Le thème de la folie est très intéressant à traiter dans le jeu vidéo, puisqu’on peut s’amuser avec la perception du joueur, le plonger dans la tête d’un narrateur non fiable ou naviguer entre décors oniriques et cadre réaliste sans difficulté particulière… Évidemment, les hôpitaux psychiatriques sont aussi un environnement idéal pour les jeux d’horreur, mais malheureusement je suis totalement novice là-dedans (on m’a fait jouer à Outlast environ deux minutes, j’ai lancé la manette avant même d’être entrée dans le bâtiment) alors je vais rester assez soft sur ce plan-là.

Des jeux indé sur le thème de la folie immanquables à mes yeux

Tu me connais, j’ai envie de t’ouvrir les portes du catalogue indépendant, et comme d’habitude on peut trouver des pépites dans les jeux indé centrés sur la folie. Ici, on va se concentrer sur des jeux à fort impact narratif, qui suivent un protagoniste troublé et à cheval entre deux réalités. Le monde extérieur le croit fou, et c’est là toute l’ambiguïté de la question : est-ce qu’on navigue dans l’imagination d’un esprit malade, ou est-ce qu’on est dans un jeu de fantaisie, avec un héros parfaitement sain d’esprit que tout le monde refuse de croire ?


1. Fran Bow

(PC, Mac, Mobile – 2015)

Okay, je te vois venir. J’ai dit qu’il n’y aurait pas vraiment de jeu d’horreur, et le trailer est bien sanguinolent (et un tout petit peu glauque). Figure-toi que lorsque c’est en Point’n Click, je le vis bien : j’aurais dû préciser survival horror, c’est ça que je suis incapable de tester ! Bref, je te présente Fran Bow, un jeu signé Killmonday Games dont j’ai beaucoup entendu parler depuis sa sortie. Et à raison, puisque ce titre est un vrai bijou bizarre, malsain et fascinant. 

Tu y contrôles l’héroïne, enfermée dans un hôpital psychiatrique depuis qu’elle a été témoin du meurtre de ses parents. Son médecin lui prescrit des pilules qui lui permettent de basculer dans une autre vision du monde, et le gameplay te permet à tout moment de passer d’une réalité à l’autre pour t’aider à résoudre les puzzles. Outre cette mécanique ingénieuse, le jeu est fabuleux pour son ambiance et sa narration. Le personnage de Fran est solaire, et malgré le cadre d’une noirceur absolue, on se surprend souvent à sourire face à l’optimisme et la gentillesse de cette jeune fille très attachante. Le mélange incroyable de mignon et de macabre rend ce titre absolument unique et captivant. 

À voir aussi : 

Little Misfortune (PC, Mac, Switch, Mobile – 2019) : du même studio et dans le même univers, je ne l’ai pas encore testé mais c’est pour bientôt !


2. Alice: Madness Returns

(PC, PS3, Xbox One – 2011)

Comment faire une sélection de jeux indé autour de la folie sans parler de Alice: Madness Returns ? Pour la petite histoire, il s’agit du jeu qui m’a poussée à créer mon compte Steam il y a une dizaine d’années, et je dois dire qu’il m’a fait forte impression. Le studio Spicy Horse est fermé aujourd’hui, mais EA possède toujours la licence de ce jeu et on peut donc toujours se le procurer.

La bande-annonce te le montre bien, on nous propose ici une version plus sombre d’Alice au Pays des Merveilles, avec des personnages revisités et une héroïne qui, là aussi, navigue entre deux réalités. J’ai adoré retrouver toutes les références de l’œuvre originale, altérées et modifiées pour coller à cette ambiance moins candide. Certains plans sont de toute beauté, et j’y ai consacré cinquante bonnes heures (ce qui le place juste derrière Hollow Knight dans ma bibliothèque). Un classique que je te recommande donc sans hésiter !


3. The Cat Lady

(PC – 2012)

Si les deux précédents jeux gardaient une part onirique pour contrebalancer leur côté glauque, The Cat Lady ne s’embarrasse pas de ce genre de douceur. Ce produit artistique créé par Remigiusz Michalski a un style unique qui m’a vraiment marquée. Je préfère quand même te prévenir qu’il aborde un tas de sujets sensibles (et certains choix ou situations qui se présentent sont encore très vifs dans ma mémoire) et qu’il ne conviendra donc pas à tout le monde.

