Aujourd’hui, j’ai envie de t’emmener sur un jeu un peu perché, un jeu destiné aux amateurs de jazz, d’astronomie, de philosophie, de films noirs, de propositions qui sortent des sentiers battus. Ce n’est pas la première fois que je te parle de jeux très particuliers (et paf, ça me rappelle mon amour pour Hypnospace Outlaw et Jazzpunk) et je sais d’avance qu’il ne parlera pas à tout le monde, mais qu’importe ! J’avais très envie de faire ce test de Genesis Noir, un petit bijou d’originalité que je vais te présenter immédiatement.

Ce jeu a été kickstarté avec succès il y a trois ans : il n’a pas dépassé de beaucoup le premier palier, on aurait donc pu avoir accès à pas mal de contenu additionnel si ça avait été le cas, mais rassure-toi, il se suffit parfaitement tel qu’il est. Il est développé par Feral Cat Den, un petit studio new-yorkais dont c’est le premier jeu, et édité chez Fellow Traveller (Orwell, Neo Cab, etc.). Je ne sais plus comment j’étais tombée sur sa page Steam, mais j’ai été immédiatement charmée par l’esthétique et le concept, il a donc dormi quelques mois dans ma liste de souhaits (avec une date de sortie qui disait « avant, pendant et après le Big Bang »). Et soudain, le voilà qui débarque le 26 mars, sur PC, Mac, Xbox One et Switch. Elle est pas belle, la vie ?

Genesis Noir, de quoi ça cause ?

Bon, c’est bien beau tout ça, mais je n’ai toujours pas parlé du jeu en lui-même. L’histoire de Genesis Noir est à la fois très simple et très obscure : on accompagne « Personne » alors qu’il tente d’empêcher un saxophoniste égocentrique d’assassiner la femme qu’il aime. Il lui faudra pour cela remonter aux origines du Big Bang, pour tenter de modifier le cours des événements et détourner le tir fatidique. Du moins, c’est ce que j’ai compris, je décline toute responsabilité en cas de résumé mensonger.

genesis noir jsug
Rencontre avec l’élue de ton cœur…

Au-delà de cette situation de base, le jeu va nous faire voyager dans une multitude de tableaux avec pour thèmes récurrents l’astronomie, le cosmos, mais aussi la musique jazz et l’ambiance des films noirs (alcool, bars enfumés, chanteuse sulfureuse, tu vois l’idée). Le tout est amené quasiment sans paroles et sans texte, toute la narration se faisant au travers des cinématiques et des actions à mener dans la partie. Pour le gameplay, on est grosso modo sur du Point’n Click assez intuitif, proposant parfois quelques puzzles mais dont l’interaction visera surtout à comprendre comment faire avancer l’histoire et accompagner le bon déroulement du jeu.

Un bonheur pour les yeux et les oreilles

La grande force de ce titre (et c’est ce qui m’a donné envie de rédiger ce test de Genesis Noir), c’est sa direction artistique. Les images sont fabuleuses, avec cette patte graphique originale, tout en suggestions, en mélanges de bleu nuit et d’or, au style épuré mais si riche de sens et d’interprétations. Chaque tableau est différent du précédent, tous viennent rajouter quelque chose à l’imagerie globale du jeu. On est sur une créativité folle, doublée d’un talent incontestable, et le résultat m’a tout bonnement émerveillée.

genesis noir test
Je suis fan de ces plans qui s’étendent à l’infini !

La musique n’est pas en reste : signée Skillbard, elle a notamment nécessité l’enregistrement d’un quintet de jazz et d’un orchestre à cordes. Elle se marie extrêmement bien avec l’ambiance visuelle, au point de faire parfois partie intégrante du gameplay : des indices sonores t’aideront à comprendre ce que le jeu attend de toi, d’autres chapitres sont basés sur de la musique générative et de manière générale, l’image et le son sont en harmonie parfaite. Franchement, essaie ce jeu au moins pour savourer son esthétique, et les moments de grâce de plusieurs cinématiques.

Jeu vidéo ou film interactif ?

Le principal reproche qui est fait à ce jeu, et je peux tout à fait comprendre pourquoi, c’est son manque d’aspect purement ludique. J’avais déjà évoqué la question des walking simulators dont certains considèrent que ce ne sont « pas des jeux » à proprement parler, en raison de leur faible interactivité : de mon côté, j’accepte une définition très large du jeu vidéo, et je suis friande de moyens innovants et insolites de raconter des histoires, donc je trouve parfaitement mon compte dans les walking sim. Mais tout le monde ne recherche pas les mêmes sensations en sélectionnant un jeu, et il est donc normal que je te mette en garde : tu ne trouveras aucune difficulté, aucun challenge et aucun véritable choix narratif dans Genesis Noir.

genesis noir jeu
La cible à abattre : l’odieux saxophoniste !

Pour autant, je dirais que le gameplay fait preuve de pas mal de créativité : loin d’être un Point’n Click traditionnel, le jeu te demande constamment de t’adapter à de nouveaux gestes et de nouvelles règles en fonction de la situation. Rien de technique, au sens que le but n’est pas de te piéger ou de te forcer à développer des talents particuliers, mais chaque manipulation qu’on attend de toi est en accord avec l’histoire, le décor, l’angle de vue et la musique du moment. Si, comme moi, tu es curieux de ce type de narration qui passe par tous les canaux possibles, tu ne pourras que trouver ton compte avec Genesis Noir. Alors certes, il y a quelques longueurs, et encore quelques endroits du jeu qui ne sont pas totalement intuitifs et qui peuvent casser brièvement le rythme si tu tâtonnes trop, mais les développeurs font encore un énorme travail pour fixer les petits bugs et s’adapter aux retours de la communauté, et depuis que je l’ai testé, certains des passages qui m’avaient donné inutilement du fil à retordre ont déjà été modifiés.

