J’ai beaucoup d’affection pour la saga The Longest Journey, dont le premier opus représente mon tout premier achat sur Steam (oui, je me suis amusée à vérifier, et non, ce n’était pas si amusant que ça). Son créateur a ensuite fondé son propre studio (Red Thread Games) avant de développer le dernier volet, Dreamfall: Chapters, une aventure épisodique ambitieuse qui est sortie dans sa forme définitive en 2017, concluant ainsi une histoire de presque vingt ans. Inutile de dire que j’étais curieuse de voir ce que Red Thread Games proposerait après ça. Et c’est ce qui m’amène à ce test de Draugen, sorti sur Steam le 29 mai 2019 et présenté comme une enquête se déroulant en Norvège en 1923, où Edward Charles Harden recherche sa sœur disparue dans des circonstances mystérieuses. Alors, ce jeu est-il à la hauteur de ses prédécesseurs ? Retrouve-t-on la même complexité narrative qui a fait la force de The Longest Journey ? Le temps de remercier Red Thread Games pour sa confiance, tentons de répondre à ces questions. Je vous rappelle aussi que JSUG est maintenant curateur Steam. Venez nous rejoindre !

Test de Draugen : gare aux fausses attentes

Au vu du résumé et de la présentation sur les plateformes de vente, j’avais en tête un long jeu d’enquête, avec des énigmes et une ambiance potentiellement angoissante. Du coup, je clarifie d’emblée : Draugen est en réalité un walking simulator paisible, sans puzzles et qui se termine en trois heures. Aucune de ces caractéristiques n’est un défaut en soi (et tu sais que j’aime les jeux courts et les walking sim), mais l’expérience étant très différente de celle à laquelle je m’attendais, j’ai dû faire face à une petite déception qui n’a rien à voir avec le jeu en lui-même. Forcément, ça m’interroge : le terme de walking simulator continue d’effrayer les développeurs bien qu’il ait perdu sa connotation négative, est-ce que ça explique cet étiquetage imprécis ? Quoiqu’il en soit, maintenant que tu sais où tu mets les pieds, laisse-moi te présenter Draugen comme il se doit.

Chronique de Draugen
Ta mission : retrouver ta sœur Betty…

Tu incarnes Edward, qui se rend sur l’île de Graavik avec sa jeune acolyte Alice sur les traces de sa sœur Betty. Ton arrivée avait été planifiée à l’avance, mais une fois sur l’île, tous les habitants semblent absents, y compris tes hôtes… Dans un décor idyllique de Norvège, plongé dans une culture et une langue que tu ne maîtrises pas, il te faudra élucider un double mystère : retrouver Betty et découvrir ce qu’il est advenu de la communauté de Graavik.

Une très belle enveloppe

Commençons par le positif : comme tu peux le constater dans la bande-annonce, les graphismes sont vraiment beaux. L’île n’est pas grande, et tu reviendras souvent dans les mêmes zones, mais le charme des paysages balaie tout risque de monotonie. La musique souligne agréablement le décor, permettant une belle immersion dans le folklore norvégien. Le dépaysement m’a vraiment plu, autant dans le cadre que dans la langue : tous les textes que tu trouves (lettres, panneaux, notes…) sont en norvégien, et Edward ne les comprend que partiellement. D’entrée, Draugen présente donc des similitudes avec Generation Zero, jeu testé par Eric et dont la trame se déroule chez le voisin suédois ! Reste que cela offre un terrain intéressant pour des puzzles, j’aurais d’ailleurs aimé que ce soit un peu plus exploité.

Avis sur Draugen
L’arrivée à Graavik propose déjà de magnifiques tableaux.

Les personnages sont globalement satisfaisants, eux aussi. Les mouvements d’Alice sont fluides, notamment lorsqu’elle fait des acrobaties (les développeurs disent avoir utilisé de la motion capture). Les doublages en anglais sont convaincants et contribuent à façonner les caractères d’Alice et Edward. Je suis moins emballée par les sous-titres francophones, aux formulations parfois hasardeuses, même s’ils ne freinent pas la compréhension de l’histoire. Pour revenir au décor, Edward peut parfois s’asseoir et dessiner le paysage, que tu retrouves ensuite dans ton journal de bord. C’est un bonus sympathique, et la confirmation que dans Draugen, on en prend plein les yeux.