Mais si ce jeu t’intéresse, sache que son scénario est vraiment top, que sa patte graphique est très originale et qu’il a de bonnes chances de te rester en tête. J’ai découvert en préparant ce bric-à-brac qu’il existait deux autres jeux dans le même univers (qui forment en réalité une trilogie avec celui-ci), Downfall et Lorelai ; il faudra que je les teste à l’occasion. C’est probablement un des jeux les plus sombres que j’ai faits, et si on retrouve cet aspect de personnage principal campé sur deux réalités, on se confronte aussi à l’enfermement en asile psychiatrique et aux abus des médecins, dont on peut questionner la santé mentale au moins autant que leurs patients… Tout simplement glaçant.

À voir aussi : 

Sanatorium (PC – 1998) : un classique qui a pris quelques rides, mais dont je garde un sacré souvenir !


4. Still There

(PC, Mac, Switch – 2019)

Je voulais quand même terminer sur une touche plus soft, avec ce charmant petit jeu paru il y a quelques mois et développé par le studio italien GhostShark. L’interprétation de la folie y est un peu plus large, mais il est en tout cas fortement centré sur la psychologie. On se retrouve dans une station spatiale avec pour seule compagnie une IA un peu taquine et un reptile plutôt taciturne : on y traite donc des difficultés de la solitude, mais aussi du deuil que notre personnage principal refuse d’affronter, hanté par des rêves douloureux. Le schéma du héros qui fuit une situation tragique pour se reconstruire dans un milieu isolé m’a fait penser à Firewatch, que je ne te recommanderai jamais assez, donc j’en profite pour en remettre une couche !

Au quotidien, il faut s’assurer de la maintenance du vaisseau, à travers des puzzles vraiment intéressants et peu accompagnés. Mais la narration prend de l’ampleur au fil des jours, les perceptions se troublent, on commence à remettre en question notre environnement et l’état de santé du héros à mesure que la situation se dégrade. Le jeu se termine en quelques heures, mais il est fait avec beaucoup de soin, tant dans l’esthétique que dans le gameplay, et l’histoire m’a beaucoup plu. Un studio à suivre, en tout cas !


Et voilà, c’est la fin de cette sélection de jeux indé sur le thème de la folie. L’occasion de sortir certains vieux titres de mon placard, j’espère tout de même que tu ne les connaissais pas déjà tous et que tu vas avoir envie de les tester à ton tour ! Promis, le prochain bric-à-brac sera moins sinistre, je trouverai un moyen de te mettre des bébés chiens, des graphismes colorés et des musiques entraînantes. En attendant, si tu as d’autres jeux psychologiques qui se passent dans un hôpital psychiatrique ou qui traitent de différentes réalités, sache que je suis tout ouïe !


Coline Métrailler

Scientifique dans l’âme et lectrice compulsive, les jeux vidéo forment un excellent moyen de combiner mes différentes passions. J’achète tous les jeux qui contiennent des animaux mignons, des meurtres mystérieux ou des bruitages à la bouche… J’espère que tu gères les grands écarts !

16 Commentaires »

  1. Alice ça oui j’y ai joué mais sur xbox360, il y a peut-être eu deux épisodes ? à un moment donné à cette époque une suite avait été évoquée, je vois indiqué xbox one, alors j’aurais raté sa suite….les autres je ne connais pas vu que je ne joue pas sur ces machines ^^.

    Tu as tord de ne pas faire Outlast et d’ailleurs son dlc, il est vraiment bon. Ta réaction est normale, pareil la première fois que j’y ai joué, je suis arrivé à la fenêtre et j’ai arrêté le jeu, c’est oppressant comme ambiance, juste avec une lampe , tu dois te faire violence, c’est pour ça que je joue de temps en temps à ce genre de titre, parce que si un jour tu vis l’apocalypse ou le retour des zombies, tu feras quoi sans expérience ? je dis ça en rigolant mais regarde si un enfant se fait enlever, s’il joue à ce genre de jeu, il sera plus apte de réagir à une situation dramatique, même un adulte d’ailleurs. On voit pas le rapport comme ça mais quand on y réfléchit, ça pourrait aider quelqu’un. Et encore faut bien te dire que dans Outlast tu n’as pas d’armes ,donc tu ne devras jamais combattre, c’est juste fuir et tu verrais que tu vas prendre le dessus sur ta peur, à un tel point que tu vas te dire mais purée pourquoi il n’y a pas un bâton de bois cloutée ou une barre de fer que je lui mette sur “sa gueule”. Le jeu fait 6 heures et 3 heures pour son dlc. Joues de l’après-midi ou carrément en matinée si tu sais mais jamais en soirée, tu verras tu y arriveras plus facilement. Quand tu as peur, fonces dans le tas comme tu verras ce qui te tombe sur la tronche, quitte à recommencer, au moins tu sauras.

