Vous le savez tous maintenant, il y a une part animale en moi ! Cette part qui me fait courir comme un lièvre vers de nouveaux territoires, cette part qui me fait rugir comme un lion quand je recommence un boss pour la dix-huitième fois, cette part qui me fait nager à contre-courant à la façon d’une loutre qui aurait décidé que les lois de la nature étaient facultatives. Aujourd’hui, place à mon test de Deer & Boy sur PlayStation 5, un jeu indé qui m’a ramené à la beauté de la nature et aux liens étranges qui unissent les êtres vivants.
Né de la collaboration entre le studio français LifeLine Games et l’éditeur Dear Villagers, ce jeu vidéo nous embarque dans une aventure poétique où se mêlent amitié, entraide, contemplation, mais également des thématiques plus sombres comme la peur, la perte ou encore la corruption. Sur le papier, ça ressemble à un conte moderne. Dans les faits, c’est un peu plus subtil que ça. L’expérience en vaut-elle le détour ? Devons-nous acheter ce jeu par pur patriotisme vidéoludique afin de soutenir la création française ? Ou bien sommes-nous face à une véritable petite pépite qu’il serait dommage de laisser filer ?
Test de Deer & Boy : mon petit renne
Deer & Boy fait partie de ces jeux où il n’y a pratiquement aucun dialogue. En effet, les personnages ne parlent pas réellement. Ils communiquent à travers quelques sons, des regards, des gestes ou des expressions. Pourtant, à aucun moment l’histoire n’en souffre. Car les musiques, les animations, les jeux de lumière et les réactions des protagonistes suffisent largement à transmettre les émotions. Il est même vraiment impressionnant de constater à quel point le jeu arrive à raconter des choses sans prononcer le moindre mot.

On suit donc un jeune garçon qui fugue en scred de son domicile pendant la nuit… Les raisons de son départ demeurent volontairement floues au début ; mais plusieurs indices disséminés tout au long de l’aventure permettent de supposer le pourquoi du comment. Après avoir esquivé les chiens du quartier, lesquels semblent avoir obtenu un doctorat en agressivité, évité plusieurs voitures dont les conducteurs avaient visiblement pour projet de transformer le pauvre gamin en kebab premier prix et traversé quelques zones qui donneraient envie à n’importe quel amateur d’urbex d’aller explorer les environs avec une lampe torche, notre héros finit par atteindre un arrêt de bus perdu au milieu de nulle part.
Et c’est là qu’il tombe sur un jeune faon abandonné. Une rencontre qui pourrait paraître anodine, presque banale dans un conte moderne, mais qui prend rapidement une autre dimension quand on comprend que ces deux-là partagent finalement beaucoup plus qu’on ne pourrait le croire… Tous les deux sont seuls. Tous les deux semblent perdus. Tous les deux cherchent leur place dans un monde qui ne leur fait pas vraiment de cadeau.

Évidemment, comme souvent dans la vie, quand on est posé pépouze, les ennuis aiment bien venir nous mettre une bonne tatane derrière la tête ! Bref, ici, il s’agit d’une étrange matière visqueuse qui commence à envahir la nature. Une substance organique, presque vivante, qui jaillit du sol et transforme les créatures qu’elle touche en monstres agressifs ! Alors je vais éviter de sortir ma casquette de professeur de français et de vous faire une dissertation sur les métaphores environnementales ou la corruption de l’innocence, mais disons que le message amène à réfléchir et sert de moteur narratif plutôt efficace.
Bambi, bambino : quand le faon devient gameplay
À ce stade de votre lecture de mon test de Deer & Boy sur PS5, vous allez me demander : mais quel est le principe du jeu ? Que faut-il faire ? Qu’en est-il du gameplay ? Eh bien, Deer & Boy est avant tout un jeu vidéo de plateforme et d’énigmes. Le petit garçon est plutôt débrouillard ! Il grimpe, saute, escalade et se déplace avec une aisance qui ferait honte à mon cardio actuel. Il est même capable de défoncer certaines planches à mains nues ! Je me coince déjà un doigt en fixant une étagère sur un mur, donc je dis respect au petit…