Un contenu plutôt timide…

Je vais émettre plus de réserves quant aux mécaniques de jeu et à l’enquête en elle-même. Ne t’attends pas à de l’exploration : si tu peux régulièrement te balader au gré de tes envies, ta prochaine action sera toujours indiquée dans ton champ de vision à l’aide d’un rond blanc, ce qui force une expérience très linéaire. Les seules interactions consistent à ramasser des objets (sans pour autant avoir accès à un inventaire), lire des textes ou observer des endroits précis pour déclencher des dialogues : ce n’est pas surprenant pour un walking sim, mais ça ne donne pas vraiment l’impression d’être dans la peau d’un détective… On est finalement très passif.

test de Draugen sur PC
Alice ne perd jamais une occasion de montrer ses talents d’acrobate.

Pour le scénario, il se sépare en deux trames narratives finalement peu reliées, si bien qu’à la fin j’ai eu de la peine à tout réunir. L’histoire en elle-même est intéressante et j’avais envie d’élucider les différents mystères, elle aurait peut-être mérité d’être poussée plus loin. Quant aux choix de dialogue, il n’ont aucune incidence sur le déroulement du jeu (contrairement à Dreamfall: Chapters, qui utilise la même mécanique mais avec de vraies conséquences ; là encore, je me suis fait avoir par mes propres attentes biaisées). J’ai par contre aimé être aux commandes d’un narrateur peu fiable, qui se focalise uniquement sur la recherche de sa sœur, n’écoute pas les conseils d’Alice et semble perdre pied avec la réalité. Là aussi, l’exploitation en est un peu timide, mais la démarche ne manque pas d’intérêt.

Acheter ou ne pas acheter Draugen ?

Malgré les reproches que je peux faire dans ce test de Draugen (certains totalement subjectifs, et d’autres plus fondamentaux), je ne veux pas te décourager de tenter l’expérience. Je reste très friande de ces jeux à atmosphère, qui t’emmènent ailleurs et osent un scénario élaboré. Au final, lorsque j’ai compris que j’étais dans un walking sim et qu’on ne me demanderait pas de m’improviser détective, j’ai pu apprécier le voyage et dénicher un tas de belles surprises sur ma route. Il ne peut que souffrir de la comparaison avec Dreamfall, un projet d’une toute autre ampleur porté par une communauté déjà solide et passionnée, et je crois que Draugen gagne à être approché avec un esprit neuf.

Test de Draugen
On pourrait rester des heures à admirer la vue !

Finalement, Draugen me laisse surtout un goût de trop peu, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. J’aurais voulu le voir aller plus loin dans sa démarche (que ce soit pour la folie d’Edward, la complexité de l’histoire, la relation entre les deux héros, l’exploitation de la langue ou l’atmosphère pas assez oppressante) mais il semblerait que l’aventure ne soit pas finie, puisque le générique de fin nous annonce qu’Edward et Alice seront bientôt de retour. Je vois donc Draugen comme un amuse-bouche, une façon de tâter le terrain avant de se lancer dans un projet plus large… Et au vu de ce que Red Tread Games est capable de faire, j’ai vraiment hâte de voir ça et j’achèterai la suite sans hésiter !


Pour apprécier Draugen, je pense qu’il est indispensable de l’aborder avec les bonnes attentes : ce n’est pas un nouveau Dreamfall, et ce n’est pas non plus l’open-world survival-horror annoncé il y a cinq ans (j’aimerais bien savoir ce qui s’est passé entre-temps pour qu’il prenne une direction aussi différente). J’ai volontairement proposé ce test de Draugen en faisant abstraction des promesses passées pour lui donner une chance dans son état actuel, et j’espère encore qu’il soit un genre de démo pour un futur projet plus ambitieux. Dans tous les cas, si tu aimes les walking simulators et les beaux décors norvégiens, je t’encourage à tenter ce jeu, qui ne manque pas de qualités si on excuse ses propositions un peu timides ! À présent, tous à vos claviers !