    Après tu as les classiques mais ce sont des survival horror tous les silent hill, surtout le 2 qui était énorme dès le début du jeu, Rule of rose sur ps2, Haunting ground, Obscur, Cold fear, Extermination Les project zéro (pour toi c’est un survival horror abordable, ton arme c’est un appareil photo) , y a aussi Forbiddent Siren et Galerians sur Playstation de 1995 là ce sont des pouvoirs psychiques en gros.

    • Haha oui, peut-être qu’il faudrait que je laisse une chance à Outlast. Je vais déjà tenter Little Nightmares, si je survis à ça on en rediscute !

      Pour Alice, oui j’ai tendance à écrire uniquement la dernière console en date pour ne pas faire des listes à rallonge, mais c’est bien celui sur Xbox 360 qui a été rendu dispo sur Xbox One car ils ont récupéré les droits après la fermeture du studio 🙂 Donc c’est bien celui que tu as fait !

      J’avais vu des vidéos sur Project Zero je crois. Mais je me demande si ça me ferait pas moins peur de pouvoir taper justement, la fuite c’est plutôt flippant en soi !

      • Project zero, on capture ses ennemis avec l’appareil photo, c’est une arme si on veut, ça fait longtemps que j’ai joué à la trilogie, ce sont que des spectres tes ennemis….il me semble ^^. Par rapport aux autres il est pas aussi flippant….disons pas gore….Flipper à Little Nightmares non quand même pas, c’est un jeu très sympa.

  2. J’adooore le jeu Alice ! Tellement sublime niveau créativité ! Je l’ai fais plusieurs fois !

    The cat lady j’ai essayé mais je n’ai pas réussi à accrocher au gameplay malgré que l’ambiance était dingue.

    Mon jeu préféré sur la folie est Layers of Fear ! On ressent bien la folie du personnage qui tourne en rond dans sa baraque !

    Sur le thème de la psychiatrie et la folie j’avais bien aimé le petit jeu indé The Town of Light qui se passe en Italie pendant les années 40 !

    • Ah mais je te comprends, je me suis régalée tout du long avec Alice ! Et la beauté de certains plans, oh là là.

      Je comprends, The Cat Lady peut sembler assez rigide, perso j’ai été suffisamment charmée (enfin, si on peut dire) par l’histoire et l’ambiance pour m’accommoder de ce gameplay 🙂

      Roh oui, j’en ai beaucoup entendu parler de Layers of Fear ! Mais je ne suis pas sûre d’être prête psychologiquement haha. Je ne connaissais pas The Town of Light, merci pour le tuyau !!

  3. Belle sélection une fois de plus. Je ne connaissais qu’Alice Retunr Madness, mais je n’ai aucune plateforme pour y jouer. Dommage.

    J’avais adoré, American McGee’s Alice, son prédécesseur sortie en 2000, punaise 20 ans !

    • Oh zut, c’est vrai qu’il commence à dater, et avec la fermeture du studio ça devient difficile de se le procurer aujourd’hui… (à part sur Xbox One semble-t-il. En tout cas la page Steam a disparu). Pas joué au premier mais j’avais regardé des bouts de vidéo et il avait l’air vraiment cool aussi !

  4. Alice madness returns est un super jeu, j’en garde de bons souvenirs (malgré certains moments malsains). J’ai joué à peu de jeux répondant à la thématique de ta chronique mais par exemple Batman Arkham Asylum était très oppressant (tu évolues dans un asile de psychopathes tous cinglés et ça fout vraiment les jetons) 😂. Après ce n’est pas un jeu indé 🙁

    • Carrément ! Oui c’est parfois un tout petit peu grinçant haha.

      Maaais je gère pas les jeux flippants moi, vous voulez tous ma mort ou quoi ? 😀 (Par contre oui, Arkham Asylum a l’air bien stylé ! Et j’ai aussi le droit à quelques incartades côté catalogue AAA de temps en temps, tu sais 😉 )

  5. Alice je l’ai encore jamais fait mais j’en entends que du bien. Fran Bow et Little Misfortune je l’ai pris mais pas encore eu le temps de m’y mettre. Still There me m’attire beaucoup.

    Bref, une bien jolie sélection que tu nous as fait encore une fois (sachant qu’on pourrait ajoute des indés que tu as déjà testé pour JSUG et qui touchent à la thématique).

    • Oui je ne me rendais pas compte qu’il était aussi connu ! 🙂

      Ah ben je serai bien curieuse d’avoir ton avis sur Fran Bow, et Little Misfortune est dans ma liste aussi ! Et puis comme je te le disais, très curieuse que tu testes Still there aussi. Bref t’as du boulot 😀

      C’est vrai que j’aurais pu rajouter certaines anciennes chroniques !

