Pourquoi les jeux vidéo laissent tomber les tutoriels obligatoires

Pourquoi les jeux vidéo abandonnent les tutoriels obligatoires au profit d’un apprentissage plus fluide et immersif.

En vingt ans, le jeu vidéo a beaucoup changé… Les studios, qui imposaient autrefois de longues séquences d’apprentissage, repensent désormais leur approche, au profit d’une découverte plus organique, plus élégante et surtout plus respectueuse des joueurs.es. Ce virage n’a rien d’anodin : il traduit à la fois une meilleure compréhension du game design et une évolution très nette du public.

En France, le jeu vidéo est aujourd’hui un loisir profondément installé dans le quotidien. Le dernier bilan SELL/Médiamétrie indique que 88 % des joueurs sont des adultes, avec un âge moyen de 40 ans. Bref, dans ce contexte, traiter systématiquement le public comme un novice qu’il faudrait guider pas à pas n’a plus grand sens… Quand une large partie de l’audience a déjà accumulé des années de pratique, les tutoriels obligatoires dans les jeux vidéo peuvent vite sembler lourds, artificiels, voire condescendants.

Les tutoriels obligatoires : une habitude de design contre-productive ?

À l’époque des consoles de sixième et de septième génération, le tutoriel imposé s’était presque transformé en passage obligé. Les studios voulaient s’assurer que personne ne se perde dans des systèmes complexes, peu lisibles ou mal introduits. On enchaînait alors les messages à l’écran, les séquences verrouillées, les explications détaillées sur chaque bouton, parfois avant même que le jeu n’ait réellement commencé.

Le problème, c’est que cette approche mettait tout le monde dans le même panier… Le vétéran d’une licence devait alors subir les mêmes consignes élémentaires que le parfait néophyte. Résultat des courses : on retardait l’entrée dans le « vrai » jeu, on cassait l’élan, et l’on donnait parfois au joueur l’impression d’être pris par la main plus que de raison.

Pas de tutoriel obligatoire dans les jeux Dark Souls
Il n’y a pas de tutoriel obligatoire dans les jeux Dark Souls.

Mais avec le temps, beaucoup de studios ont compris qu’un tutoriel obligatoire n’était pas toujours synonyme de clarté. À force d’expliquer, on peut aussi ralentir, diluer l’immersion et étouffer la curiosité. Or, dans un médium interactif, apprendre fait déjà partie du plaisir.

Le nouvel onboarding : apprendre en jouant, pas en lisant

Aujourd’hui, les jeux vidéo qui marquent durablement sont souvent ceux qui parviennent à enseigner… mais sans donner l’impression de le faire. L’environnement, la disposition des obstacles, le placement des ennemis, la répartition des décors voire encore la structure même du level design deviennent alors de véritables outils pédagogiques. Ainsi, le joueur comprend en expérimentant, en observant, en échouant également parfois, mais rarement parce qu’une fenêtre de texte lui a tout mâché.

Et c’est précisément ce qui distingue un simple tutoriel d’un véritable onboarding ! Chez JSUG, nous l’avions d’ailleurs bien montré dans notre analyse du game design de Hyper Light Breaker : introduire un joueur à un univers, à des règles ainsi qu’à des mécaniques ne consiste pas seulement à lui expliquer des commandes, mais à construire une montée en compétence cohérente et progressive. Et lorsque cet onboarding manque sa cible, la frustration naît moins du challenge en lui-même que de la difficulté à comprendre ce que le jeu attend réellement du joueur.

Des jeux comme Dark Souls, The Legend of Zelda: Breath of the Wild ou Hollow Knight ont largement contribué à populariser cette philosophie. Ils n’interrompent pas constamment le joueur pour lui expliquer quoi faire. À la place, ils utilisent le terrain, les situations et la logique interne du monde pour faire naître l’apprentissage. C’est plus exigeant à concevoir, mais infiniment plus gratifiant à vivre !

Quand d’autres secteurs adoptent la même logique

Cette logique de découverte organique dépasse le cadre du jeu vidéo. Dans le secteur des services numériques, à titre d’exemple, la tendance est à la simplification des parcours d’entrée. Un casino en ligne sans vérification illustre assez bien cette approche : permettre à l’utilisateur d’accéder directement à l’expérience, sans friction administrative préalable, répond à la même philosophie d’immédiateté que le jeu sans tutoriel.

DayZ, un jeu vidéo sans tuto
Des jeux comme DayZ rappellent qu’un minimum d’accompagnement n’est pas toujours un luxe.

Cela n’est pas un hasard si ces deux univers convergent. Les utilisateurs modernes, qu’ils jouent sur console ou surfent sur des plateformes en ligne, partagent les mêmes attentes : plonger rapidement dans l’expérience, en assimiler vite les codes et conserver la maîtrise de leur apprentissage.

Ce que les joueurs gagnent vraiment avec l’exploration libre

Supprimer les tutoriels obligatoires, ce n’est pas seulement aller plus vite ! C’est surtout redonner au joueur un sentiment de « compétence ». Lorsqu’on comprend soi-même une mécanique, qu’on identifie une règle par l’expérimentation ou qu’on découvre une solution sans qu’elle nous soit dictée, le plaisir ressenti devient beaucoup plus fort ! Ce sentiment d’évolution personnelle pèse lourd dans la relation que le joueur tisse avec un jeu.

Ici encore, les chiffres français sont révélateurs. Selon le SELL, 76 % des joueurs jouent au moins une fois par semaine, et les joueurs réguliers consacrent en moyenne 7 heures 55 par semaine aux jeux vidéo. Ce niveau d’engagement montre bien qu’on ne s’adresse plus à un public occasionnel qu’il faudrait rassurer à chaque instant. Les joueurs veulent entrer vite dans le vif du sujet, mais également comprendre par eux-mêmes, expérimenter, tester, parfois se tromper, puis maîtriser.

Cela ne signifie pas que les tutoriels obligatoires sont devenus inutiles. Certains jeux très systémiques, très techniques, voire destinés à un public plus large, bénéficient encore d’un accompagnement plus explicite. Mais la tendance de fond reste claire : on ne veut plus interrompre le joueur à tout bout de champ. On veut lui faire confiance. Et cette confiance change énormément de choses dans la façon dont un jeu est perçu.

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2 réponses

  1. Oui c’est vrai les joueurs sont plus vieux qu’on ne le pense et de ce fait les tutos ne sont pas toujours intéressant à parcourir !

    Maintenant, certains jeux en demande, être lancé sans repère peut vite dégouter le joueur.

    Au début, on se demande où on doit se rendre et l’objectif n’est pas toujours clair.

    Cela peut faire fuir vite, quand tu sais que le jeu fait du temps de jeu, pourquoi s’investir dedans si c’est pour se retrouver coinçé tous les 30 minutes par exemple….

  2. Cet article tombe à pic !

    En ce moment je joue beaucoup à Crimson Desert (ce jeu de dingue ❤️) et je trouve que l’aspect tuto aurait mérité d’être mieux pensé.

    Tu peux faire tellement de choses dans le jeu que des rappels réguliers auraient été bien utiles (au moins pendant les premières heures) car parfois je suis carrément largué.

    Mais en même temps j’apprécie la liberté que les dévs laissent au joueur. Pour le coup on apprend pas mal par nous mêmes.

    Bref, choisir de guider le joueur ou non, c’est un équilibre à trouver. Et ce n’est pas facile…

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