La note de la rédaction
  • Graphismes - 8.5/10
    8.5/10
  • Gameplay - 6/10
    6/10
  • Scénario - 7/10
    7/10
  • Durée de vie - 6/10
    6/10

Les plus et les moins

✔︎ Des décors magnifiques et immersifs.
✔︎ De belles idées de scénario et de narration.
✔︎ Une durée de vie correcte pour un walking sim.
✔︎ Des personnages attachants !

✘ Une envie de pousser l'idée plus loin...
✘ Une histoire très linéaire.
✘ Peu d'interactions pour un cadre d'enquête.
✘ Des sous-titres français parfois maladroits.

6.9/10


Coline Métrailler

Scientifique dans l’âme et lectrice compulsive, les jeux vidéo forment un excellent moyen de combiner mes différentes passions. J’achète tous les jeux qui contiennent des animaux mignons, des meurtres mystérieux ou des bruitages à la bouche… J’espère que tu gères les grands écarts !

12 Commentaires »

  1. Celui-là je vais me le faire sous peu. Pour le coup, c’est vraiment le côté walking sim narratif posé qui me branche, donc c’est impeccable. À noter que l’ost est vraiment sympa (je me l’écoute assez régulièrement ces temps-ci, histoire de me mettre dans l’ambiance avec de lancer le jeu).

    Sinon, comme d’hab, merci pour le test, et je trouve cool la façon dont tu pondères tes propos en expliquant bien le côté subjectif des attentes (c’est une constante sur JSUG, mais comme on est pas forcément habituer par ailleurs à ce type de démarche – et c’est bien dommage – j’en profite ^^).

    • Oui je pense qu’il peut te plaire ! Je crois qu’il souffre surtout de tout ce qui a été annoncé bien avant sa sortie, mais c’est loin d’être un mauvais jeu en soi. Peut-être un peu timide par contre, j’espère vraiment qu’ils ont un projet plus audacieux en tête pour sublimer ce potentiel 🙂

      Les musiques sont effectivement chouettes !

      Pour ce test ça me paraissait encore plus important d’appuyer sur la subjectivité, parce que je n’ai lu que des reviews qui se plaignaient que ce ne soit pas un survival horror, ou qui critiquaient le fait que ce soit un walking sim parce que les testeurs n’aimaient pas/ne connaissaient pas ce genre et s’attendaient à autre chose. Alors qu’il peut plaire aux avertis !

      • Update : j’ai fait le jeu hier et franchement j’ai passé un très agréable moment. Alors, clairement, le gameplay est très léger et c’est effectivement linéaire. Mais l’ambiance est top, la relation entre Edward et Alice fonctionne parfaitement et l’ost de Simon Poole est un délice à écouter in game.
        Alors oui, comme tu le disais, on est très loin d’un survival horror (tant mieux dans mon cas, car j’aime pas spécialement le genre) et l’histoire s’apparente plus à ces petits romans qu’on peut lire les dimanches pluvieux au coin d’un feu quand l’automne cède sa place à l’hiver.
        Aimant ce genre de roman et d’histoire, j’avais rapidement anticipé les deux twists principaux, mais là encore ça m’a pas dérangé. Bref, pas un chef d’oeuvre, mais pas déplaisant. Soldé à un peu moins de 10 euros, si on aime le genre, c’est impeccable.
        Ensuite, pour rebondir sur la conclusion de ton test, le jeu semble plus effectivement faire office de long prologue à de futures aventures. Et si le studio poursuit cette voie-là en implantant plus de choses (pour ma part ce serait d’avoir plus de persos avec qui interagir et une narration à embranchement suivant des choix), ce sera avec plaisir que je retrouverai Teddy Bear and Lissie.

        • Ah mais tu me fais plaisir, on se rejoint sur tous les points !

          C’est exactement ça, pas le jeu de l’année mais une très jolie proposition qui, je l’espère, débouchera sur une suite plus touffue et plus aboutie. Une narration avec embranchements, c’est souvent risqué mais ce serait top ! (Et ils ont déjà de l’expérience en la matière). Pareil pour les PNJ, forcément ça ne s’y prêtait pas trop dans cet opus, mais ça donnerait peut-être un poil de dynamisme.

          Bref, merci pour ce retour détaillé, et ravie que tu aies aimé ces quelques heures à Draugen !