  6. Oh, comme d’habitude, merci pour ces belles découvertes qui sortent de l’ordinaire. Il est vrai que le thème de la folie peut harmoniser l’expérience ludo-narrative, mais aussi la rendre très dérangeante. Dans tous les cas, c’est très utile pour les jeux horrifiques ou pour rendre un protagoniste peu fiable.

    • Merci à toi pour ce soutien constant ! 🙂 C’est exactement ça, je t’avoue que j’ai une préférence pour les protagonistes peu fiables (déjà que les jeux d’horreur j’ai du mal à les gérer, alors si en plus ils utilisent la carte de la folie, l’angoisse est maximale) mais ça se prête très bien au média vidéoludique !

  7. Les premières minutes d’Outlast aussi m’ont fait très peur (pas du tout le 2, que j’ai lâché parce que bon, il n’y avait pas assez d’ambiance et d’intrigue à mon goût, c’était surtout du gore). Le premier est d’un autre gabarit je crois bien !

    Fran Bow a l’air très malsain, et les graphismes renforcent complètement ce sens avec ce faux air de film d’animation qui devient sanglant. Je ne connaissais pas du tout ce jeu, je me le note même si je joue rarement sur PC. Par contre, j’adore American McGee’s Alice et Alice Madness Returns. Les deux sont des merveilles même s’ils ont des styles un peu différents, et j’attends avec impatience le 3e volet (toujours en cours de pré-production donc pas pour de suite, c’est clair). C’est l’un des jeux que je préfère, avec son ambiance fidèle au roman et en même temps touss ses mondes si différents, si marqués… il est simplement superbe, et j’adore autant la folie qui s’en dégage, que ses références à Lewis Carroll. Je comprends trop bien ta passion pour ce jeu, je pourrais en parler des heures !

    Je ne connais pas non plus The Cat Lady, ni Still There, mais je te remercie de les décrire et d’en parler ainsi. J’aime beaucoup le thème de la folie dans les jeux vidéo, souvent parce qu’il y a un aspect psychologique très poussé derrière. Et ces deux-là semblent en faire bien partie, même dans des univers différents. Je me les note. De toute façon, j’adore les jeux qui jouent avec des visions de la réalité, où les personnages sont plus ou moins fous, même si c’est bizarre !

    Dans les autres jeux traitant de ce sujet, il y a aussi Hellblade (atmosphère viking, héroïne atteinte de psychose et le gameplay, les énigmes s’en ressentent… un coup de coeur ce jeu). Bon, on ne présente plus Silent Hill 2. Layers of fear est aussi très très bon dans son traitement de la folie. Je m’étonne de ne pas en connaître d’autres, mais du coup j’ai bien envie de continuer à m’intéresser à ce thème dans les jeux.

    • Pour Outlast, le pire c’est que j’ai même pas eu le temps de voir quoique ce soit, mon copain a dit “t’as vu qu’il y avait quelqu’un à la fenêtre ?” et j’ai hurlé et lancé la manette par réflexe haha.

      Fran Bow est vraiment particulier, j’ai longtemps hésité à me lancer et finalement ce mélange de gore et d’innocence m’a fascinée. Et j’ai bien pensé à toi en mentionnant Alice, j’avais cru comprendre que c’était une licence chère à ton coeur, et je comprends bien pourquoi !

      C’est vrai que je présente beaucoup de jeux PC, le catalogue de Steam est une source intarissable de jeux indé alléchants mais je devrais jeter plus souvent un oeil sur les propositions des consoles.

      Ah c’est pas la première fois que je te vois mentionner Hellblade (notamment chez F. de l’O, si je ne m’abuse !), ça y est, je viens de l’ajouter à ma wishlist ! 😀 Je t’avoue que je pensais aussi trouver plus de jeux sur ce thème, j’ai séché plus vite que prévu… Pourtant le potentiel est infini !

      • J’imagine la scène pour Outlast, ça devait être drôle à voir mais pas du tout sympa pour toi ! Un jour, peut-être qu’on aura du courage !

        Oui, Alice est vraiment chère à mon coeur, autant qu’Hellblade ! Tu me diras ton avis si tu y joues… après, je comprends aussi que tu pioches beaucoup sur pc, ça doit être plus facile pour nombre de développeurs de sortir ces jeux sur ordi que console. Il y a forcément tout un catalogue intéressant là-bas. Il faudra que je m’y penche, surtout avec tes suggestions.

        Le potentiel est infini mais je pense qu’ils ont un peu de mal à déjà équilibrer la peur/l’atmosphère sans forcément user du gore ou des screamers. Les jeux d’horreur sont sûrement parmi les moins évidents à produire pour qu’ils tiennent la route !

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