle le jeu, à part de ces combats contre les colosses. Le fait que l’histoire semble tout à fait philosophique et introspective n’est pas dérangeant ! Tu en dis juste assez pour soulever l’intérêt, et ça me tente vraiment (même si j’ai trop d’autres jeux en cours pour l’instant).

  5. Le côté minimaliste et poétique m’a fait penser à NieR : Automata, tiens. Et malheureusement, ça m’avait déjà un peu dérangé dans ce titre. Honte à moi, je ne connais Shadow of the Colossus que de nom. Ce n’est pas certain que ça soit mon style de gameplay. Néanmoins, j’ai pris du plaisir à lire ta critique, qui me permet de me projeter dedans et d’un peu corriger mes lacunes vidéoludiques.

    • Oui, j’ai lu ton texte sur Nier et j’ai vu que cela t’avait dérangé. Mais, dans Shadow of the Colossus, c’est encore différent. Dans Nier: Automata, le vide de son univers peut parfois se révéler gênant dans le sens où on ne sait pas toujours si le vide est voulu ou pas.
      En revanche, dans Shadow of the Colossus, le vide permet de profiter des décors et de l’ambiance du jeu, il s’agit réellement d’un outil de game design utilisé intelligemment.
      Merci pour ton commentaire en tout cas !

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