Cette fois, pas d’intro cheloue où je sniffe de la poudre de dictionnaire ou pense à je ne sais quel T-Rex licorne qui fait de la Vespa. Non, là, je vais vous parler d’une expérience incroyable que je viens de vivre, vous parler d’une œuvre qui m’a poussé à réfléchir à ce qui fait du jeu vidéo un média à part, vous parler d’un jeu que je n’oublierai probablement jamais. Après avoir pu tester le monument Final Fantasy VII Remake, c’est parti pour mon test de The Last of Us 2 sur PS4 ! Merci à notre partenaire Sony !

Test de The Last of Us 2 : un retour qui ne passe pas inaperçu

The Last of Us est une franchise d’action/aventure horrifique développée par Naughty Dog, un studio qui n’a plus besoin de faire ses preuves en termes de maîtrise. Naturellement, la suite de The Last of Us ne fait pas exception. Attention, je ne me vois pas parler de TLOU2 sans parler de l’histoire, il y aura donc des spoilers (annoncés par une balise SPOILER), ne parcourez pas ce texte en diagonale si vous ne voulez pas vous spoiler. Il y aura également un spoiler de la fin du premier opus dans le paragraphe suivant (pourquoi diable lisez-vous mon test si vous n’avez pas joué au premier goddamnit ?).

Test de The Last of Us 2
Les premiers plans du jeu annoncent déjà du lourd !

Le jeu est une suite directe du premier opus, dont la fin n’avait déjà laissé personne indifférent. Le jeu se terminait sur une scène touchante où Joel prenait une décision dont la part d’amour n’avait d’égale que la part d’égoïsme qu’elle impliquait : celle de sauver Ellie, mais de condamner l’humanité à subir l’infection par le cordyceps. Dans The Last of Us premier du nom, c’était l’Homme dans tout ce qu’il a d’imparfait qui était au centre de l’œuvre. Déjà là, ce n’était pas l’histoire ou le gameplay qui occupaient le cœur du titre, mais bien la psychologie des personnages.

Test de The Last of Us 2
Les décors sont juste incroyables.

Pourtant, les joueurs de tout bord semblent penser qu’il en va autrement. Sur les réseaux, on peut lire tout et son contraire. Première critique : l’histoire de cette suite n’est pas à la hauteur de son ancêtre. Cependant, lorsque l’on se penche sur l’histoire du premier opus, elle tient sur un timbre-poste et s’avère plutôt éculée… On trouve une personne immunisée, on doit la trimbaler d’un côté à l’autre du pays, on choisit de sauver la personne plutôt que l’humanité. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Il en va de même ici. D’un point de vue scénaristique, il s’agit d’une banale histoire de vengeance. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas grave, parce que ce n’est pas là le point central de l’œuvre. Le cœur de The Last of Us 2, c’est une impressionnante maestria des langages du jeu vidéo. L’impératif d’action du jeu vidéo prend ici tout son sens et se mêle à un récit à la dureté abominable, et ce, d’une manière qui m’a poussé à réfléchir à la nature du jeu vidéo et à ce qui fait la spécificité de ce média.

Un titre qui ne laissera personne indemne

Faire ce test de The Last of Us 2 n’a pas été de tout repos. Il faut dire que le jeu ne ménage personne : ni ses personnages, ni le joueur. Si vous avez l’âme sensible, passez votre chemin, ce titre n’est pas fait pour vous. Il ne s’agit pas d’une histoire de vengeance où la violence est magnifiée, mais bien d’un récit sale aux relents amers. Vous ne suivez pas la montée en puissance d’un personnage ou un quelconque voyage initiatique, mais sa descente aux enfers.

Test de The Last of Us 2
Les effets de lumières sont souvent somptueux !

En réalité, ce n’est pas tout à fait vrai. Grâce à un gameplay simple, mais parfaitement maîtrisé, la violence, bien que crue et souvent choquante, se révèle parfois jouissive. Au départ, on se prend au dynamisme des phases d’affrontement, aux possibilités d’embuscade, etc. On esquive, on frappe, et on tire à tout va en s’étonnant du feel incroyablement organique des combats. Mais tout cela, c’est pour mieux prendre le joueur à revers et le mettre face à ses actes. Cette apparente glorification de la violence se transforme en un cauchemar dont on semble ne jamais se réveiller.