Genesis Noir, l’objet culturel inclassable

L’autre retour que j’ai pu voir passer dans les critiques plus négatives concerne le côté « prétentieux » de ce titre. Il faut dire que le combo musique jazz et métaphysique peut effectivement donner l’impression qu’on a voulu faire un truc malin que seule l’élite parviendra à comprendre. Franchement, je ne l’ai pas ressenti comme ça en y jouant, et je crois que le jeu a suffisamment de couches de lecture pour qu’on puisse savourer l’expérience même en passant à côté des finesses éventuelles du scénario. Je ne peux pas te dire que j’ai tout compris, j’étais même plutôt étonnée de voir jusqu’où ils ont poussé la question du Big Bang, mais je ne me suis pas non plus sentie idiote, frustrée, ou « jugée ». Genesis Noir n’est absolument pas un jeu inaccessible ou élitiste : c’est un jeu qui peut s’apprécier de plein de manières différentes, pour l’expérience visuelle, le scénario, les idées, l’inventivité, ou même pour se faire un trip pas tout à fait sobre entre potes.

genesis noir pc
Mais que ces graphismes sont bien pensés !

Bref, je m’égare, mais ce que j’essaie de dire dans ce test de Genesis Noir, c’est qu’on est là sur une vraie pépite de la sphère indépendante, avec tout ce que ça implique. C’est une vraie proposition artistique qui peut te renverser de ta chaise ou te laisser totalement indifférent si tu n’es pas réceptif à ce type de contenu. C’est un objet culturel hybride qui se réapproprie des codes des jeux vidéo traditionnels pour devenir quelque chose d’unique, entre jeu pas assez ludique et film pas assez passif, qui frustrera ceux qui veulent à tout prix lui mettre une étiquette et qui ravira ceux qui, comme moi, encouragent et admirent ce genre d’initiatives. Et c’est en tout cas un jeu infiniment beau, qui me restera longtemps en mémoire et que je referai certainement, de temps en temps, pour retrouver cette ambiance tout à fait unique.


En bref, je ne taris pas d’éloges dans ce test de Genesis Noir : la direction artistique est sublime, on tape dans des thèmes, des codes et des références culturelles qui me plaisent énormément et je suis le public parfait pour ce type de contenu (en même temps, quand les développeurs citent Botanicula dans leurs inspirations, c’est déjà gagné). Pour autant, il est évident que ce jeu ne plaira pas à tout le monde, que certains s’ennuieront à mourir et trouveront que décidément, la sphère indépendante part dans tous les sens. Si tu es comme moi, que la bande-annonce t’a charmé et que tu es tombé amoureux de l’esthétique de Genesis Noir, sache que tu peux désormais acheter la bande originale, l’artbook et même une BD numérique interactive qui retrace les origines de « Personne » (je suis la seule qui trépigne quand on parle de « BD numérique interactive » ?). Quoi qu’il en soit, tu peux compter sur moi pour continuer à te présenter des objets culturels insolites et audacieux, parce que ça fait partie des choses qui m’éclatent dans la vie. J’espère au moins que ça t’aura rendu curieux !

La note de la rédaction
  • Direction artistique - 10/10
    10/10
  • Durée de vie - 7/10
    7/10
  • Gameplay - 7/10
    7/10
  • Scénario - 8/10
    8/10

Les plus et les moins

✔︎ Est-ce que j'ai déjà parlé des graphismes ?
✔︎ Et de la musique ?
✔︎ Et de la proposition artistique dans son ensemble ?
✔︎ Non parce que vraiment c'est très stylé.

✘ Le dernier chapitre est un peu long.
✘ Et certaines actions sont répétitives.

8.0/10


9 Commentaires »

  1. Ohhhhhh non il est pas dispo sur PS4 😔 !! Rien que la bande annonce donne envie de jouer au jeu il a l’air d’avoir une ambiance tellement à part ! Merci de nous faire découvrir des petites merveilles à chaque fois ! PS : comment se lasser de tes bric-à-brac ?

  2. Chanteuse sulfureuse : oh que c’est beau ! mdr Heureusement que la scène indépendante part dans tous les sens, les jeux vidéo deviendraient soporifique à la longue.

    Mais il n’est pas “encore” sur ps4 pour le moment du coup…..

    Une BD interactive si ça concerne un jeu pourquoi pas mais bon lire un livre j’aime le prendre dans mes mains, toujours les yeux rivés sur un écran lumineux, ça tue mes yeux. Ici si c’est en rapport avec un jeu pourquoi pas mais pas plus que ça.

    Je suis sur The last campfire, j’ai fait certainement les 2/3 du jeu, il est vraiment sympa et pas si court que ça, une belle histoire à parcourir, j’aime beaucoup, tu nous l’avais présenté ou mentionné. Je lui met 9/10.

    Il nous faut des femmes dans le monde des jeux , sinon je m’en vais, toujours des trucs poilus et tout ça non ^^, une femme c’est beaucoup plus joli que les machins choses qu’on appelle homme ^^

    Je prends mon bic et je note le titre sur mon calpinou si jamais il débarque sur ps4

    • C’est clair que la force des jeux indé tient souvent dans leur originalité ! 🙂

      Je vois ce que tu veux dire, j’apprécie aussi le papier pour couper un peu des écrans ! Mais le côté interactif est quand même très intrigant.

      Ahh chouette, il faut que je joue à Last Campfire !

Laisser un commentaire