Après mon article très sportif sur le studio Koality et le très calorique Sugar Game de Bart Bonte, j’ai décidé de partir dans un registre totalement différent pour le test d’aujourd’hui. Préparez éventuellement vos mouchoirs… car nous allons tester Bird Alone, un jeu mobile publié en 2020 et conçu par l’Anglais George Batchelor, avec, comme équipe pour l’assister, Allissa Chan (concept art), Daisy Fernandez (poèmes) et Eli Rainsberry (audio).

Ce que tout le monde veut, c’est d’être compris 

J’ai commencé par présenter Bird Alone comme un jeu mobile. Mais en réalité, il s’agit plus exactement d’une expérience mixte entre un animal virtuel, des mini-jeux et une application de réflexion. Cela vous semble sans doute obscur, écrit comme ça. Mais pas de panique : en décrivant son contenu, le tout va s’éclaircir.

Au tout début de Bird Alone, nous rencontrons le fameux « oiseau seul » du titre : un perroquet  coloré doué de parole. Et sans nom, puisque « Quand on est seul, on n’a pas besoin de nom ». Très rapidement, désireux de briser sa solitude, il vous propose son amitié. Ce que vous n’avez pas vraiment le choix d’accepter puisque sinon, bah autant désinstaller l’application.

Bird Alone (2020), George Batchelor, capture d'écran 1 (MICHEL, L.).
L’oiseau sur l’écran principal du jeu. J’ai nommé le mien Mister Oizô.

Après vous être présenté et avoir nommé votre perroquet (qui n’est pas en cage, lui), ce dernier vous emmènera faire des activités afin de cultiver votre amitié naissante. Il vous confiera également ses pensées sur des thèmes assez variés tels que le changement, l’art, la peur, etc.

Bird Alone : tu aimes passer du temps seule sur mobile ? 

Élément important : le temps de jeu est limité à quelques minutes par jour. Pour chaque session, l’oiseau vous confie ses pensées et vous invite à partager une activité. Puis, il vous propose de revenir plus tard ou le lendemain car « Il a besoin de passer du temps seul, et pense assez lentement ». Vous pourrez bien entendu revenir plusieurs fois par jour, il vous accueillera avec plaisir. Cependant, il n’y aura rien de spécial à dire ou faire jusqu’au lendemain. Et pour les plus impatients d’entre vous, pas la peine de lancer l’application à minuit et deux minutes. Il dort à cette heure-là ! Il faudra donc attendre des heures plus respectables pour voir votre compagnon à plumes.

Le but est donc de revenir chaque jour sur le jeu mobile pour passer un peu de temps avec votre oiseau. Et à chaque nouvelle journée, le perroquet vous emmènera éventuellement à la découverte d’un nouveau lieu (six en tout) ou vous proposera une activité différente. Ainsi, selon les jours, vous complèterez des poèmes ensemble, dessinerez à partir d’un thème précis (ce qui te rend heureux, ton plus lourd secret, etc.) ou — activité disponible tous les jours à votre guise —, jouerez de la musique grâce à une cascade et des végétaux aquatiques présents au pied de celle-ci. La cascade vous permettra par ailleurs de récupérer des plantes. Vous pourrez ensuite replanter celles-ci dans le « Jardin de nos rêves et espoirs », un lieu accessible à partir du second jour. Au fil du temps, les différentes plantes grandiront et produiront des sons mélodieux.

Bird Alone (2020), George Batchelor, capture d'écran 2 (MICHEL, L.).
Une cascade et des plantes aquatiques pour jouer de la musique !

Ah, et plus dans une optique « animal virtuel », vous pourrez aussi nourrir votre oiseau avec des agrumes et lui faire des petites gratouilles sur le bidou. Parce que quand même, il est très mignon.

Tu penses à la mort parfois ?

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, Bird Alone ne fait pas exception. En version complète, le jeu mobile s’étend sur une vingtaine de jours.

Spoiler alert : au bout d’un moment, votre oiseau sentira sa fin arriver. Il appréhende ce moment et partagera avec vous ses craintes. Mais au final, il est heureux de vous avoir eu à ses côtés. Et un jour, lorsque vous vous connecterez de nouveau, il sera parti.

Car comme je l’expliquais plus haut, Bird Alone est, d’une certaine manière, une expérience réflexive. Les pensées livrées par le perroquet nous amènent à nous questionner philosophiquement. En particulier sur les thèmes de l’amitié, des changements inévitables et de la perte d’un être cher. Et plus précisément, une fois notre proche parti, sur tous les souvenirs partagés qui, eux, ne disparaissent pas de sitôt et permettent de se remémorer les moments passés ensemble.

Le tout peut paraître quelque peu « facile » décrit comme ça, mais je peux vous assurer que l’expérience semble fonctionner sur beaucoup de monde. Pour preuve les reviews sur le Google Play Store et les commentaires sur des vidéos Youtube : pas mal de personnes ont été émotionnellement touchées par les thèmes abordés, matérialisés ici par le temps passé avec notre oiseau, puis par sa disparition. Certaines, apparemment, ont même reproché au développeur le fait que le jeu pouvait les amener à déprimer, en particulier durant la crise de Covid.