TLOU 2
Le mode photo est très sympa à utiliser !

Là où les infectés ne sont que des masses presque anonymes qui ne peuvent être sauvées, les humains que vous affrontez sont loin de l’être. Au départ, on tue sans discernement, sans prêter attention aux cris gutturaux des mourants. Ensuite, au fil de l’histoire, on sent poindre le malaise. Après avoir atteint une étape importante, on prend conscience que cette foule d’anonymes n’est constituée d’étrangers que pour nous. On se rend compte que ces mêmes anonymes, que l’on massacrait avec un peu trop de zèle, ont peur, nous supplient, pleurent. Ils pleurent pour leur propre vie, mais pleurent également celle de leurs compagnons. Ainsi, il n’est pas rare d’assassiner un PNJ devant un autre, et que celui-ci se mette à hurler le nom de son camarade dans un élan de désespoir et de rage avant de vous charger pour le venger. Au contraire d’un Call of Duty, ici, les meurtres ne vous rapportent pas de médailles, juste une ou deux cicatrices de plus sur le corps… et dans votre âme.

Une vengeance douloureuse…

La vengeance, ce plat qui se mange froid, vous glace le sang dans les moments les plus durs, jusqu’à ce que votre cœur ne soit plus que pierre froide et amère. Elle semble être au centre du scénario, mais c’est bien de tristesse, de remords et d’obsession qu’il s’agit. Notre personnage ne dort plus, ne mange plus… Son quotidien est devenu un calvaire. Ellie n’est même plus à l’abri dans sa tête.

Guitare The Last of Us 2
Certaines scènes sont d’une puissance étonnante !

Durant ce test de The Last of Us 2, j’ai été pris au piège dans la même spirale de haine et d’amour que ses personnages. Vous faisant constamment osciller entre les deux, cette œuvre vous met face à vos propres sentiments contradictoires, à votre propre imperfection. Et c’est probablement ça qui gêne d’innombrables joueurs.


Spoiler


Le jeu commence par vous rappeler à quel point vous aimez Joel, ce fabuleux « papa du jeu vidéo » comme Émi me l’a si bien dit au détour d’une discussion à propos de nos traumatismes provoqués par ce deuxième opus. Et une fois que vous vous souvenez bien à quel point vous y êtes attaché, l’histoire lui inflige une mort cruelle, que votre personnage bien aimé ne méritait pas. Une mort violente, indigne, sale… Une mort qui vous marque dès le début. Le pire, c’est que vous y avez pris part, parce que vous avez joué Abby, la tortionnaire de Joel. Vous lui avez permis d’arriver jusqu’à lui. Et comme le jeu vous le dit à plusieurs reprises de manière détournée, même si vous ne l’avez pas tué directement, vous avez fait tout ce chemin pour en arriver là. Vous êtes autant coupable que l’est Abby.

Ayant assisté à la scène, Ellie décide de se venger. Et on la comprend ! Joel ne méritait pas ça. C’est ainsi qu’on entame une vendetta, que les ennemis de Joel et Ellie méritent mille fois pour la cruauté dont ils ont fait preuve, aucun doute là-dessus. Et puis… Le jeu a le culot de vous rendre complice de ce massacre… Un affront, qu’il vous faut effacer. Vous avez du sang sur les mains, et verser plus de sang encore semble être la solution pour vous débarrasser de votre culpabilité.

TLOU 2 village en feu
C’est le jeu le plus cinématographique que j’ai jamais vu !

Ensuite… vous vivez The Last of Us 2… Vous apprenez à connaître aussi bien les bourreaux qu’Ellie et Joel. Vous découvrez leurs motifs, leur quotidien, leurs difficultés, leurs amours… Sont-ils vraiment inhumains ? Méritent-ils ce qu’on veut leur infliger ? Et Joel ? Après tout, il n’était pas non plus blanc comme neige… Et là, votre vendetta légitime se floute !