Mais que fait donc le faon pendant ce temps-là ? Eh bien… il nous emmerde. Oui, je sais, ce n’est probablement pas la réponse que vous attendiez. Moi non plus d’ailleurs. Quand j’ai vu qu’on allait former un duo avec un petit cerf, je m’attendais à avoir un compagnon assez agile, capable de m’aider partout, de trouver des passages secrets et de sauver mes miches dans les moments critiques. Mais la réalité est un peu différente. Très rapidement après notre rencontre, un événement tragique survient et traumatise l’animal… À tel point qu’il refuse littéralement d’avancer. Vous allez donc devoir le transporter dans votre sac à dos… comme dans E.T., l’extra-terrestre… oui, oui !
Et forcément, trimballer un faon sur son dos n’est pas exactement la meilleure manière de devenir champion olympique de parkour… Les déplacements deviennent bien plus lents, les sauts moins précis et l’exploration plus compliquée. Vous pourriez bien sûr poser votre compagnon de route pour retrouver votre mobilité, mais si vous vous éloignez trop, le petit se met à pleurer et l’écran devient progressivement flou. Je crois qu’aucun jeu n’a réussi à me faire culpabiliser aussi vite. Entre ses grands yeux humides et son regard de victime, le machin avait compris comment me manipuler bien avant moi… J’ai connu des relations amicales où j’avais moins l’impression d’être utilisé que lors de mon test de Deer & Boy.

Heureusement, cette situation ne dure pas éternellement et c’est justement là que le jeu devient intéressant ! Le gameplay évolue constamment au fil de l’aventure. Le faon passe petit à petit du statut de poids mort émotionnel à celui d’allié indispensable ! Il grandit, développe de nouvelles capacités et finit même par devenir bien plus utile que nous. À un moment donné, je me suis même demandé lequel des deux héros devrait porter l’autre… Une sensation que certains connaissent déjà après quelques années de vie de couple.
Les énigmes reposent donc sur cette complémentarité. Si l’on contrôle principalement le garçon, on peut aussi faire appel au cerf afin qu’il déclenche des mécanismes, atteigne certaines zones ou débloque de nouveaux passages, ce qui m’a rappelé des jeux comme Unravel dans la façon d’utiliser l’environnement comme un immense terrain de réflexion.

Mais le gameplay ne s’arrête pas là. Une bonne partie de l’aventure repose également sur l’infiltration. Nos héros étant pacifistes, impossible de résoudre les problèmes à coups de poing ou de fusil à pompe. Et étant donné la taille de certaines créatures contaminées, je vous déconseille fortement d’essayer. Moi-même, je ne suis pas certain que trois séances de musculation et une confiance en moi totalement injustifiée suffiraient. Bref, il vous faut donc observer, contourner, distraire les ennemis et utiliser intelligemment les capacités de votre compagnon pour progresser sans vous faire repérer… En gros, tout l’inverse de ma stratégie habituelle dans les jeux vidéo, qui consiste à foncer tête baissée !
Plus tard dans l’aventure, le cerf développe des capacités « mystiques » qui lui permettent d’illuminer ses bois et de purifier certaines zones infectées. Une mécanique qui apporte une nouvelle dimension aux énigmes tout en renforçant la symbolique de l’animal.