  2. Merci Coline pour ce très bon test. Draugen a l’air d’avoir une belle ambiance ! Par contre je trouve la durée de vie bien trop courte… Peut-être devrais-tu mentionner le prix du jeu dans ton test histoire qu’on se fasse une meilleure idée ? Bises !

    • Merci Bruno ! J’ai vraiment du mal à associer la durée de vie et le prix en fait… Pour moi la qualité et les efforts déployés par le studio peuvent justifier un prix un peu élevé même si l’expérience se termine en quelques heures (en plus, j’ai les prix suisses et c’est une vraie galère de changer la currency sur Steam haha). Mais globalement, il doit être dans les 20€ je suppose !

  3. J’avais beaucoup aimé The Longest Journey et Dreamfall à l’époque (j’ai commencé Dreamfall Chapters, mais je ne suis pas allée très loin : pas le bon mood, les graphismes m’ont aussi rebutée). Du coup, avec ton avis, l’atmosphère norvégienne, l’enquête, le thème de la folie, les paysages, Draugen pourrait éventuellement me plaire. Peut-être que la suite mènera vers l’open world d’horreur qu’il aurait dû être ? Mais oui, ça donne bien envie, même s’il n’est pas parfait !

    • Je ne suis qu’à la moitié de Chapters, il se consomme mieux à petite dose je trouve !

      Draugen est chouette, mais il faut vraiment aimer les walking sim : j’ai été quand même frustrée du manque de liberté pour le côté “enquête” qu’on nous promet. Je suis incapable de jouer à des jeux d’horreur plus de 10 secondes, mais j’avoue que j’aimerais bien voir ce que ça donne, j’espère qu’ils n’ont pas totalement abandonné l’idée !

  4. C’est le même principe que What Remains of Edith Finch dans un autre genre de scénario. C’est pas des mauvais jeux, certaines mécaniques sont bonnes mais pas assez développées. alors qu’il serait facile de le faire et d’en faire un jeu plus long. Après il faut les moyens financiers sans doute….3 heures pour ce genre de jeu, c’est suffisant. Je crois que j’ai dû mettre 2 heures pour finir edith , j’ai vu de très bonnes choses dedans, par contre je ne suis pas de l’avis d’une note de 17/20 que j’ai vu. C’est un jeu frustrant vu ces qualités car on a pas de liberté justement pour ainsi dire…c’est un walking simulator comme tu dis… ce mot cela me fait toujours penser à walking dead. Certains diront que ce n’est pas vraiment un jeu, ce qui n’est pas complétement faux. C’est là qu’il faut être open, si tu ne l’es pas, faut laisser tomber. Et encore ça m’est déjà arrivé de laisser tomber un jeu de ce genre parce que je n’arrivais pas à comprendre l’histoire.

    On est axé vers le nord en ce moment, c’est ce que je me disais aussi Suède, Norvège et après on se fait la Finlande, j’adore rouler en virtuel en voiture de rallye sur ces tracés enneigés, c’est un de mes rallyes préférés.

    On voit que tu y joues, que tu connais ton sujet, c’est l’avantage que tes conseils sont judicieux.
    Coline la grande influenceuse littéraire ^^.

    • C’est souvent le parti pris des jeux indépendants, tenter des choses différentes pour se distinguer, au risque de ne pas plaire à tout le monde 🙂 Moi je n’ai aucun souci avec les walking sim quand je sais dans quoi je me lance, là la difficulté est plutôt venue du fait que je m’attendais à un jeu d’enquête ! Mais il est chouette, et il annonce de belles choses pour la suite… J’attends quand même les développeurs au tournant pour qu’ils nous sortent un titre plus ambitieux et plus complet 🙂

  5. C’est vraiment dommage que l’aspect enquête ne soit pas plus poussé et interactif !

    J’ai un souci avec les walking simulators, on ne sait pas si c’est un jeu ou un roman graphique…

    Ceci dit tant que l’histoire vaut le coup d’être vue, ça mérite le détour !

    • Ah c’est un genre qui divise, c’est sûr ! Pour moi ce sont des jeux, sans aucun doute, mais c’est clair qu’ils sortent des codes classiques. Et effectivement, si on s’attend à une enquête, on peut être frustré…

      Je dirais que l’histoire est chouette, mais j’attends de voir ce qu’ils ont en tête pour la suite !

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