Après avoir tué ces gens, ces assassins sans cœur, vous vous sentez aussi sale que lorsque vous avez participé involontairement au meurtre de Joel. Et cette fois, c’est pire : vous l’avez souhaité. Vous avez compris le désir de vengeance d’Ellie, peut-être aviez-vous vous-même envie de venger Joel. Mais voilà, au bout d’un moment, le jeu vous met dans la peau des tortionnaires, et vous vous rendez compte qu’ils ne sont pas moins victimes que vous ne l’êtes. Victimes d’injustice, victimes d’une situation qu’ils ne contrôlent pas, mais surtout, victimes de leurs propres imperfections. Vous les comprenez tous, vous les plaignez tous, vous les aimez tous.


Fin du spoiler


Le gameplay et la narration entrelacés

Et c’est bien en ça qu’excelle cet opus. Par le gameplay, par le fait qu’il vous oblige à aborder le récit sous plusieurs perspectives imparfaites, il vous transforme en partie prenante à la descente aux enfers que représente The Last of Us 2. Et ça, il n’y a qu’un jeu vidéo qui peut vous le faire vivre. Un film est par exemple nécessairement plus court. Dans un jeu vidéo d’une durée de plus ou moins 25 heures, vous avez plus de temps pour vous mettre dans la peau des personnages, pour les comprendre, pour vous identifier à eux. Vous n’avez pas seulement passé près d’1 heure 30 en leur compagnie, mais bien des dizaines d’heures.

Test de The Last of Us 2
Le retour des Fireflies ?

Naughty Dog en a clairement profité pour jouer avec le cœur des joueurs et pour faire vaciller leurs certitudes. Vous commencez en pensant incarner des héros, comme d’habitude, comme dans tous les jeux. On aime tous participer à une aventure épique, être valorisé, rendre le monde meilleur et se battre pour des causes justes, ou qui semblent l’être. Mais au final, dans The Last of Us 2, vous n’incarnez que des êtres humains, dont les imperfections sont aussi magnifiques qu’épouvantables, et dont les actes vont du merveilleux au sinistre. Ce jeu ne dépeint pas des évènements magnifiés, mais bien un univers cru aux élans réalistes perturbants.

Cheval TLOU 2
La glace casse sous les sabots des chevaux !

Durant ce test de The Last of Us 2, je me suis dit que la violence n’engendre que la violence, qu’il n’y a rien de beau là-dedans. Pourtant, j’ai compris les personnages, me suis surpris à éprouver de l’empathie à leur égard. À la manière d’un film comme The Devil’s Rejects, dont le Fossoyeur de Film vous parle très bien ici, ce titre m’a rapproché de l’horreur de manière dérangeante. Que ce soit Ellie, Joel, ou d’autres, pour finir, je ne savais plus qui j’aimais, qui je détestais, ils sont tous pareils, tous imparfaits. Ils sont tous beaux, ils sont tous laids, ils ont tous des aspects magnifiques, et affreusement cruels. Ils sont désespérément humains. Parce que c’est bien de l’humain qu’il s’agit. Quand on y pense, TLOU 2 n’est pas plus violent qu’un Doom Eternal (on utilise tout de même les os de nos ennemis pour leur crever leurs propres yeux…) ou encore que les derniers Tomb Raider, où on massacre des gens à tour de bras de manière particulièrement violente. Mais généralement, le jeu ménage son joueur, ces gens n’ont pas de nom, pas de famille, pas d’ami, pas vraiment d’objectif de vie, si ce n’est un but rarement louable, souvent aux élans monstrueux. Alors, nous, joueurs, mais surtout humains, pouvons nous cacher derrière une légitimité artificielle, et derrière cet anonymat. Après tout, on ne tue pas des hommes, on tue des monstres. La différence dans The Last of Us 2, que ce soit en tant que personnage ou en tant qu’humain, c’est que le monstre, c’est probablement nous…


The Last of Us 2 est une expérience à part et dérangeante à ne pas mettre entre toutes les mains. D’une violence crue, il en choquera plus d’un. Au bout du compte, vous sentez que vous avez été malmené, que les développeurs ont joué avec vos sentiments avec brio, que vous avez pris part à quelque chose dont vous n’aviez pas envie d’être l’acteur, et ça, il n’y a que le jeu vidéo qui peut vous le faire vivre. Vous pouvez acheter le jeu et soutenir JSUG en cliquant ici. 