Pour la dernière partie de l’aventure, une troisième créature rejoint finalement notre petite troupe. Il s’agit d’une étrange bestiole qui m’a immédiatement fait penser aux Kodamas de Miyazaki… Ce compagnon atypique est constitué de la fameuse substance visqueuse que vous cherchez à combattre depuis le début. Et forcément, cela lui confère toute une série de pouvoirs particulièrement utiles, tels que : modifier la matière, la manipuler, créer des impulsions ou ouvrir de nouveaux passages. Une excellente manière de renouveler encore une fois les mécaniques et d’éviter toute routine. À partir de là, notre aventure commence d’ailleurs à ressembler à une coloc improbable. Entre un enfant fugueur, un cerf mystique et une bestiole sortie d’un bain de pétrole magique, il ne manquait plus qu’une machine à laver en panne et une boîte à rire pour qu’on soit dans une sitcom à la Eric Lafleur.
Biche, oh ma biche : une ambiance qui fait mouche
Ce qui m’a le plus plu dans ce test de Deer & Boy, ce n’est finalement ni son histoire, ni son gameplay, c’est son ambiance. Ce jeu vidéo dégage une forme de poésie assez rare. Une douceur presque permanente qui contraste avec les thèmes assez lourds qu’il aborde… Visuellement, les développeurs ont pris une direction que j’apprécie beaucoup, car ils ont refusé la surenchère technique. À une époque où certains studios veulent afficher chaque pore de peau, chaque reflet de l’eau ou chaque brin d’herbe comme s’ils participaient à un concours de réalisme, Deer & Boy choisit une autre voie.

Les personnages de Deer & Boy restent volontairement « simplistes ». Le héros ressemble parfois à un Playmobil perdu au beau milieu d’un livre illustré. Pourtant, tout fonctionne : les couleurs, les jeux de lumières, les textures, les animations et les transitions visuelles créent une atmosphère particulièrement réussie. On a l’impression de feuilleter un conte pour enfants qui glisse discrètement quelques claques émotionnelles entre deux pages. Et honnêtement, ça fonctionne mieux que certains personnages ultra-réalistes qui coûtent des millions et possèdent autant de personnalité qu’un profil Tinder rédigé par ChatGPT.
Forcément, quand un jeu vidéo décide de raconter son histoire presque exclusivement par l’image, le son devient essentiel. Fort heureusement, dans Deer & Boy, le sound design est excellent. Chaque zone a sa propre couleur sonore, et les musiques accompagnent le récit avec justesse. Elles savent rester discrètes pendant les moments de contemplation, puis prendre plus d’ampleur lorsque l’émotion l’exige. Résultat : certaines scènes parviennent à marquer avec très peu de dialogues, simplement grâce à l’image, au son et au bon tempo.

Et quelles émotions d’ailleurs ! Parce que sous ses airs de conte mignon avec un petit cerf adorable, Deer & Boy cache des moments bien plus touchants qu’on pourrait l’imaginer. Je me suis surpris à sourire bêtement devant certaines séquences, à lâcher quelques « ohhh » parfaitement assumés, et même à avoir la larme à l’œil à une voire deux reprises… Bon, voilà, c’est dit, je suis un bonhomme qui n’a pas peur de montrer ses émotions !
En résumé Ce test de Deer & Boy m’a fait découvrir un jeu qui ne cherche pas à révolutionner le médium, ni à faire exploser votre carte graphique. En revanche, il réussit à raconter une histoire simple avec beaucoup de sincérité ! En 6 à 8 heures environ, l’aventure évolue juste assez pour maintenir l’intérêt, avec des énigmes plaisantes, une belle ambiance et un duo auquel on finit forcément par s’attacher ! Moi qui passe souvent mon temps à survivre dans des mondes infestés de zombies ou à tirer sur tout ce qui bouge, cette parenthèse m’a fait un bien fou. Deer & Boy a ce petit côté jeu « bonbon » qu’on lance pour souffler entre deux expériences nerveuses. Une aventure douce et touchante qui nous rappelle qu’un jeu peut laisser son empreinte sans trop en faire. Les plus ✔️ Une aventure belle et poétique ! Les moins ✖️ Le début avec le faon frustrant…
L'avis de la rédaction
Note
✔️ Un gameplay efficace et évolutif.
✔️ Un univers doux, mais jamais creux.
✖️ Une profondeur parfois imprécise.









