404 Éditions m’a récemment confié Alice de Christina Henry, publié en français dans une traduction de Cédric Degottex. Et autant le dire tout de suite : ce roman m’a happé ! Dans cette relecture sombre et brutale d’Alice au pays des merveilles, l’autrice américaine laisse complètement de côté le merveilleux pour entraîner son héroïne dans un univers crasseux, violent et profondément dérangeant.
En effet, dans son ouvrage Alice, Christina Henry imagine une héroïne de 26 ans internée dans un hôpital psychiatrique, hantée par les souvenirs fragmentés d’une agression liée à une figure aussi étrange qu’inquiétante : l’incontournable Lapin. Lorsqu’un incendie ravage l’établissement, la jeune femme s’échappe et finit par se retrouver dans la Vieille Ville, un dédale sordide qui évoque un pays des merveilles déformé, vidé de toute innocence. Elle y croise Hatcher, un homme dangereux, amnésique, dont la présence n’est jamais vraiment rassurante… Et à partir de là, le roman devient un récit de survie particulièrement prenant !
Alice de Christina Henry : un roman sanglant et remarquablement mené
Ce qui m’a d’abord frappé dans Alice de Christina Henry, c’est sa fluidité. Le livre se lit vite, et même très vite ! Malgré sa noirceur, malgré la violence de ce qu’il raconte, on tourne les pages sans s’en rendre compte. L’autrice, âgée de 52 ans et originaire de New York, nous embarque dans le cauchemar d’Alice avec beaucoup d’aisance. Et il convient de souligner l’excellent travail de Cédric Degottex, dont la traduction française participe clairement au plaisir de lecture. Le texte avance bien, sans lourdeur, avec un véritable sens du rythme.

Mais je dois également prévenir les lecteurs et lectrices : Alice est un roman dur. Christina Henry ne propose pas une simple relecture gothique de Lewis Carroll… Bien au contraire, elle plonge le lecteur dans quelque chose de frontal, parfois sanglant, souvent brutal, où les violences physiques, psychologiques et sexuelles sont omniprésentes. Cette noirceur n’est pas là pour faire joli. Elle structure en vérité l’ensemble du roman…
C’est aussi ce qui m’a intéressé dans cette lecture. Alice de Christina Henry ne se contente pas de détourner un conte célèbre pour le rendre plus adulte. Le livre bâtit un monde où la menace est constante, notamment pour les femmes. Presque tous les hommes du roman sont associés à une forme de domination, de violence, voire de prédation. Même Hatcher, pourtant compagnon de route de l’héroïne, demeure marqué par une forme de brutalité qui empêche de le voir comme une figure vraiment bienveillante. À mes yeux, cette dimension donne au roman une véritable cohérence… et une dureté assumée.
Une réécriture d’Alice qui m’a rappelé le jeu vidéo Madness Returns
Pendant ma lecture, j’ai beaucoup pensé à Alice: Madness Returns. Le rapprochement m’a semblé carrément évident ! Car dans les deux cas, Wonderland n’a plus rien d’un terrain de jeu fantasque. Il devient un décor mental ravagé, un espace de traumatisme, de folie et de souffrance. Bien sûr, le roman de Christina Henry garde sa propre identité, mais il y a dans cette version d’Alice au pays des merveilles quelque chose qui parlera nécessairement aux amateurs de réécritures sombres ainsi qu’aux joueurs qui ont aimé voir ce mythe basculer du côté du cauchemar… Je retiens aussi le travail réalisé sur l’objet-livre ! La couverture est une franche réussite, et les tranches du livre, habillées d’un tourbillon noir sur fond rouge, accompagnent bien l’atmosphère instable, presque « hallucinée », du roman.
Au final, mon avis sur Alice de Christina Henry est plus que positif ! C’est un roman brutal, parfois dérangeant, mais aussi très prenant, et porté par une vraie vision ! Christina Henry ne cherche jamais à rassurer son lecteur… Elle préfère salir le conte, le rendre plus cruel, plus adulte, plus instable… Et c’est précisément pour cela que cette relecture fonctionne si bien. En bref, si vous aimez les réinventions de contes qui osent aller loin dans la noirceur, Alice mérite clairement le détour ! Le livre vous fait de l’œil ? Vous pouvez le retrouver ici !








Une réponse
C’est ce que j’allais mentionner la couverture est attirante. Que ce soit jeux vidéo ou bouquins, le monde d’Alice est devenu noir. Je trouve que cela se rapproche de Harley Quinn, côté psychose…
Mon héroine reste Harley, avec sa belle batte de baseball
C’est sympa, une belle proposition de lecture, ça donne envie !