La note de la rédaction
  • Graphismes - 9/10
    9/10
  • Gameplay - 8/10
    8/10
  • Bande-son - 10/10
    10/10
  • Expérience - 9/10
    9/10

Les plus et les moins

✔︎ Une expérience à part.
✔︎ Un gameplay simple, mais maîtrisé.
✔︎ Une bande-son à en couper le souffle.

✘ Un jeu à ne pas mettre entre toutes les mains.

9.0/10

 


Pierre-Yves Houlmont

Ceinture noire d'haltérophilie en parachute et passionné par la généalogie des pommes de terre, j'ai décidé de devenir rédacteur dans le domaine du jeu vidéo ! Einstein ne nous a-t-il pas mis en garde contre les pierres ayant tendance à rouler ?

13 Commentaires »

  1. Cher PY, qu’est-ce que tu décris bien tout ça…! Merci pour ton style, ton honnêteté dans ton analyse et la profondeur de tes réflexions ! Cela dit, désolée pour tous les fans de ce type de jeu, je n’irai jamais pour tout un tas de raisons qu’il serait trop long de développer ici. Tu as raison de dire que ce n’est pas un jeu à mettre entre toutes les mains.

    En même temps pour moi, ce jeu est représentatif de ce que ressentent vos jeunes générations et sans doute incontournable pour une certaine prise de conscience de notre époque en espérant que vos lendemains ne ressemblent pas à ça.

    Merciii PY et bisouxxx à tous.

    MiJo

    • Merci MiJo !

      Oui, je comprends tout à fait, on a chacun nos sensibilités 🙂

      Personnellement, j’aime beaucoup les histoires qui me forcent à me questionner sur la nature humaine, etc. D’un côté, ça me permet de mieux comprendre le monde, et souvent, de mieux me comprendre moi-même.

      Je me demande ce que tu veux dire quand tu parles de ce que ressentent nos jeunes générations, je suis curieux 🙂 On en discute quand tu veux, ça m’intéresse 😀

      Biz à toi MiJo !

  2. Tu te fais du mal, tu achètes un Alien de 30 cm(j’aime bien les films mais je ne mettrais pas ça dans mon salon ^^), tu joues à des jeux qui te bouleverse le mental.

    L’autre qui tricote des personnages de jeux vidéo. Non franchement vous commencez à me faire flipper tous les deux mdr.

    Blague à part, il va être émotionnellement intense apparemment. Doom Eternal, je vais le prendre aussi, il a l’air sympathique. Je me souviens à la fin de metal gear solid 2, se faire une réflexion sur le pourquoi du comment, il y a des jeux qui font réfléchir sur la vie et autre. Ceux qui jouent au metal gear solid dans le passé, il y a toujours une part d’émotion dans ce jeu.J’aimais bien le gameplay du premier the last of us. C’est fou tous les jeux qui sortent encore sur ps4, encore crash bandicoot 4, je ne suis pas prêt dans finir avec la ps4. Il y a comme dans le 1 du multi ? bien que je trouvais que ce n’était pas dispensable…?

    Pour le moment je joue à control, vraiment sympa comme jeu mais là faut une ps4 pro parce que la fat , c’est pas top quand il y a beaucoup de chose à l’écran….je comprend pourquoi il a eu des récompenses.

    La Ps4 a une plus belle fin de vie que la Ps3

    • Hahaha. Coline m’a troooooop donné envie de faire du crochet, c’est abusé !!

      Non, il n’y a pas de multi dans celui-ci, mais je trouve qu’il serait inutile d’en ajouter un.

      Et c’est vrai ce que tu dis pour la PS4, on a encore beaucoup de super jeux qui sortent pour le moment !

  3. Bravo PY c’est vraiment un super test ? L’un des meilleurs que j’ai lus sur le net. De plus j’ai déjà fait le jeu et c’est vrai que c’est une claque monumentale. Comme une flèche qui transperce ton âme je trouve.

  4. Enfin une expérience qui sort de l’ordinaire. Excellent choix que de faire vivre l’histoire à chaque bout du prisme. La violence est une idiotie et en comprendre les tenants et aboutissants peut faire du bien à certains.

  5. J’ai fait le jeu deux fois dans l’été et je confirme tout ce que tu dis à son sujet. L’histoire, la mise en scène et le gameplay ont provoqué des frissons dont ton superbe test a éveillé le souvenir. Bravo !

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