Vous êtes donc prévenus : des sujets difficiles sont abordés, et nous ne sommes pas toujours psychologiquement prêts pour une expérience de ce type. 

Bird Alone (2020), George Batchelor, capture d'écran 3 (MICHEL, L.).
Un exemple d’activité : le dessin. Mister Oizô veut connaître ma plus grande phobie.

Mais si les thèmes abordés peuvent être poignants, le jeu mobile Bird Alone permet néanmoins une très bonne catharsis. Il se veut également un espace apaisant. C’est par exemple pour cela que notre oiseau nous demande chaque jour comment nous nous sentons. En plus de créer une conversation sur notre humeur du jour, il nous amène également, via ce procédé, à méditer sur nos émotions.

En toute honnêteté, je dois avouer avoir moi aussi été touchée par notre ami à plumes. Par ses réflexions, il peut nous renvoyer à des souvenirs plus ou moins heureux de notre existence. C’est sans aucun doute pour tout l’attachement émotionnel qu’il peut créer chez les joueuses et joueurs que Bird Alone s’est vu décerner, parmi d’autres sélections officielles et nominations, les prix du vainqueur aux Google Indie Game Festival 2021 et aux Apple Design Awards la même année.

Et pour les autres éléments de Bird Alone ?

J’ai beaucoup parlé du déroulement du jeu, mais un petit mot tout de même sur les graphismes et la musique. Les visuels sont très plaisants. Un petit détail : un effet 3D est présent lorsque vous bougez l’écran, ce qui permet de jouer quelques peu sur la perspective. Pas que cette fonctionnalité soit essentielle, mais le détail reste amusant et ajoute de la personnalité au jeu. Concernant la musique et le sound design, j’ai trouvé ces éléments très bien réalisés et prenants. Le tout offre une expérience assez immersive et émouvante. George Batchelor a bien choisi son équipe pour proposer un résultat très harmonieux.

À noter également que plusieurs langues sont disponibles, dont le français. Quelques petites fautes sont parfois à déplorer malheureusement, mais rien de trop méchant. Ces petites erreurs de traduction sont l’un des seuls défauts que j’ai pu trouver à Bird Alone. Pour le reste, même si j’ai trouvé l’expérience magnifique, j’aurais apprécié un ou deux mini-jeux en plus. Surtout à 3,49 € en version complète puisque, en version gratuite, vous ne pouvez tester que quelques journées. De plus, certains parmi vous considéreront sans doute frustrant de ne pouvoir jouer que quelques minutes par jour. Je n’ai cependant pas trouvé ce choix dérangeant car, selon moi, il représente bien comment fonctionne une relation : chacune des parties a besoin de passer du temps ensemble, mais également seules ! 


En résumé : pour une expérience mixte entre animal virtuel, mini-jeux et application réflexive sur laquelle méditer quelques minutes par jour, l’émouvant jeu mobile Bird Alone pourrait vous surprendre. Et peut-être même vous prendre aux tripes ?

La note de la rédaction
  • Graphismes - 9/10
    9/10
  • Musiques - 8/10
    8/10
  • Histoire/dialogues - 9/10
    9/10
  • Mini-jeux - 7/10
    7/10

Les plus et les moins

✔︎ De jolis graphismes.
✔︎ Une bande-son très chouette.
✔︎ Un oiseau attachant, et des discussions émouvantes.

✘ Un ou deux mini-jeux en plus auraient été appréciés.
✘ Gameplay limité à quelques minutes par jour en version gratuite.

8.3/10

2 réponses

  1. C’est un jeu éphémère , après 20 jours tu fais quoi du jeu ^^. Un perroquet en plus ça vit très longtemps, j’en ai eu 2 , au-delà des 60 ans, et en plus qui parle. Bonjour, aurevoir, et parlant la langue de leur région en Afrique et sachant faire le train parce le conjoint de la femme qui les possédait était au chemin de fer. Des perroquets ça peut mettre l’ambiance. A éviter de posséder, ce n’est pas le côté en cage, cela crie stridant et il faut comme tout oiseau, avoir beaucoup d’hygiène et laver leur cage tous les jours et plus. Ce que les gens font très peu avec un oiseau. Du coup cela pue l’enfer, j’ai déjà été chez des personnes, possédant des petits titis et tu sens direct quand tu rentres dans la maison qu’il y a un problème. ^^

  2. Très curieuse expérience que ce jeu visiblement ! Le côté ne passer que quelques minutes par jour sur l’appli, à parler avec l’oiseau, contribue sûrement à rendre le jeu émouvant et avec une compréhension particulière. Je trouve ça intelligent et cela donne vraiment la sensation d’une relation, une manière différente d’appréhender le temps (comme le jeu dont je ne me rappelle plus le nom, sur pc,où il faut que 200 jours environ s’écoulent et où on ne peut aller qu’à un certain rythme) D’ailleurs c’était aussi né pendant le confinement). Parfois, il n’y a pas besoin de choses très élaborées pour faire naître l’émotion, mais simplement une manière singulière d’aborder le joueur et de le pousser à réfléchir ! Merci pour cette découverte Léanna !

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